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Jeunesse

Exclusion des quartiers populaires de la fac

Parcoursup’ : la sélection touche avant tout les candidats des lycées populaires

Tous les syndicats du secondaire et de l’enseignement supérieur, ainsi que les organisations de jeunesse, avaient prévenu que la sélection à l’entrée de l’université introduite par la loi ORE et Parcoursup’ toucherait avant tout les lycéens des quartiers populaires, et deux semaines après les premiers résultats, c’est bien cela qui se vérifie.

Crédit Photo : DR.
Article paru dans L’Hebdo Anticapitaliste, n°433 du 07 juin 2018

Deux semaines après les premiers résultats de Parcoursup’, si le nombre de lycéens en attente est passé de 520 000 à 185 000, le système, au fur et à mesure de son avancée, montre de plus en plus son côté inégalitaire. Il faut déjà se prémunir de l’idée que les 580 000 lycéens qui ont eu au moins une réponse positive sont heureux de leur sort : pour beaucoup, les universités qui les ont accepté étaient des roues de secours, au cas où leur choix de cœur n’était pas accepté. Beaucoup de ces 580 000 lycéens sont donc encore sur des listes d’attentes de vœux qu’ils avaient formulé et qu’ils espèrent toujours avoir.

De fait, rien n’est réglé, d’autant plus que 20 000 lycéens n’ont eu que des réponses négatives. Lundi matin, sur LCI, la ministre Frédérique Vidal assurait que ce n’étaient que des lycéens qui avaient demandé « seulement des filières sélectives ». Un mensonge éhonté prouvé par les captures d’écrans de dizaines de lycéens, refusés partout dans des licences pourtant censées être « non sélectives ». Une situation d’autant plus stressante qu’à quelques semaines du bac, beaucoup sont stressé de ne rien avoir la veille de l’examen et de le passer en vain. Une lycéenne témoignait même à La ZEP que « l’attente » est devenue une insulte dans son lycée...

Si le ministère se jette des roses en expliquant que la réforme est plus concluante que ce qu’ils n’espéraient, on ne peut que se demander quel est leur avis sur les lycéens des classes populaires qui sont les plus durement touchés par les listes d’attentes. En Seine-Saint-Denis, le nombre de lycéens qui sont toujours en attente et qui n’ont aucun espoir d’obtenir une formation sont très nombreux, même si les rectorats refusent de donner des statistiques académie par académie. Mais force est de constater que de nombreuses universités ont utilisé le lycée d’origine pour pondérer le dossier scolaire. Un lycéen de 17 ans témoignait ainsi au Monde que malgré ses notes de 18/20 et 20/20 au bac anticipé de français, ainsi qu’une moyenne de 18/20, son rêve d’aller à Henri IV s’est envolé avec Parcoursup’. En cause, son lycée d’origine, à Montgeron, en Essone : le lycée Henri IV lui avait même dit de ne pas candidater !

Quoi qu’en dise la ministre, la loi ORE est en train de renforcer la sélection sociale à l’université. D’une université qui reproduisait les inégalités sociales, on passe à une université qui exclue de son sein les classes populaires. Si, pour quelques uns, Parcoursup’ devait être un modèle de « méritocratie », donnant aux plus méritants les meilleures places dans l’enseignement supérieur, la douche est froide. Car on le voit, aucune « méritocratie » n’est possible dans un système où ce sont les enfants d’ouvriers et d’employés qui sont exclus de la fac, quand les enfants des quartiers bourgeois du centre de Paris ne sont nullement stressé par leur orientation, leur lycée étant de fait un passeport pour la fac.




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