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Marre de la précarité dans l’ESR

Paris. Les contractuel.le.s étudiant.e.s de la BULAC en grève contre la précarité

Publié le 24 mai 2016

Les contractuel.le.s étudiant.e.s de la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC) à Paris sont en grève depuis huit jours. Ils se battent contre le refus obstiné de leur direction de leur reconnaître le statut de contractuel.le.s, pourtant marqué sur les contrats de travail qu’ils et elles ont signés, et tous les droits qui en découlent. Ils dénoncent une situation de précarité généralisée au niveau national dans l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Ils sont vingt contractuel.le.s étudiant.e.s à être employés par la BULAC, cette bibliothèque inter-universitaire spécialisée dans les langues orientales et administrée par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, plusieurs universités parisiennes (Paris 1, Paris 3, Paris 4 et Paris 7), plusieurs grandes écoles (EHESS, EFEO, EPHE) et d’autres instituts ou centres de recherche (CRNS, INALCO). Ces contractuel.le.s étudiant.e.s ont des horaires fixes – quinze heures par semaine – et assurent notamment les services en lien direct avec l’accueil et l’orientation du public. Ils travaillent surtout en soirée et le samedi.

Mais ces contractuel.le.s étudiant.e.s se voient malmené.e.s par la direction de l’établissement depuis son ouverture en 2011. Non reconnaissance du droit aux arrêts maladies, rattrapage forcé des jours fériés, tel est le quotidien de ces contractuel.le.s étudiant.e.s à qui la direction de la bibliothèque refuse le statut de contractuel et les droits correspondants. Face à la précarité de leurs conditions de travail, ils ont décidé de se mettre en grève depuis mi-mai.

« Notre situation est très précaire  » nous raconte l’une des grévistes. « Alors que nos contrats et fiches de paie indiquent que nous cotisons bien auprès de la Sécurité sociale, la direction affirme que nous n’avons pas droit aux arrêts maladie, et que nous ne sommes pas de « vrais » contractuel.le.s, ce qui nous contraint à venir travailler malade ou à rattraper les absences pour maladie, ou blessure, et ce quel que soit le nombre d’heures à rattraper. Une disposition similaire s’applique pour les jours fériés systématiquement rattrapés par les contractuel.le.s étudiant.e.s » poursuit-elle.

Une concertation entre les contractuel.le.s étudiant.e.s et la direction avait été lancée en novembre 2015, mais les négociations s’enlisaient, sans issue à portée de vue, d’autant plus que la direction n’hésitait pas à changer à maintes reprises sa défense : « Elle a d’abord considéré que nous étions des vacataires, puis des contractuel.le.s traités comme des vacataires en raison de notre rémunération horaire  » explique une gréviste. Les contractuel.le.s ont réussi à réfuter les arguments de la direction en s’appuyant sur les textes juridiques régissant leurs contrats. « Début mai, la direction nous a indiqué que nous étions sûrement des agents occasionnels du service public’  ». C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase dans ce long processus de négociations qui ne menait nulle part pour les étudiant.e.s salarié.e.s qui ne cherchent qu’à faire valoir leur statut et leurs droits.

Ils se sont alors déclarés en grève illimitée depuis le 14 mai avec le soutien de la Ferc Sup CGT et le SNASUB-FSU. Depuis, la direction refuse de négocier, prétextant qu’elle attend une réponse du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche qui devait statuer sur leur cas depuis le 9 décembre 2015.

Les contractuel.le.s étudiant.e.s de la BULAC ne se laissent pas décourager. Ils sont même partis à la rencontre des travailleur.se.s précaires d’autres bibliothèques parisiennes du quartier. A la Bibliothèque des Grands-Moulins de l’Université de Paris 7 comme à la Bibliothèque nationale de France, les conditions de travail précaires sont analogues et des grèves ont également été déclarées dans chacun de ces établissements. Une rencontre entre les salariés précaires et grévistes de ces bibliothèques a eu lieu plus tôt dans la semaine, préparant le terrain pour une plus grande convergence de leurs luttes contre la précarité dans les services publics. Convergence qui pourrait se faire également au niveau national car les moniteur.trice.s étudiant.e.s travaillant dans d’autres bibliothèques universitaires subissent des conditions de travail tout aussi précaires. A la Bibliothèque Saint-Barbe, la Bibliothèque inter-universitaire de la Sorbonne (BIS) ou encore à l’Université de Toulouse, aux mêmes abus liés au statut juridique très flou de ces travailleur.se.s précaires s’ajoute très souvent le versement des salaires avec jusqu’à 6 mois de retard. Une situation largement intenable...

Les grévistes de la BULAC revendiquent aujourd’hui la reconnaissance de leur statut de contractuel.le.s et réclament de ne plus être obligés de rattraper les absences en raison des jours fériés, des arrêts maladies ou des accidents du travail. Largement majoritaire, leur lutte bénéficie du soutien de plusieurs bibliothécaires titulaires, certains allant jusqu’à faire grève en solidarité avec leurs collègues précaires.

Ils et elles ont notamment lancé une pétition en ligneet vous pouvez les contacter pour plus de renseignements ici. Ils se retrouvent régulièrement sur le piquet le samedi, jour où les contractuel.le.s étudiant.e.s constituent près de 80 % du personnel embauché.

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