Notre classe

Halte à la précarité !

PSA Mulhouse licencie 652 intérimaires en mettant un terme à l’équipe de week-end

Publié le 5 juillet 2016

Vincent Duse

La direction de PSA Mulhouse a annoncé fin juin la suppression de l’équipe de week-end pour le 17 juillet. Sa suppression, nous disent-ils, est planifiée depuis le début car elle devait aider l’usine à remplir les commandes de véhicules 2008. Ce massacre d’emplois devient de plus en plus banal aux yeux du patronat et du gouvernement, voire de certains syndicalistes prêts à sacrifier les plus précaires pour éventuellement préserver les emplois en CDI.

Légalement, il s’agit non pas de licenciements en bonne et due forme, mais de « fins de mission ». Mais cela ne rend pas l’affaire moins dramatique. Après huit ans de crise capitaliste, l’emploi intérimaire représente aujourd’hui, pour la classe ouvrière, l’une des seules façons de décrocher un emploi et de survivre. Avec des salaires bien plus bas et des contrats précaires, les travailleurs sont plus vulnérables et se retrouvent dans l’obligation d’accepter des postes toujours plus pénibles. Pour le patronat, les contrats peuvent être rompus et les acquis sociaux remis en cause plus facilement. C’est pourquoi la solidarité ouvrière doit être forte. En tant que travailleurs, nous devons militer pour l’embauche de tous les précaires en CDI et refuser les divisions liées aux différents types de contrats de travail au sein de nos usines !

Sans eux, pas de bagnoles

Au-delà de leur condition de précaires, c’est la force potentielle qu’ils représentent dans les luttes ouvrières à venir qui doivent nous intéresser. Chez PSA Mulhouse, la direction emploie plus de 1 400 précaires, tous contrats confondus. Une grosse partie d’entre eux est employée dans les usines terminales, où les conditions de travail sont les plus difficiles – par exemple le montage. 700 travailleurs sur 1 400 y travaillent. Sans eux, il n’y aurait pas de bagnoles ! Les cadences sont un véritable enfer, des postes sont régulièrement supprimés afin de faire des gains de productivité sur la vie des précaires et pour mettre la pression aux salariés stables quant à leurs acquis. C’est pourquoi la précarisation des emplois est l’ennemie de tous les salariés !

Une équipe de week-end composée de plus de 80 % d’intérimaires

Le groupe PSA est devenu un adepte d’emplois précaires. Aucun ouvrier n’a été embauché en CDI depuis des années. Il s’agit d’une volonté politique de précariser les travailleurs pour mieux les exploiter, pour imposer des reculs à l’ensemble de la classe ouvrière : bas salaires, conditions de travail dégradées, charges de travail intensifiées, avec toutes les conséquences néfastes pour la santé et la vie sociale qu’on connaît !

L’équipe de week-end était composée de plus de 80 % d’intérimaires. Ils travaillaient 11 heures par jour à la chaîne. Ils gagnaient entre 1 000 et 1 100 euros par mois. Le turn-over était énorme. Faire travailler de cette manière est inhumain. Pour ne pas mourir d’épuisement à la chaîne, plein d’intérimaires ont décidé de démissionner.

Inacceptable : avec 652 travailleurs sur le carreau, c’est l’équivalent d’une PME qui ferme

La nouvelle attaque de la part de la direction du groupe est d’ampleur : plus de 650 intérimaires sont licenciés du jour au lendemain avec la suppression de cette équipe. Les journaux régionaux n’en parlent même pas : des centaines d’ouvriers précaires, jetés dehors comme des malpropres, et sont les familles ne pourront plus (sur)vivre ne les intéressent guère ! Et pourtant, un journal bien asservi aux intérêts patronaux comme L’Alsace faisait croire à l’époque où cette équipe avait été créée que le groupe PSA embauchait en créant de bons boulots industriels. Aujourd’hui, ce même journal passe totalement sous silence ces licenciements et l’extrême précarité dans laquelle ces ouvriers travaillaient !

Lutter contre la précarité, un devoir de l’ensemble du mouvement ouvrier

Aujourd’hui, notre classe doit prendre en main de façon réelle la lutte et l’organisation des précaires, non seulement chez PSA, mais partout. La précarisation des emplois se généralise et la loi travail ne fera qu’aggraver cette situation où des pans entiers des travailleurs dans l’industrie mais aussi dans d’autres secteurs de l’économie sont employés comme une main-d’œuvre flexible et jetable pour la réalisation de travaux souvent dangereux et pénibles. Le secteur automobile en est un cas emblématique. Le patronat a réussi à faire de la précarisation une politique de recrutement à part entière, faisant baisser les salaires, accentuant l’exploitation et mettant en concurrence les salariés les uns contre les autres. A les en croire, un CDI serait aujourd’hui un privilège !

Nous avons trop longtemps laissé au bord de la route ces masses précarisées qui font tourner des sociétés comme PSA. Sans intérimaires, rien ne tourne. Ils constituent une force sociale potentielle énorme (et bien plus radicale que les secteurs plus intégrés du monde du travail) pour les luttes sociales à venir. Les organiser et en faire des militants de la lutte de classe pour le renversement de ce vieux monde pourri doit être l’une de nos priorités de classe !