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Jeunesse

Affolement au ministère

Parcoursup : naufrage annoncé le 22 mai

Le 22 mai prochain, les élèves de terminale des lycéens français devront recevoir leurs premières réponses aux vœux d’orientation dans le supérieur émis sur la très contestée plateforme Parcoursup. Le nouveau dispositif introduit par la loi « Orientation et réussite des Etudiants », actuellement combattue dans les universités, n’était selon les mots de la ministre Frédérique Vidal, pas une « sélection ». Sauf qu’à seulement quelques jours de la sortie des résultats, c’est déjà l’affolement au ministère face au risque de déconvenues de plusieurs dizaines de milliers de lycéens…

« Fiches avenirs », CV, lettre de motivation à la poubelle : la sélection c’est l’algorithme !

Appliqué avant même d’être voté à l’Assemblée Nationale, le dispositif Parcoursup a ajouté à l’année de terminale une pression supplémentaire sur les épaules des bacheliers - écriture de CV et de lettres de motivation pour candidater dans chacune des formations – et sur celles de leurs professeurs principaux, chargés de compléter la fameuse « Fiche Avenir », pour jauger de la motivation et des capacités des futurs bacheliers à réaliser leur poursuite d’études dans des formations qu’ils ne connaissent souvent pas ou mal. Première déconvenue : dans la plupart des formations du supérieur, ce travail de candidature n’a été d’aucune utilité. La plupart de ces dossiers n’ont pas été examinés, pour des raisons évidente de manque de moyens ou tout simplement pour des questions d’équité et de refus vis-à-vis du principe de la sélection sociale à l’entrée à l’université : en effet, sur quels critères noter et ordonner la qualité de plusieurs milliers voire dizaine de milliers de CV de lycéens de terminale, dont les expériences et les activités personnelles dépendent pour beaucoup de leur origine sociale et familiale ? 87 départements sur un total de 70 universités ont refusé de réaliser ce tri social des dossiers et renvoyer le recteur devant ses responsabilités.

« En attente », la réponse prévisible pour des milliers de lycéens

Le 22 mai prochain, les élèves devront recevoir un mail de réponse concernant chacun de leurs souhaits (au maximum 10) : « oui », « non » (pour les formations sélectives), « oui si » l’élève accepte le suivi d’un module de remise à niveau (dont on sait déjà que les 1 milliards d’euros de la ministre ne suffiront à mettre en place pour la plupart des formations) et « en attente ». Si les critères pris en compte dans les algorithmes locaux n’ont pas pour obligation d’être dévoilés – sous l’argument de la liberté de délibération des jurys – il s’agira très certainement de classer les dossiers par leurs notes, par la filière, mais aussi possiblement par la note de classement national des lycées, publié pour la première fois par le ministère de l’Education Nationale cette année. En d’autres termes, seuls les meilleurs élèves – et particulièrement ceux des meilleurs lycées – se verront attribuer la réponse « oui » concernant leurs multiples vœux. Les élèves aux dossiers scolaires moins solides, très certainement relégués dans la file d’attente, pourront peut-être, au grès des désistements obtenir la formation de leurs choix.

Cette option est d’autant plus probable qu’il vient d’être donné aux chefs d’établissement la consigne de « rassurer les lycéens », aux retours des réponses de candidature, qu’il faudra prendre son mal en patience, tout le mois de juin – date du passage du baccalauréat – et peut-être jusqu’en septembre. En faisant valoir également la mise en place d’une « procédure d’inscription complémentaire » en cette fin d’année.

Phase d’inscription complémentaire : tout recommencer pour des formations non désirées !

En effet, un projet de décret modifiant Parcoursup est actuellement dans les tuyaux de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Il s’agit d’introduire, après la « phase principale », une « phase complémentaire » qui s’ouvrirait « sur la plateforme Parcoursup du 26 juin 2018 jusqu’au 21 septembre 2018 inclus ». Il s’agirait d’une « phase de dépôt des vœux sur les places vacantes » dont disposeraient encore les universités et qui n’auraient pas trouvé preneurs et sur laquelle les lycéens n’auraient pas candidater lors de la « phase principale ». On est bien loin des objectifs qui étaient vantés avec Parcoursup : l’accompagnement de l’orientation n’existe alors plus puisque les établissements scolaires sont fermés ; la supposée liberté de choisir son orientation face à un tirage au sort, fruit du hasard, s’estompe face à l’imposition d’un vœu de filière. Enfin, l’angoisse de la procédure se prolonge à l’été.

En effet, les candidats devront valider les propositions des établissements dans le « 1er juillet, à minuit (heure de Paris), pour une proposition reçue entre le 26 et le 28 juin 2018 », soit 5 jours, dans les 48 heures pour toute réponse donnée au cours de l’été, et dans les 24 heures pour une réponse donnée le 2 septembre. Que de clarté et de simplicité….

Ce dernier projet décret, sorti du tiroir au dernier moment, en dit long sur le naufrage qu’annonce la procédure Parcoursup. Admission post-Bac, ancien système de répartition dans le supérieur, par manque de place, avait tiré au sort moins de 2% de l’ensemble des bacheliers. Parcoursup, en refusant le mécanisme simple de la hiérarchie des vœux d’orientation, va non seulement instaurer la sélection sociale à l’entrée de l’université et réserver certaines formations aux enfants des classes supérieures, mais ne va en rien régler le problème du tirage au sort qui réapparaitra, sous d’autres formes, lors de la phase complémentaire. C’est vrai, ce ne sera plus tout à fait le « hasard » qui déterminera, si oui ou non, le bachelier pourra accéder à la formation de ses vœux. Avec le « hasard » du tirage au sort la probabilité qu’un enfant de classe populaire entre dans une formation désiré par un lycéen plus privilégié existait encore. Ce sera tout simplement le rectorat qui fera ce choix pour le bachelier. La liberté de choisir ses études et son orientation n’y aura pas davantage sa place. Sauf pour les très bons élèves dont on sait statistiquement qu’ils appartiennent, le plus souvent, aux catégories les plus aisées de la population.

Crédits photos : AFP - Gerard Bottino / CrowdSpark




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