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Notre classe

Réflexions d’un militant de terrain

Où va la CFDT et sa direction ?

Beaucoup de syndicalistes ont encore la vision de Nicole Notat au JT de France 2 expliquant en 1995 que la CFDT n’appellerait pas à la mobilisation contre le plan Juppé, créant un tollé dans de nombreuses fédérations, surtout dans le service public et notamment à la SNCF. C’est dans ce contexte, après une scission entre CFDT et « CFDT en Lutte », que s’est produit la création du syndicat Sud Rail en 1996. Aujourd’hui Berger maintient cette tradition de trahison des mouvements sociaux, en déclarant que la grève est un outil archaïque, lui opposant le dialogue social, alors que lui-même reconnait que le « dialogue social » est aux abonnés absents dans la méthode des « concertations » que le gouvernement a mis en place pour faire passer les ordonnances.

Berger va jusqu’au bout de la ligne collaboriationniste de la CFDT

Contrairement à ses prédécesseurs qui jonglaient entre de soi-disant accords avec les gouvernements pour ne pas être dans la rue, Berger à complètement cassé les codes, officialisant que peu importe la teneur de la réforme, la confédération CFDT, même si elle veut bien être dans les intersyndicales pour discuter, ne souhaite pas descendre dans la rue. Le jusqu’au boutisme de cette stratégie s’est vu dans l’image symbolique de la dernière intersyndicale, lorsqu’à la fin de la réunion, ceux qui appelaient à la grève le 16 Novembre ont du rédiger leur appel dans un troquet, car la CFDT, qui organisait la réunion dans ses locaux, n’a pas souhaité donner de salle pour que les organisations syndicales y terminent leur discussion.

Voilà le niveau aujourd’hui d’unité syndicale qu’il y’a avec la CFDT. Avons-nous pour autant perdu tout espoir de voir la CFDT dans la rue ? Hélas, tant que Berger restera secrétaire général, et tant que la bureaucratie de ce syndicat maintiendra une politique de collaboration de classe avec les gouvernements, on ne pourra rien espérer de la direction de la CFDT. Seul ombre au tableau pour ces liquidationistes de l’unité syndicale : la colère qui commence à monter dans les rangs de la CFDT, surtout à la base, notamment du coté de la CFDT Métallurgie, dont les interpellations envers Berger fragilisent la politique pro-Macron de la tête du syndicat.

Une collaboration qui va coûter cher à tous les syndicats CFDT de base

Il faut savoir qu’au-delà de ne pas appeler à la mobilisation, la direction de la CFDT joue un jeu de collaboration pro-actif, en tentant de menotter les syndicats qui souhaitent combattre les lois macroniennes. La CFDT fonction publique a ainsi menacé de quitter l’intersyndicale et la mobilisation du service public, alors qu’elle était présente le 10 octobre aux côtés des autres organisations syndicales, si la CGT fonction publique appelait à converger le 16 novembre avec les autres secteurs par une manifestation interprofessionnelle. Voilà la réalité d’une bureaucratie syndicale qui fait le jeu du gouvernement jusqu’à faire pression sur les autres syndicats pour qu’ils fassent de même.

Il va donc falloir qu’à l’image des militants de FO qui ont poussé Jean Claude Mailly à revoir sa copie, les militants CFDT de la base fassent de même, car ils seront sûrement les grands perdants de l’échec de la mobilisation contre le gouvernement Macron.

La CFDT, en tant que première organisation syndicale dans le privé, compte énormément d’élus du personnel dans ce secteur. Mais que deviendront-ils avec la fin des DP, CE et CHSCT ? Le décret de fusion des IRP (instances représentatives du personnel) étant tombé la semaine dernière, c’est presque la moitié des élus de la CFDT qui disparaitront, ainsi que 2/3 des moyens temps syndicaux qui leur sont alloués pour tourner dans les usines et les entreprises afin de « défendre les salariés sur les lieux de travail ». Toute la rhétorique développée par Berger selon laquelle il faut mener les combats au niveau des entreprises, et non dans la rue en manifestant, s’écroule donc.

La tentative de la direction de la CFDT de maintenir un « dialogue social » dans l’entreprise, qui se traduit par la signature compulsive de tous les accords d’entreprise, commence par ailleurs à s’essouffler, au moment où, grâce aux ordonnances, les patrons vont avoir la possibilité de mettre en place des accords sans majorité ou encore de faire appel au référendum d’entreprise autant de fois que nécessaire, peu importe le nombre de votants et de rejets du référendum.

A qui sert la politique de la CFDT ?

Malgré ses gesticulations médiatiques, la bureaucratie de la CFDT continue de maintenir ses liens de collaboration étroits qu’elle à failli perdre un temps face à Mailly. Cette collaboration sert surtout à briguer des postes privilégiés dans les ministères ou les think-tank comme Terra Nova, où de nombreux « syndicalistes » et notamment Francois Chérèque, ont vécu des jours heureux.

La CFDT espère également, avec moitié moins d’élu, vivre financièrement de son syndicalisme de collaboration. Car un des enjeux derrière cette trahison du mouvement social, n’est ni plus ni moins que l’argent promis par Macron pour la formation professionnelle. Environs 25 millions pour la CGT et 20 millions pour la CFDT. Voilà le nerf de la guerre, qui fait que plus personne dans les sièges des confédérations ne trouve le bouton de la grève générale, caché derrière le coffre fort des secrétaires généraux. En échange de quelques millions, qui ne sont que des gouttes d’eau comparés aux milliards de bénéfice du patronat, la CFDT nous guide tout droit vers la fin du code du travail, elle qui s’était félicité de contribuer à l’écriture de 80% de la Loi El khomri.

Une seule solution s’offre aux militants de la CFDT : remettre en cause la politique de Laurent Berger et ses collaborateurs, et proposer une politique alternative, dans le sens de la défense du Code du travail et du retrait des ordonnances. Car si Berger n’aura pas de problèmes à vivre avec les ordonnances, lui qui ne travaille pas dans une usine, et qui n’est confronté à aucun salarié, dans quelques mois, quand les ordonnances seront appliquées partout, la facture va être très douloureuse pour tous les salariés, y compris les syndiqués CFDT.




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