^

Notre classe

Corruption « syndicale » chez Peugeot-Citroën

PSA Saint-Ouen : des responsables du syndicat pro-patronal SIA condamnés pour détournement de fonds

Flora Carpentier L’affaire date de 2007. Le Comité d’entreprise (CE) de Peugeot-Citroën Saint-Ouen se trouvait en « défaillance financière », croulant sous 104.000 € de dettes. Un rapport d’expertise révélait alors que des dizaines de milliers d’euros avaient été détournés par des responsables du syndicat maison SIA (Syndicat Indépendant de l'Automobile) pour des achats personnels, le tout dans la plus grande opacité. Après une plainte déposée par la CGT de PSA Saint-Ouen et des années de bataille judiciaire, la justice a rendu sa décision ce jeudi 3 juillet. Le secrétaire SIA de l'époque, ainsi que deux autres anciens représentants SIA sont condamnés respectivement à 12 et 4 mois de prison avec sursis. Ils devront en sus verser à la CGT PSA Saint-Ouen 3000€ pour le préjudice et 750€ pour les frais de justice. Si la direction de PSA s’en tire à bon compte, cette condamnation symbolique a le mérite de révéler les magouilles par lesquelles le patronat et ses courroies de transmission ont pour habitude de s’engraisser sur le dos des travailleurs.

Fleuristes, caddies de supermarchés, restaurants… payés avec l’argent des travailleurs de PSA

Malgré les difficultés à accéder aux éléments comptables du Comité d’Entreprise de PSA Saint-Ouen, pour la plupart mystérieusement portés disparus, le rapport d’expertise relayé par la CGT dans un tract du 23 novembre 2007 décrit les multiples visages du pillage dont les recettes du CE ont fait l’objet. Par recettes, il faut entendre notamment les achats effectués en espèces par les travailleurs : billets de spectacles, divertissements, voyages… le tout s’envolant en fumée avant même d’être déposé sur le compte bancaire du CE. Il s’agit de 42.000€ d’espèces pour les seules années 2005 et 2006 qui ont disparu sans laisser trace.

Les relevés de la carte bancaire du CE révèlent également d’innombrables dépenses injustifiées, telles que des retraits d’espèces en distributeurs, des additions salées dans des restaurants, des courses de supermarchés, des frais de carburant parfois même réglés en dehors de l’Ile-de-France, et de multiples achats dans des commerces aussi divers que Darty, Fly, Celio, chez des fleuristes… et même pour jouer au PMU !

Mais la plus grosse couleuvre à avaler, ce sont probablement les multiples chèques réalisés au profit de salariés, pour des montants de 5000 euros (deux chèques) et 6000 euros en 2005, et 2000 et 1500 euros à deux de ces mêmes salariés en 2006. Ces versements avaient été qualifiés de « prêts » (jamais remboursés), justifiés par des reconnaissances de dettes, elles-mêmes qualifiées de « faux en écriture ».

La direction de PSA fait mine de ne pas être au courant…

Depuis le début de l’affaire, la direction de PSA adopte la politique de l’autruche. A l’issue du rapport des experts, elle avait procédé à des licenciements d’élus SIA, de manière à étouffer l’affaire au plus vite et à se dédouaner de toute responsabilité en se dissociant des inculpés. Elle était pourtant bel et bien au courant des malversations, des interdits bancaires du CE ayant déjà alerté de la situation en 2006. La direction avait d’ailleurs à l’époque muté discrètement le secrétaire… Parallèlement, elle a savamment œuvré pour que le rapport ne soit pas connu des travailleurs, en le déclarant « confidentiel ».

La réalité, c’est que la direction de PSA a bien besoin de son syndicat maison pour faire passer les attaques contre les conditions de travail à l’usine, sa politique qui vise à faire payer sa crise aux travailleurs, alliant gel des salaires et flexibilité des horaires. C’était donc avec son aval que les élus du SIA pouvaient se permettre de se servir dans les caisses de l’entreprise, cela en toute impunité.

Pour que le patronat et ses amis du syndicat-maison cessent de s’enrichir sur le dos des travailleurs, tout en leur faisant croire que l’entreprise se porte mal et qu’il faut se serrer la ceinture, il n’y a qu’une solution : exiger l’ouverture des livres de compte des entreprises comme de leurs CE, et l’accès intégral à l’ensemble de ces informations pour tous les travailleurs.




Mots-clés

Automobile   /    Notre classe