Politique

La justice écoute la bureaucratie du PS

PS. Camba bidouille les statuts pour éviter la primaire

Publié le 16 juin 2016

Les députés frondeurs ne sont pas d’accord avec El Khomri ? On leur sert le 49.3. Les militants PS exigent, comme le demandent les statuts, qu’une primaire soit organisée ? On appelle la « justice » pour empêcher que les statuts du parti soient respectés et on les change ensuite !

Trois militants PS du 18ème arrondissement avaient déposé plainte pour demander à ce que le PS organise une primaire pour désigner son candidat, comme le prévoit les statuts ratifiés au Congrès de Poitiers. L’article 5.3.1 stipule en effet que « le candidat à la présidence de la République est désigné au travers d’une primaire citoyenne » et que « au moins un an avant l’élection présidentielle, le conseil national fixe le calendrier et les modalités d’organisation de la primaire. » Cette date d’un an étant le 7 mai, les trois adhérents ont déposé une plainte devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour que les statuts du parti « socialiste » soient respectés et qu’une primaire « citoyenne » soit organisée.

Après toutes leurs acrobaties destinée à faire oublier que le PS s’est surtout marié au Medef, de « La Belle Alliance » à « En Marche » en passant par « Hé ho la gauche », la perspective d’une primaire où toutes celles et ceux qui voudraient voter PS aux présidentielles puissent dire ce qu’ils pensent de la politique réactionnaire d’Hollande durant son quinquennat effraient particulièrement Cambadélis et le président. Une décision de justice qui auraient obligé le PS à organiser une primaire aurait été un scénario catastrophe pour le premier secrétaire en l’état de la popularité du candidat Hollande.

La « justice » a bien compris les angoisses du premier secrétaire et débouté la demande, prétextant que l’organisation de la primaire «  apparaît contradictoire, ou à tout le moins ambiguë  ». Et « au regard de ces équivoques, aucune obligation de résultat ne saurait dès lors être attachée à ces dispositions statutaires ». Le tribunal continue : « en l’absence de cette contrainte statutaire, le choix de prolonger les négociations avec les autres formations politiques, qui doivent également répondre à leurs propres impératifs de calendrier, appartient aux instances de direction du Parti socialiste, dont les exigences de la vie démocratique excluent qu’elles se voient imposer leur conduite par les tribunaux  ». On aura soin de retenir la formule. En attendant, les avocats des trois plaignants, dont les « exigences de la vie démocratique » du PS n’a que faire, sont outrés. D’autant plus que c’est le juge lui même qui a argué de la non-clarté des statuts alors même que le parti n’avait pas osé avancer cet argument : «  même le PS ne l’avait pas plaidé, c’est dire si leur clarté ne faisait aucun doute » expliquait Me William Bourdon.

Comme le souligne l’avocat des trois militants, « les masques sont tombés » : la bureaucratie d’un parti à la solde du patronat aura tout fait pour étouffer le mécontentement de sa base. En effet, ne s’arrêtant pas à cette décision de justice, Cambadélis a avancé l’idée de modifier les statuts pour que cette épineuse question de ne pose plus. Proposition immédiatement avalisée par Bruno Leroux, gardien du troupeau de mouton qu’est le groupe socialiste à l’Assemblée.

A court terme, cette décision, résout les affaires des apparatchiks élyséens. Mais de là à dire que cela permettra à Hollande de passer le premier tour, alors qu’il continue à stagner au-dessous des intentions de votes pour Mélenchon, il y a encore un pas…

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Mots-clés PS