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Politique

Trahison !

On a trouvé la Laurent Berger des Gilets jaunes ! Ingrid Levavasseur dépose une liste aux européennes

Cette liste européenne des « Gilets Jaunes » détourne non seulement les aspirations initiales du mouvement, mais le dessert en dernière instance, offrant un nouvel appui au gouvernement pour décrédibiliser les Gilets Jaunes mobilisés. Alors que l'acte 11 s'annonce toujours aussi suivi, et que commence à fleurer l'idée d'une grève générale le 5 février, il faut dénoncer en bloc cette trahison !

Photo : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP

La majorité des Gilets jaunes ne sont pas dupes : la trahison de Ingrid Levavasseur et de Hayk Shahinyan, porte-paroles autoproclamée est claire. La démarche même de déposer une liste « Gilets jaunes » aux européennes est contradictoire dans son principe : Se revendiquant des « Gilets Jaunes » tout en présentant une liste aux élections européennes, alors même que, les Gilets Jaunes mobilisés l’ont montré, c’est par la rue que Macron a reculé – c’est par la rue qu’il reculera encore. Nombre de Gilets Jaunes ne sont en cela pas dupes : comme le rapporte un communiqué issu du groupe Facebook « La France en colère !!! », fondé par Éric Drouet, une grande majorité de Gilets Jaunes se sont prononcés contre la tenue d’une telle liste aux européennes.

C’est en effet de façon auto-proclamée que des Gilets Jaunes ont récupéré le mouvement pour en faire une liste politique qui se présentera aux élections européennes. Outre l’hétérogénéité politique des divers profils qui font partie de la liste, la question est d’abord celle de l’auto-organisation, et des procédures démocratiques au sein des Gilets Jaunes. En effet, c’est la question de la sélection – ici en l’occurrence auto-sélection, qui pourrait devenir élection – des porte-paroles qui pose la nécessité de former des cadres capables de porter en propre des revendications et éviter les récupérations politiques en tout genre.

Plus encore, outre la question de la légitimité démocratique d’une telle liste qui se revendique Gilets Jaunes, le soupçon de récupération est encore accentué par le fait que la liste s’est nommée « Rassemblement d’Initiative Citoyenne » – soit RIC, le même acronyme que le référendum d’initiative citoyennes, une des principales revendications des Gilets Jaunes. Il ne s’agit évidemment pas là d’un hasard. En effet, bien que comportant un certain nombre de limites, que nous avons discutées dans un de nos précédents articles, le RIC répond à des aspirations démocratiques, à mille lieux de cette liste « Gilets jaunes ». Le détourner pour faire du RIC, malgré toutes ses limites, une simple liste électorale, est bien loin des aspirations premières des Gilets Jaunes.

Une liste pour donner de l’air... au gouvernement ?

La proposition de certains Gilets Jaunes de mener une liste aux européennes s’inscrit par ailleurs dans une séquence qui pourrait permettre au gouvernement de retrouver un peu d’air. Avec un quinquennat mis à l’arrêt par le mouvement des Gilets Jaunes, le grand débat a été lancé par Macron pour retrouver un peu d’oxygène, et mener une contre guerre de tranchées en réponse aux Gilets Jaunes.

A ce titre, une véritable offensive médiatique et politique est menée pour séparer les Gilets Jaunes « radicaux » – Macron ressuscitant même les RG pour les ficher sur les ronds-points – des « bons » Gilets Jaunes prêts à débattre, et jouer le jeu du grand débat. En plus de certains éléments d’institutionnalisation du mouvement qui ont pu commencer à apparaître au cours de l’acte 10, cette liste pourrait servir de nouvel appui politique au gouvernement pour jouer le jeu de la division entre Gilets Jaunes, légitimant en dernière instance le jeu des élections et des institutions alors même que c’est ce jeu-là justement qui fait la radicalité du mouvement depuis le début.

Plus encore, d’un point de vue purement électoral, cette liste est une aubaine pour le gouvernement. Selon les sondages les plus récents, c’est à LREM qu’une telle liste profiterait, puisqu’elle permettrait d’affaiblir le RN et le FI. Outre le coup électoral que pourrait réaliser Macron, il s’agit surtout d’une façon de décrédibiliser les Gilets Jaunes en accusant ces derniers d’être « la rencontre des extrêmes », comme le dit notamment Christophe Barbier sur le plateau de BFM-TV.

Cette liste européenne des « Gilets Jaunes » détourne non seulement les aspirations initiales du mouvement, mais le dessert en dernière instance, offrant un nouvel appui au gouvernement pour décrédibiliser les Gilets jaunes mobilisés. Alors que l’acte 11 s’annonce toujours aussi suivi, et que commence à fleurer l’idée d’une grève générale le 5 février, il faut continuer à défendre cette radicalité qui, par la rue, a fait chuter Jupiter de son nuage.




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