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Société

Pédophilie dans l’Eglise

Orléans. Un évêque mis en examen pour non-dénonciation d’attouchements pédophiles

Les faits remontent à 1993 et ont été cachés jusqu’à récemment. Huit ou neuf jeunes d’une douzaine d’années auraient été victimes d’attouchements par l’abbé Pierre de Castelet, lors d’un camp du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ). Encore une fois, les victimes font face au système bien rôdé de l’Eglise pour couvrir les leurs.

« Et ça continue, encore et encore… »

Encore une affaire de pédophilie et dissimulation des faits dans l’Eglise. On pourrait croire à un acharnement des journalistes si ce n’était simplement le fait des nombreuses affaires qui sortent péniblement du huis-clos, lorsqu’elles en sortent. Il y a un an, jour pour jour, l’Eglise était déjà « encore coupable », via les sordides affaires camouflées par le cardinal Barbarin, à Lyon.

Aujourd’hui, c’est l’ancien évêque d’Orléans, Mgr André Fort, qui fait la Une. Le même qui en mars dernier avait déclaré au micro de France Bleu Orléans : « Vous le savez très bien, tous les scientifiques le savent : la taille du virus du sida est infiniment plus fine que celle d’un spermatozoïde. La preuve est faite que le préservatif n’est pas une garantie à 100% contre le sida ».

Evêque d’Orléans de 2002 à 2010, il a été mis en examen ce jeudi 8 juin pour n’avoir pas rapporté à la justice des faits qui lui avaient été remontés en 2008. En effet, l’une des victimes, Olivier Savignac, lui avait écrit à l’époque, en personne, pour faire état d’attouchements commis en 1993 par l’abbé Pierre de Castelet, alors aumônier au camp du MEJ. Réponse de l’évêque ? Aucune.

« Il donnait des conférences sur la pédophilie dans l’Eglise »

Deux ans plus tard en 2010, face à ce silence assourdissant, Olivier Savignac demande audience à l’évêque et lui fournit plus de détails, précisant alors qu’une dizaine de jeunes ont pu être victimes comme lui. Mais pire : « André Fort m’a reçu dans son bureau en 2010 à Orléans. Il m’a promis de prendre des mesures, mais un an après l’abbé était toujours là. Je me suis même aperçu qu’il donnait des conférences sur la pédophilie dans l’Église. Là on s’est sentis trahis ».

Mis en examen deux décennies plus tard

Olivier Savignac ne lâche pas l’affaire et saisit à nouveau l’évêché, où Mgr Blaquart avait pris la succession d’André Fort. Cette fois, le nouvel évêque informe le parquet et une instruction est ouverte, qui aboutit à la mise en examen de l’abbé Castelet en 2012. L’enquête met en évidence « huit ou neuf cas d’attouchements sur mineurs, sur des victimes âgées d’une douzaine d’années » révèle Mgr Blaquart. Selon lui, ses prédécesseurs avaient eu connaissance des faits mais s’en étaient tenus à des « mesures conservatoires » visant à éviter « qu’il soit seul en contact avec des jeunes ». Aucune plainte n’avait jamais été déposée. « J’aurais dû le faire plus tôt » réalise l’évêque.

L’exception qui confirme la règle

Si Mgr Blaquart, à l’inverse de ses prédécesseurs, a permis la révélation et la prise en charge des attouchements par la justice, et a été à l’initiative de la mise en place d’une cellule d’écoute pour les victimes, il semble bien plutôt l’exception dans la fourmilière, que la règle de cette maison de bonne morale, malgré les dires de « tolérance zéro » promis par le Pape François.

En 2016, Régine Maire, membre du conseil épiscopal du diocèse de Lyon déclarait ainsi : « Le cardinal Decourtray (prédécesseur de Barbarin) a fait ce que le Vatican demandait à l’époque. On mettait le prêtre au repos quelques temps, on le nommait ailleurs, on protégeait l’Institution. »




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