^

Jeunesse

Sélection à l’université

ParcoursSup : Des conseillers de 320 à 560 euros pour "garantir son inscription"

Cette entreprise privée l’a bien compris, avec la sélection renforcée par Macron et son Plan Etudiant, « à ce stade, l’orientation professionnelle est déjà définie ». 320 à 560 euros, c’est le prix à payer pour un•e conseiller•e d’orientation privé•e afin d’assurer son entrée à l’université via la nouvelle plateforme ParcoursSup. Une sélection qui accentue une reproduction sociale déjà bien à l’œuvre.

« Pourquoi faire risqué et compliqué quand on peut faire sûr et simple ? ». Cette entreprise privée l’a bien compris, avec la sélection renforcée par Macron et la nouvelle plateforme ParcoursSup, « à ce stade, l’orientation professionnelle est déjà définie ». C’est pour cela qu’elle propose aux étudiants et leurs parents un ‘’accompagnement’’, répondant à des questions soulevées par ParcoursSup :

« Comment bien cibler les formations auxquelles je peux prétendre ?
Quelles sont les pièces requises pour les dossiers d’inscription ?
Quelles sont les modalités d’admission sur la nouvelle plateforme Parcoursup ?
Comment rédiger un projet motivé et préparer un cv ? Comment formuler mes voeux ?
Et comment procéder efficacement dans le laps de temps imposé ? »

Ces questions paraissent triviales ; pourtant, les étudiants, mis en concurrence, vont être tentés par ce genre d’entreprise proposant de les aider à passer l’épreuve de sélection qu’est la plateforme ParcoursSup. Deux formules sont donc proposées. Pour 320 euros, les étudiants peuvent se payer un entretien d’une heure et demi avec un conseiller d’orientation, qui détermine avec l’étudiant la liste des vœux auquel il peut prétendre au vu de ses bulletins scolaires, et corrige les CV et lettres de motivation. Pour 560 euros, ce sont 2 entretiens, et le ou la conseillère rentre les vœux, CV et lettres de motivation sur la plateforme à la place de l’étudiant.

Plan étudiant, une sélection qui renforce la reproduction sociale

Ce genre d’entreprise privée est simplement le corollaire de la sélection. Les conseillers d’orientation privés existaient bien sûr déjà avant. Mais Parcours Sup renforce la sélection, et rend les réorientations plus compliquées. Désormais, les futurs étudiants ne pourront plus faire que 10 vœux (contre 24 auparavant), sur une offre totale de formation qui comprend 12.000 possibilités. En outre, les candidats seront triés selon une liste « d’attendus » (l’équivalent des prérequis que souhaitait Macron) nationaux et locaux. La plateforme et la sélection font peur - à raison - aux étudiants et à leurs parents, qui seront d’autant plus tentés de payer ce genre de prestation.

Pour ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les services de cette entreprise, l’écart se creusera encore avec les plus privilégiés. Le CV et la lettre de motivation ne seront pas faits sur mesure pour entrer dans les prépas et universités, et les chances de les intégrer s’amoindriront.

ParcoursSup n’est cependant pas la seule nouveauté du plan étudiant. La sélection va s’accentuer dès la rentrée prochaine avec la fin de la compensation, qui augmentera significativement le taux d’échec à l’université. Dans les années à venir vont être également instaurés la fin des rattrapages et l’interdiction des redoublements (déjà en essai dans les universités Paris V, VI et VII dans les filières de médecine). Enfin, le gouvernement souhaite mettre en place une modularisation des enseignements, soit la fin des parcours et des années de licence, c’est-à-dire une latitude beaucoup plus grande pour composer son parcours avec différents modules. Cela signifierait la fin de l’équivalence nationale des diplômes et donc le renforcement d’une université à deux vitesses, avec des parcours d’élite et des parcours « poubelles ».

Un système scolaire inégalitaire

Mais le système scolaire est déjà inégalitaire. En effet, d’après des données mises à jour en 2017 par l’Insee, l’accès aux différentes positions sociales par les enfants dépend fortement de celle des parents. En 2014, 47% des fils de cadres supérieurs l’étaient eux-mêmes, tandis que seulement 10% des fils d’ouvriers l’étaient. A l’inverse, 48% des fils d’ouvriers étaient ouvriers, tandis que seulement 10% des fils de cadres supérieurs l’étaient.

Un article du Centre d’Observation de la Société, qui analyse les résultats de l’étude de l’Insee, souligne à raison que ces chiffres portent sur des personnes âgées de 30 à 59 ans en 2014. Ces résultats enjolivent donc sans doute ceux que l’on obtiendrait pour les nouvelles générations, nées à partir du milieu des années 1980, et étant rentrées sur le marché du travail en pleine crise économique à la fin des années 2000.

Les mobilisations et la grève pour défendre notre droit à la formation

Les générations issues du baby-boom accèdent de plus en plus massivement à l’enseignement supérieur dans les années 60. Cela crée une crise logistique due au manque de moyens : amphis bondés, manque de personnels… Les mobilisations et les grèves de Mai 68 vont ensuite être un ingrédient essentiel de la massification de l’enseignement supérieur ; le gouvernement met plus de moyens, des établissements sont construits, des enseignants recrutés. L’âge moyen de fin d’études passe de 15,2 ans en 1968 à 21,7 ans en 2006, et le nombre d’étudiants inscrits passe de 200 000 en 1950 à 850 000 en 1970.

Depuis, tous les 10 ans environ, c’est une nouvelle attaque contre l’université qui est perpétrée par le gouvernement, un nouveau projet de sélection. Le processus de casse de l’université ne date pas d’hier, et processus de Bologne, loi Fioraso, puis LRU ont ouvert la voie à une transformation en profondeur de l’université. Le Plan Etudiant, ainsi que les processus de fusion d’université en cours, mènent à une reproduction sociale de plus en plus importante, à une université toujours plus au service du patronat.

Le droit à la formation n’est pas une évidence aujourd’hui, ni l’entrée à l’université garantie par le baccalauréat qui nous paraissait acquise. Pourtant, l’accès au savoir est un dû auquel on doit prétendre, et pour lequel on devra continuer à se battre, pour la suppression du Plan Vidal comme a été supprimé le Plan Devaquet !

Soyons nombreux et nombreuses en AG et dans la rue ce 6 Février, date de mobilisation nationale, pour une convergence entre personnel•le•s et étudiant•e•s !