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Politique

Bachar Al-Assad, Khadafi, Ben Ali, Al-Sissi…

P. Poutou (NPA) : l’Etat français a toujours reçu « les dictateurs, les pires crapules du monde ».

Invité au plateau de LCI, le porte parole du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Philippe Poutou a réagit à l’invitation à l’Elysée du dictateur égyptien Al-Sissi, responsable de 60 000 arrestations dans son pays et acculé par les ONGs internationales pour ses manquements graves aux droits de l’homme. Mais l’attitude de Macron vis-à-vis du « boucher » égyptien est loin d’être une nouveauté. Comme le rappelle Poutou, que ce soit avec Khadafi, Assad ou Ben Ali, l’Etat français a toujours eu des relations de complicité avec les dictatures.

Macron sort le tapis rouge pour le boucher égyptien

Lundi, l’Elysée avait déroulé le tapis rouge pour recevoir le dictateur égyptien Abdel Fattah Al-Sissi. Le président Al-Sissi est arrivé à la tête de l’Etat égyptien à la suite du coup d’Etat militaire de juillet 2013. Ce coup d’Etat organisé par les militaires avait entrainé la chute du président Mohamed Morsi, proche des Frères Musulmans, élu en juin 2012 à la suite de la révolution de 2011, mais aussi la décapitation du mouvement de contestation populaire contre son gouvernement issu du Parti Liberté et Justice. En effet, l’arrivée d’Al-Sissi à la tête de l’Etat marque l’ouverture d’une période de répression très forte en Egypte, touchant à la fois les partisans de Morsi, proche des frères musulmans, mais également toutes les forces progressistes ayant abouti à la chute du dictateur Moubarak en 2011, et ayant participé en 2013, au mouvement de contestation populaire du président Morsi.

A l’occasion de la visite d’Al-Sissi en France, la troisième depuis 2014, Bénédicte Jeannerod, directrice France de l’ONG Human Rights Watch, a rappelé la situation « catastrophique » des droits humains depuis l’arrivée d’Al-Sissi en Egypte qui connait « sa pire crise depuis des décennies » avec « une dérive très forte » qui « pourrait constituer un crime contre l’humanité ». En effet, la directrice de l’ONG en France dénonce, le fait que « sous sa présidence, 60 000 personnes ont été arrêtées, 15 000 civiles ont été envoyés devant des tribunaux militaires, la pratique de la torture comme nous l’avons documenté très récemment, se fait à grande échelle et de manière systématique ».

Face aux journalistes Emmanuel Macron a répondu à la question concernant l’enfreinte aux droits de l’homme en Egypte par la justification du « contexte sécuritaire » égyptien ; des droits fondamentaux des hommes, Emmanuel Macron assume donc d’en faire une question à relativiser selon le contexte. Et comme pour appuyer son argumentation, c’est au « nom de la souveraineté des Etats » qu’il a assuré ne pas avoir « à donner de leçons » aux autres Etats en matière de droits de l’homme. Car il est vrai qu’en matière de droits de l’homme, que ce soit pour sa gestion des migrants à Calais, à Paris ou encore de la répression policière lors des manifestations du printemps 2016, l’Etat français n’a pas de leçon à donner.

« On se rappelle de Sarkozy avec Khadafi » (Poutou)

« Hypocrisie », « cynisme », invité sur le plateau de LCI, le porte parole du NPA, Philippe Poutou, n’a pas hésité à dénoncé l’attitude du président, symptôme de la « continuité » politique de l’Etat français vis-à-vis des régimes dictatoriaux.

« Macron se veut différent des autres, mais il fait exactement pareil », a ainsi lancé Poutou pour dénoncer la complaisance du chef de l’Etat vis-à-vis des crimes perpétrés par le dictateur Al-Sissi en Egypte. En effet, le silence du chef de l’Etat, sous-couvert de négociations de gros contrats commerciaux des entreprises françaises avec l’Etat égyptien, en rappelle d’autres. « On se rappelle de Sarkozy avec Khadafi » enchaine Philippe Poutou, en faisant référence à la visite de Mouammar Khadafi en décembre 2007, l’installation de sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny, et son accueil chaleureusement orchestré par le président Nicolas Sarkozy alors en quête de négociation de contrats en matière de nucléaire, d’énergie et d’armement.

Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy au temps de la lune de miel franco-libyenne. décembre 2007 © Reuters

A la manière d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy avait été, lui aussi à l’époque, tout aussi silencieux sur la question des droits de l’homme en Libye, préférant faire taire les critiques sous le flot de devises promises par les fameux contrats. Quatre ans et une intervention militaire plus tard, sur l’argument d’appuyer les forces démocratiques de la révolution libyenne, l’Etat français décidait de manière unilatérale de bombarder la Libye, d’envoyer son propagandiste en chef, en la personne de Bernard Henri Levy, et de mener une guerre qui débouchera sur l’exécution, sans plus de procès, de Mouammar Khadafi, et la déstabilisation durable de la zone sahélienne.

Bernard Henri Levy en Libye, avril 2011 @ JM. Robinne

« L’Etat français a toujours eu des relations de complicité avec les dictatures » (Poutou)

Et c’est encore sous le mandat de Nicolas Sarkozy, que la ministre des Affaires Etrangères, Michèle Alliot-Marie, va porter au grand jour les complaisances de l’Etat français vis-à vis des « pires crapules », en adoptant une position de soutien au dictateur tunisien Ben Ali, alors contesté par la « révolution de jasmin ». Le 12 janvier 2011, alors que la contestation populaire exigeant la chute de Ben Ali bat son plein, elle propose devant l’Assemblée Nationale de renforcer la coopération sécuritaire avec Ben Ali et de mettre à disposition le « savoir-faire français, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité pour régler des situations sécuritaires de ce type ». Et d’évoquer le fait de ne pas « s’ériger en donneur de leçon » face à une situation « complexe ». Les chefs de la communication de l’Elysée n’aurait donc rien inventé.

crédit photo une : AFP




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