Politique

Objectif municipales 2020 ?

PCF. Les cadres disent « non » à Mélenchon pour mieux dire « oui » au PS ?

Publié le 7 novembre 2016

En politique, il est des moments où les virages sont brusques. Ces accélérations et ces contre-braquages sont en générale l’expression de contradictions structurelles qui apparaissent toujours plus ouvertement au grand jour. Les atermoiements qui s’expriment plus particulièrement au sein du PCF ces dernières semaines sont de ceux-là. De la volte-face de Pierre Laurent avec son soutien à Mélenchon, jusqu’à son rejet par une majorité courte des cadres du parti. En moins de deux jours, le secrétaire national du PCF s’est vu désavoué. Une situation pour le moins ubuesque qui exprime les profondes contradictions qui traverse le parti, ainsi que les profondes recompositions à l’œuvre.

Damien Bernard

Ce samedi, la proposition de Pierre Laurent de soutenir Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle n’a pas obtenu la majorité lors de la conférence nationale du Parti communiste français, qui avait lieu à porte de la Villette à Paris. Au cours de cette conférence, qui réunissait les 535 cadres du parti, les débats ont été vifs, au regard de la division qui émergeait dans les rangs communistes. Ils ont été plus de 53% à choisir l’option 2, celle d’une candidature communiste, laissant ouverte « si la situation l’exige » à un retrait au profit d’une « candidature commune d’alternative à l’austérité ». Dès vendredi, l’option Montebourg a été mise sur la table par Pierre Laurent s’il gagnait la primaire à gauche.

Pierre Laurent encaisse une nouvelle défaite…

Ce n’est pas anodin. Que le secrétaire nationale soit mis en minorité par la majorité des cadres lors d’une conférence nationale est plutôt chose rare au Parti Communiste. Pour la première fois dans l’histoire du parti communiste, dans un vote de cette importance, les cadres du parti ont voté contre l’avis du secrétaire national qui avait émis le souhait de soutenir Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Une défaite qui vient affaiblir toujours plus Pierre Laurent dont le texte lors du dernier congrès n’a recueilli que 51,20 %. Un score qui, dans l’univers communiste, était le signe d’un véritable désaveu. Même en 2008, lors du 34ème Congrès, Marie-George Buffet, alors fortement contestée après son score à la présidentielle de 2007 en dessous des 2%, atteignait 60,90 %.

Pourtant, ce n’est pas sans contradiction. Au sortir de cette défaite historique, Pierre Laurent, est ressorti très applaudi. Il a salué « l’ambiance d’écoute et de respect » et réaffirmé « le choix de la démocratie » dans le PCF. Ainsi, bien que les débats ait été houleux, le vote des cadres du parti n’a pas paru comme hostile au secrétaire national, qui a tout fait pour en faire le signe de l’irruption de la démocratie dans un parti jusqu’ici verrouillé dans ses votes. Pierre Laurent aurait sacrifié sa personne sur l’autel de la démocratie. Tout est fait pour minimiser la crise. « Il n’y a pas de crise au PCF, soutient ainsi Aymeric Seassau, secrétaire fédéral de Loire-Atlantique, la preuve c’est que 90% des membres de la conférence nationale ont voté une résolution pour prolonger la démarche de rassemblement ».

Pour une candidature « autonome » ou pour s’allier avec le PS… ?

Sur les 535 membres de la conférence nationale, 519 ont pris part au vote. L’option Mélenchon recueille 44,31 % des suffrages (218 votes), l’option candidature communiste recueille, elle, 53,69 % des voix (274 votes). 27 personnes se sont abstenues. Au sein de cette majorité qui a voté pour une candidature autonome du PCF, une partie dite « orthodoxe » dit défendre l’autonomie et l’indépendance du parti. Une autre défend une alliance avec le PS – voire avec les écologistes – si un frondeur comme Arnaud Montebourg devait emporter la primaire socialiste. Cette alliance de circonstance a ainsi infligé une lourde défaite à l’aile Mélenchoniste, dont fait notamment parti l’ancienne candidate aux présidentielles Marie-George Buffet, qui a notamment exprimé son exaspération suite au résultat.

Pourtant, par-delà les contours « démocratiques » dont veut se parer Pierre Laurent, c’est bien la ligne majoritaire du Parti qui l’a emporté durant ce vote, celle d’une alliance avec le PS. Depuis mars, il s’agit pour la direction de repousser l’échéance quant à la décision d’un candidat. Déjà échaudé par l’expérience de la candidature autonome de Buffet en 2007, l’option Mélenchon parti en solo, et imposant des conditions drastiques, notamment durant les législatives, n’offrent pas d’issue satisfaisante. Cela d’autant qu’avec l’expérience du Front de Gauche visant à exister durant les présidentielles, le PCF a vu, en lien avec la crise du PS, un effondrement du nombre d’élus, vital pour le parti. Pour la seule élection régionale de décembre 2015, les élus communistes sont passés de 96 à 29.

La base ira-t-elle contre le vote de la direction ?

Le prochain épisode est donc le vote des adhérents fin novembre. Il reviendra ainsi, le fin mot de l’histoire aux 50 000 militants lors d’un scrutin organisé par chacune des fédérations départementales entre le 24 et le 26 novembre. Si l’option pour une candidature communiste venait à l’emporter, un processus de candidature serait mis en marche par la direction du PCF. Le député André Chassaigne n’exclut rien. « J’ai dit que comme d’autres, je suis disponible », indique-t-il dans les travées de la Cité des sciences de la porte de la Villette, ajoutant aussitôt « mais peut-être que les critères feront que je ne serai pas le meilleur candidat ». Le nom du jeune député Ian Brossat revient régulièrement ces dernières semaines, même si celui-ci était plutôt pour un ralliement à Jean-Luc Mélenchon.

Si le vote venait à être confirmé par les adhérents, c’est cette dernière hypothèse qui pourrait être la position de synthèse. « Des camarades pensent qu’il faudrait une jeune candidature », expliquait Pierre Laurent. Suite à un peu plus d’un mois de campagne électorale, le scénario serait ensuite que le candidat se retire fin janvier face à un Arnaud Montebourg sorti vainqueur de la primaire à gauche pour réaliser cette fameuse « union de la gauche ». Pourtant, ce scénario d’alliance avec le PS presque vital structurellement pour la direction PCF, déjà en crise, pour maintenir son réseau d’élus, mais aussi ses finances, pourrait bien avoir du plomb dans l’aile si la base décidait malgré tout de soutenir Jean-Luc Mélenchon.

Vers une accélération de la crise du PCF ?

Mélenchon n’aurait alors plus aucun compte à rendre à la direction du PCF, qui serait donc obligée de laisser agir ses militants pour le compte d’un autre et risquer ainsi de voir filer sa base. Une hémorragie, d’ailleurs, qui a déjà commencé, un certain nombre de communiste fait déjà campagne sous l’appellation « communistes insoumis ». Ainsi, quel que soit le scénario, il semble que la crise chronique du PCF pourrait bien entrer dans une phase d’accélération. Et l’effondrement du PS pourrait bien en être le catalyseur. Une situation d’autant plus préoccupante, qui pourrait même présager que ce n’est même plus 2017 que vise Pierre Laurent. Pas la présidentielle donc, ni même les législatives, aussi importantes soient-elles pour son parti, mais les municipales de 2020, que viserait le secrétaire nationale du PCF. La survie du parti passera par cette élection et par les élus qui en sortiront.