^

Monde

Deux palestinien-ne-s abattus par l'armée israëlienne

Palestine. Vers une troisième Intifada ?

Depuis une semaine, la tension ne cesse de monter en Palestine, au point d'arriver à un niveau critique. A Al-Khalil (Hébron en hébreux), où la situation a toujours été tendue, un jeune et une jeune palestinien-ne-s ont été abattu-e-s par l'armée israélienne en seulement quelques heures. Dans cette ville de plus de 130 000 habitants, considérée comme la ville de l’apartheid, les 500 israélien-ne-s jouissent de la protection de plus de 2 000 soldats. Les portes des maisons palestiniennes ont été condamnées pour assurer la « sécurité » des colons fanatiques de la ville. Ce traitement du peuple palestinien et la politique de collaboration du gouvernement de Mahmoud Abbas ne peut que pousser à la révolte.

Une situation insoutenable

« Partie » palestinienne de la ville, Jérusalem-Est est occupée par l’État israélien depuis 1967. C’est précisément dans cette zone-là que nous retrouvons l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam et site le plus sacré pour les juifs. Ces derniers temps, Jérusalem est en état d’urgence car les fêtes religieuses s’enchaînent : Yom Kippour, le Grand Pardon juif, était de mardi soir à mercredi soir. L’Aïd al-Adha musulman, du jeudi matin jusqu’à samedi. Et enfin, la Souccot juive, qui commence dimanche soir et se prolonge durant toute une semaine. Cette dernière connaîtra sans doute un afflux conséquent de fidèles, pouvant générer quelques provocations d’extrémistes israéliens.

Il y a une dizaine de jours, l’esplanade des mosquées a déjà été le théâtre d’affrontements entre jeunes palestiniens et policiers israéliens. Pendant trois jours, ces jeunes ont justement lutté contre des provocations croissantes de la part d’extrémistes israéliens qui venaient y prier illégalement. Ce mouvement s’est ensuite propagé dans différents quartiers de Jérusalem, ainsi qu’en Cisjordanie. Le bureau du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a déclaré que les "émeutiers" palestiniens ne sauront empêcher les Juifs de visiter le Mont du Temple. Mais Netanyahou joue avec le feu. La profanation croissante d’Al-Aqsa et la volonté de la diviser accroît la colère les palestien-ne-s qui, avec raison, considèrent ceci comme une énième humiliation. En réaction, le gouvernement israélien déploie donc plusieurs milliers de policiers pendant cette période de fête, et la tension monte jusqu’à l’inévitable.

Ce 22 septembre, deux jeunes palestinien-ne-s ont été abattu-e-s à Al-Khalil, ville sous tension permanente. Après leurs funérailles, la colère du peuple palestinien s’est exprimée. C’est dans un check point, situé entre la vieille ville palestinienne et les quartiers retranchés des israéliens, que tout a commencé. Comme d’habitude, c’est à coup de pierres que les palestinien-ne-s ont montré leur souffrance. Les soldats israéliens, eux, ont répondu à coup de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes, avant d’entrer dans la vieille ville sous contrôle de l’autorité palestinienne pour réprimer les « émeutiers ». Ces quinze derniers jours sont peut être les prémices de quelque chose de beaucoup plus grand, car la poursuite de violences contre les Palestiniens et contre leurs lieux saints pourrait entraîner une troisième Intifada.

De la colère à la révolte ?


Le gouvernement de l’autorité palestinienne a prouvé à plusieurs reprises qu’il était l’auxiliaire de l’État Israélien, et qu’il avait le soutien des États-Unis et de l’Union Européenne comme le montre sa visite à l’Élysée. Essayant coûte que coûte de maintenir la colère justifiée du peuple opprimé palestinien, Mahmoud Abbas et son gouvernement n’en demeurent pas moins complètement discrédités. Un sondage publié cette semaine a indiqué que 65 % des Palestiniens souhaitent la démission de M. Abbas, tandis que 79 % d’entre eux pensent que les institutions sont corrompues. Partisan d’une solution à deux États, Abbas a rencontré le mur de la réalité. L’État Israélien est un état colonisateur et tire sa puissance de l’exploitation de la Palestine. Les accords d’Oslo et la reconnaissance de plusieurs pays de l’Autorité palestinienne ont pu bercer d’illusions la population d’une sortie pacifique de la domination sioniste, mais aujourd’hui, on voit bien que cette dynamique a au contraire permis l’auto-gestion de la répression des mouvements contestataires palestiniens, plutôt que d’accélérer sa libération. Aujourd’hui, 65 % des palestinien-ne-s ne croient plus en une « solution à deux États ». L’accélération de la construction de colonie, l’impuissance et même la collaboration de l’autorité palestinienne avec l’État sioniste, font que plus de 80 % de la population pensent qu’Israël veut soit détruire Al-Aqsa, soit la diviser. Il faut entendre par là que les palestinien-ne-s pensent (légitimement) que l’État israélien veut garder le contrôle sur toute la Cisjordanie, tout en continuant la colonisation et passant par l’appropriation des sites religieux sacrés pour les palestinien-ne-s. Ils et elles pensent que l’Autorité palestinienne a échoué en empruntant la voie diplomatique pour mettre fin à l’occupation israélienne. À ce jour, 57 % de la population soutient une nouvelle Intifada, au lieu de 49 % il y a trois mois. La dernière fois qu’un tel chiffre a été constaté, c’était avant le début de la seconde Intifada en juillet 2000. La poursuite de la colonisation systématique et du nettoyage ethnique des terres appartenant aux palestinien-ne-s pousse le peuple palestinien, s’il veut survivre, à ne pas abandonner son aspiration légitime, à l’autodétermination et à la résistance, y compris armée.

Alors que Vive la résistance palestinienne ! Palestine vivra ! Palestine vaincra !




Mots-clés

Palestine   /    Monde