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Politique

Bernard Arnault sanctionne Le Monde

Paradise papers : quand le capital réprime ses chiens de garde

Le Monde a révélé, dans le cadre de l’affaire dite des « Paradise papers » que le détenteur de la première fortune de France, Bernard Arnault, possédait des comptes offshore placés dans des paradis fiscaux par lesquels il aurait notamment acquis des yatchs et un vaste terrain en Angleterre. Depuis, le patron de LVMH, multinationale dans le secteur du luxe, a décidé de sanctionner le quotidien du soir en lui retirant pour un an les encarts publicitaires que Le Monde lui vendait, sanction évaluée à hauteur de 600 000 euros. Manière de rappeler qu’on ne mord pas la main du maître.

Crédits : GUILLAUME SOUVANT / AFP

Derrière la « révélation », la normalité de ces pratiques chez les grands propriétaires de capitaux

Dans le cadre de la récente affaire des Paradise papers, révélée en novembre par le consortium international des journalistes d’investigation, c’est le journal Le Monde qui a révélé que Bernard Arnault, le patron bien connu du groupe LVMH, détiendrait des comptes offshores via lesquels il aurait notamment acquis des yatchs de luxe ainsi que 129 hectares de terrain au nord de Londres. Ce nouveau scandale qui implique nombre de multinationales et de personnalités de la vie publique ne peut plus surprendre que le naïf, tant ces pratiques d’évasion fiscale sont la norme et non l’exception. En témoigne l’implication d’entreprises comme Apple, Facebook, Twitter, Uber, Whirlpool ou encore Dassault Aviation, Engie ou Total. Néanmoins, il ne fait jamais bon se retrouver en première ligne, c’est ce qu’Arnault a voulu faire payer au Monde qui a eu l’extrême audace de révéler son implication.

Quand la répression de l’information s’invite dans le « soft power » de la machine médiatique

Le Monde, détenu principalement par Xavier Niels, patron de Free et beau-fils de Bernard Arnault, a commis le crime de révéler une information de première main, ce que le patron de LVMH entend réprimer, malgré les dénégations. Ce fait rappelle, malgré ce qu’en dit l’entreprise, la réalité de la liberté des journalistes travaillant au sein des médias capitalistes. L’appareil idéologique que les médias entretiennent et reproduisent fonctionne très largement sur cette apparente liberté d’expression, qui s’arrange néanmoins habilement pour ne pas être trop embrassante pour le patron. Néanmoins, quand ce type d’affaire explose, les contradictions entre d’une part ces médias qui cultivent, compris à leur propres yeux de journalistes, l’illusion de leur liberté et d’autre part les grands capitalistes qui financent ces journaux très largement déficitaires, ne sont plus tenables et le capital s’immisce brutalement à coup de sanctions et de rappels à l’ordre. Cette intervention autoritaire du capital dans le soft power de la machine médiatique, qui est le nom ordinairement donné à ce mode de domination idéologique instauré et reproduit par des médias de masse « libres » de défendre objectivement et ardemment le patronat et le libéralisme, témoigne en réalité de leur degré d’asservissement. Plus la crise s’intensifie et plus les travailleurs contestent la légitimité de ces fortunes incommensurables, obtenues grâce à leur travail, plus leur propriétaire feront marcher au pas leurs journaux, qui ne pourront plus se payer le luxe de sortir des clous.




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