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Opération « Devoirs faits » au collège : la poudre de Perlimpinpin de J.M. Blanquer

Depuis la rentrée scolaire, les collèges doivent proposer le dispositif « devoirs faits », nouvelle mesure mise en place par le ministre de l’éducation JM Blanquer en mettant à contribution les associations, les enseignants, les retraités ou les jeunes en service civique. Cette mesure de façade cherche à masquer les inégalités et les pertes de moyens dans les établissements scolaires.

L’objectif officiel de cette mesure est de proposer aux collégiens qui le souhaitent, dans leurs établissements, un temps d’étude accompagnée pour réaliser leurs devoirs. « Chaque enfant doit pouvoir travailler individuellement, au calme, pour faire des exercices, répéter ses leçons ou exercer sa mémoire et son sens de l’analyse, avec la possibilité d’être aidé quand il en a besoin ».

Ce dispositif vendu comme le remède à toutes les difficultés scolaires n’a pour vocation qu’à masquer les pertes de moyens pour l’éducation publique toujours croissantes d’années en années mais aussi les inégalités scolaires, qui elles aussi, ne cessent de grimper.

Tout d’abord, rien de nouveau sous le soleil. Depuis très longtemps, sous diverses appellations, de nombreux dispositifs se succèdent pour aider les élèves à réaliser leurs devoirs souvent en accompagnement par les enseignants et par les assistants pédagogiques.

Ce nouveau dispositif introduit la possibilité de payer des intervenants extérieurs. Blanquer confiait « qu’avec les professeurs et les assistants d’éducation, je vais lancer une grande mobilisation du service civique pour avoir plusieurs milliers de volontaires jeunes, en train de finir leurs études, à qui nous proposerons ces missions ». Moins couteux que les enseignants, voilà un vivier parfait où puiser les forces pour faire appliquer « devoirs faits ». Or, pour être réellement efficace, l’encadrement doit être fait par des personnels formés qui travaillent en lien avec la progression des enseignants.

Ensuite, le ministre écarte d’emblée la question de l’utilité des devoirs elle-même, sans questionner si les « devoirs faits » sont un gage de réussite pour les élèves. Or, en 2010, P. Rayou publie "Faire ses devoirs", un ouvrage qui étudie de près les pratiques du travail à la maison.
P. Rayou confiait dans au Café pédagogique "Notre recherche par observations et entretiens retrouve les résultats des enquêtes par questionnaires disponibles sur ce thème : il ne semble pas que les devoirs soient utiles aux élèves qui ont le plus besoin de compléter des apprentissages qui n’ont pas été convenablement mis en place pendant les séquences de cours. Beaucoup des élèves que nous avons vu, notamment dans des aides aux devoirs, s’acquittent très scrupuleusement de leur tâche, mais si leurs difficultés d’apprentissage au cœur de la classe, au milieu de leurs pairs, persistent, ils peuvent finir par penser qu’ils sont « nuls ». Ils se débarrassent alors de ce qui ne constitue plus qu’un pensum, voire ne font plus leur travail. Ce qui ne fait en effet que creuser les inégalités d’apprentissage".

L’étude montre que ce sont les apprentissages dans le temps du cours qui sont essentiels à la progression de l’élève. Les devoirs ne peuvent être qu’un complément. Il faut donc commencer par interroger les conditions d’enseignement et d’étude, premières conditions pour la réussite des élèves. Plutôt que se fatiguer à promouvoir ce nouveau gadget « devoirs faits » dont on connaît par avance le résultat, il conviendrait de s’interroger sur la pédagogie, le temps de cours quotidien ou encore le nombre d’élèves par classe.

Or les politiques d’éducation successives ne cessent de diminuer les moyens alloués aux établissements scolaires. Ce mois de janvier, les collèges et lycées ont les DHG ( les dotations horaires globales. C’est le nombre d’heures d’enseignement octroyées à l’établissement par l’Inspection Académique (pour les collèges) ou par le Rectorat (pour les lycées). La DHG est donc attribuée à l’établissement, elle n’est pas votée. Cette DHG détermine entre autre le nombre d’élèves par classe et les créations ou suppressions de postes. D’ores et déjà, les premiers constats pour beaucoup d’établissements est une baisse des dotations pour la rentrée prochaine qui ne permet pas d’assurer un fonctionnement correct pour les établissements scolaires. La réalité des établissements scolaires notamment dans les quartiers populaires c’est des conditions d’étude et de travail dégradées.

Le dispositif « devoirs faits » a beau faire joli sur le papier, les enseignants savent que pour ne pas subir un nivellement par le bas mais aussi obtenir des moyens supplémentaires, il est nécessaire de se coordonner dans les luttes, se battre par les grèves, blocages et s’auto-organiser afin d’obtenir une victoire globale pour l’éducation prioritaire déjà largement sinistrée et d’autant plus méprisée par ce gouvernement.




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