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Notre classe

Biatss en lutte

"On est en train de généraliser une politique diabolique qui s’appelle la précarisation, la flexibilité", entretien avec un gréviste de Tolbiac

Depuis lundi, une partie du personnel administratif de l'Université de Paris 1, et en particulier du site Pierre Mendès-France, Tolbiac, s'est mis en grève pour s'opposer au non-renouvellement du CDD de deux de leurs collègues. Parmi la vingtaine de grévistes on retrouve la quasi-totalité du service intérieur, d'où sont issus les deux travailleurs victimes de ces licenciements abusifs déguisés. Depuis la fosse de Tolbiac, Halim, qui fait partie de ce service revient sur les raisons de la mobilisation, les conditions de travail à l'université et les perspectives de cette lutte qui concerne autant les BIATSS que les étudiants, mais aussi l'ensemble des travailleurs touchés par la précarité.

Révolution Permanente : Bonjour Halim, peux-tu te présenter, pourquoi es-tu en grève aujourd’hui ?

Halim : Je travaille dans le service intérieur depuis 2002, dans les groupes de la logistique. 
Je suis en grève aujourd’hui pour protester contre l’injustice qui a frappé deux de nos collègues. Du jour au lendemain, notre administrateur les a convoqués individuellement. Ils ont cru que c’était pour une affaire banale, d’ordre administratif. Mais on leur a dit, brutalement, « voilà votre contrat ne sera pas renouvelé ». En gros, « allez voir ailleurs ». Il n’y a pas de motif valable. 

Ils ont bien choisi le moment pour renvoyer les gars : en plein mois de juin, ils espéraient que les gens ne n’allaient pas s’y intéresser. On a commencé la grève le 3 et le 4 septembre pour les prévenir. Florian Michel il espérait que ça se tasse. Mais depuis le 17 on a un préavis, qui tient jusqu’au 22 décembre. Et à partir de lundi prochain (le 24), les TD recommencent et on a décidé de rentrer dans la « vraie grève », parce que tout le monde revient sur la fac et on pense que ça va prendre de l’ampleur.

Révolution Permanente : Quels sont les motifs de ce non renouvellement ?

Halim :  On leur a demandé d’expliciter le motif de renvoi. Au départ ils nous ont parlé de budget, en nous disant qu’il fallait un peu réduire les effectifs. Ce sont des contractuels sur des postes pérennes et ils sont renouvelables automatiquement en début d’année. L’un d’eux avait travaillé comme ça cinq ans et l’autre trois ans. Ces personnes-là elles étaient prêtes à tout faire : l’accueil, la maintenance, la logistique, à travailler dans d’autre sites. Mais ils ont refusé de les réintégrer à d’autres postes. 

C’est ensuite qu’on a compris. Un des agents rentrait dans sa sixième année, et la sixième année, automatiquement, un contractuel reçoit un CDI. Du coup on l’a renvoyé. L’autre, on a dit qu’il avait un problème de santé et qu’il ne pouvait plus travailler. Mais c’est surtout parce qu’il a donné son opinion quand un jour on l’a malmené. En somme, l’administration ne veut pas travailler avec ces gueules-là, mais sans doute eux-non plus ils ne veulent plus voir la sienne. Du coup on a exigé à l’administration la réintégration des agents dans d’autres antennes. 

Révolution Permanente : Quelles sont les conditions de travail des personnels de Paris 1 ?

Halim :  On est en train de généraliser une politique diabolique qui s’appelle la précarisation, la flexibilité. Les agents de la maintenance ils étaient deux pour tout le centre, c’est-à-dire les amphis, les 78 vidéos projecteurs, ils arrêtaient pas de courir. On a proposé à la direction de rajouter une personne et de le former au cas où, mais on nous a répondu que non, une seule personne suffisait ! 

À l’accueil, ils avaient tout le temps la hantise qu’on ne leur renouvelle pas leur contrat, même si c’est censé être automatique, du coup ils acceptaient tout. Pendant la délocalisation des examens, ils ont accepté d’aller travailler à Rungis alors qu’ils habitent tous les deux en lointaine banlieue Nord. Ils ont accepté de travailler le samedi, un des agents a même travaillé pendant la fermeture du centre. 

Encore cette année on a trois titulaires qui sont partis soit à la retraite soit dans un autre service parce qu’ils n’en pouvaient plus. Ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils les ont remplacés par des contractuels qu’ils peuvent virer quand ils veulent. Nous on est une communauté invisible. Ceux qui installent les vidéoprojecteurs, ceux qui dépannent, ceux qui ouvrent les salles le matin très tôt, ceux qui ferment après la fin des cours, ceux qui réaménagent. On est au service de tout le monde, mais on se sent insultés. Ça fait mal au cœur.

Révolution Permanente : Comment s’organise la riposte ?

Halim :  Il y a un mal-être chez nous. On se sent mal. Du coup il y a ceux qui partent ailleurs, et puis il y a ceux qui résistent. Moi j’ai pas grand-chose à perdre, je suis titulaire. Il me reste cinq ans, donc je vais rester là pour revendiquer nos droits. On fait ça pour nos collègues bien sûr, mais on fait ça aussi pour les étudiants et les enseignants. 

Avant on discutait entre nous, mais on n’avait jamais décidé de faire grève. Avec cet évènement, spontanément, on s’est tous mis en grève. Moi j’ai un collègue qui n’avait jamais fait grève de sa vie. Aujourd’hui il est avec nous, et au premier rang. 
On se regroupe pour discuter notamment avec les représentants syndicaux qui nous soutiennent. Chaque soir, on fait une petite AG pour préparer le lendemain : qui va continuer, qui a des doutes... En fin de compte on sort avec un programme. 

Révolution Permanente : Et comment se profilent les prochains jours ?

Halim :  On est dans une bonne lancée donc on continue. On a été tellement étonné avec la signature des pétitions papiers. Les étudiants viennent spontanément nous voir, signer en nous disant qu’ils nous soutiennent. On se fait applaudir dans les amphis, les étudiants prennent la pétition pour la faire tourner autour d’eux. 
Ils devraient céder. Ils jouent sur le pourrissement mais nous on n’a rien à perdre. Qu’ils enlèvent le portefeuille. Je les défie de m’enlever tout de ma fiche de paie. Que ça soit zéro ce mois-ci, mais j’y serai.




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