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Notre classe

Un symbole de la contestation de mai 1968 occupé

Occupation à la Cinémathèque de Paris, la direction appelle les CRS !

Dans la nuit de vendredi 5 à samedi 6 mai, une soixantaine de personnes, intermittents, ex-salariés de la Cinémathèque, enseignants, nuit-deboutistes, tous réunis ce soir là en tant que précaires exploités, se sont décidés à occuper la Cinémathèque de Paris. Cette occupation, dans la lignée des occupations des théâtres à travers la France, a duré quelques heures avant que la direction n’appelle la police pour faire évacuer les lieux sur les coups de 3 heures du matin. Cécile Manchette

« Réapproprions-nous ces lieux de culture que nous faisons vivre »

La Cinémathèque qui se targuait jusqu’à peu d’être une institution historique de gauche, un symbole de la contestation de mai 1968, est aujourd’hui devenue pour les travailleurs l’un de ces nouveaux lieux « emblématique de la culture et de la précarité ». D’ailleurs, il semble que nous nous accordons sur ce point avec le sous-directeur de la Cinémathèque qui a déclaré récemment que son institution « n’est pas de gauche. » En effet, depuis plusieurs années, cette célèbre institution se plie aux règles managériales capitalistes. Sous prétexte de réductions de budget, cette institution, comme beaucoup d’autres, a choisi l’externalisation de ses services d’accueil, de sécurité et de nettoyage. Ces entreprises de sous-traitance ont comme pratiques de gestion du « petit personnel » l’extrême flexibilité, la menace, les salaires a minima et les retards de paiement, le harcèlement, l’intimidation, le mépris de classe…

A la fin du mois de janvier dernier, l’image d’une institution « engagée et de gauche » a commencé à se ternir publiquement suite à une vidéo mise en ligne sur Youtube par une étudiante, ex-salariée de l’institution. Aujourd’hui, au cœur de la lutte contre la loi travail, qui propose la précarité à vie, un ensemble de personnes mobilisées contre ce projet de loi (des ex-salariés de la Cinémathèque, des nuit-deboutistes, intermittents etc.) a décidé de venir occuper une salle de projection à la Cinémathèque dans la nuit du vendredi 3 mai. Cette occupation fait suite à une succession d’occupations d’institutions culturelles qui se multiplient depuis quelques semaines : théâtre de l’Odéon, la Comédie-Française, théâtres de Bordeaux, Strasbourg, Lille, Caen…

Derrière ces occupations, le même message, la même détermination : occuper des lieux qui sont le symbole de la précarité, qui sont du côté des patrons et du capitalisme, du côté de l’exploitation des travailleurs méprisés par une classe dominante et bourgeoise.

Ce sont donc une soixantaine de personnes qui se sont retrouvées dans une salle de la cinémathèque pour occuper les lieux, tenir une assemblée générale pour débattre et s’organiser pour se faire entendre. Le mot d’ordre : « réapproprions-nous ces lieux de culture que nous faisons vivre, occupons tous les lieux où l’on nous méprise et nous exploite ! »

Les « méthodes policières » de la direction dénoncées

Toutefois, vers 3 heures du matin, la direction de cette institution héritière des contestations sociales d’hier a appelé les CRS afin de faire évacuer les lieux. Des personnes venues en soutien n’ont pas été autorisé à rejoindre la salle, et les occupants ont été obligés de quitter les lieux. Le directeur s’est-il tiré une balle dans le pieden mettant fin si brutalement à l’occupation ?

Suite à cet épisode, Jean-Baptiste Morain, un ami journaliste de Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque, a écrit à son ancien collègue une lettre ouverte dénonçant ses choix politiques, ses « méthodes policières » et les pratiques de gestion du personnel qu’il cautionne. Alors même que depuis quelques mois, un ensemble d’anciens salariés de l’institution accuse ouvertement l’institution, recueillant de nombreux témoignages auxquels l’actuel président reste sourd, adressant seulement aux employés quelques promesses en l’air, Frédéric Bonnaud s’est engagé à répondre dans la semaine à cette lettre ouverte.

Impatients de lire son communiqué, nous ne nous faisons pas d’illusion sur ses prochaines déclarations. Ce qui fera reculer les directions de ces institutions culturelles, c’est que les précaires, celles et ceux qui font « tourner » au quotidien toutes ces institutions, prennent conscience qu’ils appartiennent à une seule et même classe, qu’ils subissent tous la violence d’un même système. Ce qu’ils craignent, c’est l’émergence de cette solidarité entre travailleurs qui voudraient bloquer le fonctionnement de ces institutions, prêts à taper là où ça fait mal : au porte-monnaie. Ce « secteur culturel » semble être un nouveau secteur d’avant-garde qui doit s’unir avec les autres secteurs mobilisés (étudiants, cheminots, hospitaliers…) afin que nous luttions tous et toutes ensemble pour le retrait du projet de loi travail et contre l’ensemble des politiques de ce gouvernement !




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