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« Paradise Papers ». Quand la bourgeoisie s’indigne… des révélations

Le scandale des « Paradise Papers », révélé par un consortium de journaliste, fait énormément de remous. Face à la déferlante, la réaction des classes dirigeantes, par le biais de leur relais médiatique, ne s’est pas faite attendre.

Crédits photo : MAXPPP

« Cette divulgation d’informations fiscales à grande échelle est fortement contestable dès lors qu’elle laisse insidieusement imaginer à l’opinion publique que l’ensemble des personnes visées a commis des actes illégaux et répréhensibles, ce qui est pourtant loin d’aller de soi ». C’est par ces mots que Virginie Pradel, fiscaliste, porte l’escouade dans son article d’opinion « Paradise papers » : cessons de livrer des noms en pâture publié dans le très libéral journal Les échos.

Une prise de position claire, que partage Nicolas Beytout. Le rédacteur en chef du non moins libéral journal L’Opinion a ainsi, dans son éditorial « Paradise Papers » : la nouvelle tambouille de la loi et de la morale du 6 novembre affirmé que « la morale » prétend « de plus en plus imposer sa prééminence sur la loi » pour s’attaquer aux journalistes ayant eu l’outrecuidance de dénoncer les pratiques d’évasion fiscale de riches personnalités et de multinationales. Mieux, Beytout pousse sa cynique prose jusqu’à l’affirmation que, « vu au prisme de cette nouvelle hiérarchie des normes, le vol de millions de documents grâce auquel cette affaire est renseignée n’est plus un acte contraire à la loi mais un service rendu à la morale. En d’autre terme, qu’il conviendrait de balancer en taule les journalistes, coupables de ce crime de lèse-majesté.

La ligne de défense est donc claire : L’évasion fiscale est légale, circulez, il n’y a rien à voir ! Mécontente de voir l’opacité des petites combines visant à accumuler toujours plus de capital révélée au grand jour, la bourgeoisie française, fidèle à sa réputation, menace ouvertement, par le biais de ses relais médiatique, toute celles et ceux qui trouveraient à redire sur des pratiques largement partagées. Pour sur, la « morale » épinglée n’est pas la leur. C’est ce qui transparaît par le mépris de classe ouvert et affiché, ce qui transpire à chaque ligne des ces deux articles. Mais au-delà du fait que les classes dirigeantes trouvent tout à fait normal d’accumuler sans fin du capital, c’est un autre travers qui apparaît avec d’autant plus de clarté : la question de l’État et de son rôle de maintien des privilège pour une infime partie de la population.

En effet, le recours à la « légalité » pour battre en brèche toute critique en dit long sur la nature même de l’organisation de la société, donnant plus de profondeur au « deux poids, deux mesures » qui entache toutes les injustices judiciaires ou autre procédure visant des « personnages importants ». La ligne de défense des éditorialistes et autres fiscalistes bourgeois vient, en définitive, donner une étonnante actualité à l’analyse d’Engels à la fin du XIX°, selon laquelle l’État « est, en règle générale, l’État de la classe la plus puissante, de celle qui domine d’un point de vue économique ». D’un point de vue totalement formel, Pradel et Beytout ont tout à fait raison : l’évasion fiscale et les montages révélés ne sont pas forcément illégaux. Ce qu’ils « oublient » de dire, c’est que cette légalité est scientifiquement conçue pour défendre les intérêts du grand patronat et milliardaire. C’est cette vérité qui apparaît de manière limpide, tant dans l’affaire des « Paradise Papers » que dans les vocifération de Pradel et Beytout.




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