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Jeunesse

« Sois sage et tais-toi ! »

Paris 7. Des étudiants occupent une salle, la direction verrouille la fac !

Suite à l’occupation d’une salle par des étudiants à l’université Paris 7-Diderot, la direction de la fac a décidé de fermer toutes ses portes et de filtrer les étudiants à l’entrée avec un dispositif de vigiles renforcé. Bienvenue dans une université qui ne sait répondre aux étudiants que par la répression.

Le 14 mars, des étudiants de l’université Paris 7-Diderot ont répondu à un appel à « occuper une salle », relayé en région parisienne et suivi dans quelques universités. Une action organisée par des étudiants, des jeunes, en réaction au viol du jeune Théo par la police et au contexte des présidentielles estimant qu’ils « n’ont rien à attendre de cette classe politique ». Leur démarche ? « Faire entendre la voix des étudiant-es de notre université sur ces questions, que nous estimons d’une gravité significative. ». Derrière l’idée d’occuper une salle, celle de se « réapproprier » les locaux de l’université, d’ouvrir un espace « alternatif », de débats, de rencontres.

Ainsi, plusieurs dizaines d’étudiants de l’université Paris 7 Diderot ont décidé d’occuper la salle O27C après en avoir informé la direction et demandé qu’une salle puisse être laissée aux étudiant.es pour avoir un espace à eux. À noter qu’ils s’étaient également organisés pour s’assurer que le cours qui s’y tient habituellement se tienne dans une autre salle. Une occupation qui s’est traduite par l’organisation d’un planning de discussions, d’ateliers, de débats divers, et la « re-décoration » des murs.

Salle occupée, fac fermée

Mais la direction de l’université n’a pas apprécié ce qu’elle considère comme une prise d’otage par une poignée d’étudiants. La réaction ne s’est pas fait attendre, la direction exigeant l’évacuation immédiate de la salle. Pour ce faire, elle a fait appel à un dispositif renforcé de vigiles venus exprès pour l’occasion et procédant à des filtrages à l’entrée de la fac. Le rapport de force entre la direction et les étudiants n’a pas tardé à se tendre : la direction choisit pour mettre un terme à cette occupation de « diaboliser » cette action avec les arguments selon lesquels les étudiants se livreraient à d’importantes dégradations, feraient tourner de l’alcool et rentrer des extérieurs. Finalement, tout un argumentaire pour décrédibiliser l’action et légitimer la répression : expulsions des jeunes, fichages, menaces physiques et verbales.

Depuis, l’université a été verrouillée par la direction qui a placé à l’entrée un système de barrage filtrant. La « direction générale des services » a d’ailleurs envoyé un message aux étudiants pour annoncer cette « mesure ». « Mesure » qu’elle justifie aujourd’hui par le prolongement de l’état d’urgence et les récents attentats outre-Manche.

Paris 7 : une direction adepte de la répression et des coups de force !

Derrière cette répression brutale des étudiants pour avoir voulu « occuper » une salle, il y a une direction qui depuis des mois essaye de faire passer par la force son projet de« fusion » par des méthodes anti-démocratiques et répressives.

Nous vous invitons à revenir sur l’historique du passage (par la force) du projet de fusion à l’université Paris 7 avec les universités Paris 3 et Paris 5. Ce projet, en faisant fusionner ces trois universités, a pour but d’ouvrir définitivement l’Université aux intérêts privés, d’y sous-traiter la recherche des grandes entreprises et d’imposer plus facilement la sélection et de faire disparaître des filières jugées non-rentables.

La direction de l’université, qui obéit au rectorat et au gouvernement, n’a d’autres options que de faire passer ce projet coûte que coûte… et cela au mépris de l’avis du personnel, des professeurs et des étudiants qui se sont pourtant majoritairement opposés au projet.

Alors, quand les étudiants décident d’envahir le conseil d’administration pour venir exprimer leur refus de la fusion, la direction appelle les vigiles et la police. Une décision qui ne fait pas figure d’exception : pendant le mouvement contre la loi Travail déjà, alors que les étudiants organisaient des assemblées générales et décidaient d’aller voir la direction pour exiger la banalisation des cours, le droit de se mettre en grève, la direction appelait les forces de répression. Quelques mois plus tard, quand les étudiants demandent simplement le droit d’avoir une salle pour se réunir, discuter, la direction mobilise encore une fois un dispositif répressif. Aujourd’hui, le résultat est que les étudiants qui protestent contre la fusion, les violences policières, la loi « Travaille », qui tentent de s’organiser, sont muselés et mis à la porte de l’université.


Contre l’université au service des patrons et la répression : défendre l’auto-organisation des étudiants et des personnels

C’est la même direction qui réprime les étudiants en lutte contre la loi Travail et celles et ceux qui s’opposent au projet de fusionou qui tentent d’occuper une salle. Les directions des universités sont en lien direct avec le rectorat et le gouvernement, auxquels elles obéissent au doigt et à l’œil, et ont montré qu’elles n’hésitent pas à faire appel aux forces de répression quand les étudiants, les personnels et les professeurs commencent à s’organiser ou à hausser le ton.

Contre la répression, contre les projets ultra-libéraux que défendent les directions universitairesen accord avec les projets du gouvernement – la sélection en master, la fusion – il s’agit d’arriver à construire le rapport de force sur nos lieux d’études et de travail. Faire en sorte que la majorité des étudiants, des personnels et des professeurs s’organisent, continuent de s’organiser, pour se préparer aux futures attaques.

On devrait pouvoir avoir le droit de réserver une salle, de discuter, de se réunir, d’informer les étudiants de la répression qui sévit durement dans les quartiers, des réformes anti-sociales, des licenciements qui tombent dans le monde du travail dans lequel nous sommes censés nous « insérer ».


Le droit aussi de nous faire entendre, dans ce cirque présidentiel, sur tout un tas de sujets qui concernent la jeunesse en premier chef. De pouvoir défendre une université gratuite, libre, ouverte à toutes et tous, aux sans-papiers, aux étudiants étrangers, qui produit un savoir utile à la majorité de la population et qui nous permettent de développer notre esprit critique.


Il est certain que ces derniers mois nous ont montré qu’ils ne nous laisseront pas faire – avec la volonté dès qu’ils le peuvent de décourager, d’effrayer les étudiants ou encore d’instrumentaliser les actions de certains étudiants pour tenter de mettre les autres dans leurs poches. Il est primordial que cela soit dénoncé et que la vérité soit systématiquement rétablie quant à ceux que la direction défend, ceux qu’elle réprime, sur ses mensonges, et sur ce qu’elle impose à la majorité de la communauté universitaire. Parce que nous ne nous laisserons pas faire non plus. Nous avons notre mot à dire et nous sommes plus nombreux, à Paris 7 et ailleurs.




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