Politique

En Turquie, la boucherie. En France, le Far-Ouest.

Paris. L’hommage à Rojbin, Sara et Leyla interrompu par un policier qui tire en l’air

Publié le 11 janvier 2016

La scène se passe le 9 janvier dans les rues de Paris. Une foule dense, surtout composée de militants kurdes et turcs venus de toute l’Europe, rend hommage à Fidan Dogan (Rojbin), Sakine Cansiz (Sara) et Leyla Soylemez, assassinées il y a trois ans dans les locaux du Centre d’Information du Kurdistan de Paris par un homme à la solde des services secrets turcs. Au cours de la mobilisation, ce weekend, une bagarre éclate entre plusieurs manifestants et un homme, apparemment opposé à la manifestation. Ce seul prétexte suffit à un policier pour dégainer son pistolet et tirer en l’air pour disperser l’attroupement.

Renan Granger

Il s’agit donc d’une étape de plus dans le décharnement de la violence policière advenu dans les dernières semaines.. Après deux meurtres policiers contre des hommes accusés de terrorisme, dans le 18ème arrondissement de Paris puis à Cergy, les passages à tabac qui se multiplient dans les quartiers populaires, voilà maintenant que les policiers tirent en l’air pour disperser des manifestations.

A l’origine de cette longue dérive, il y a la politique réactionnaire et sécuritaire du général Hollande, qui reprend à son compte un bon nombre des projets de l’extrême-droite. L’autorisation pour les policiers de porter leur arme en dehors du service, le projet de redéfinition très souple de la « légitime défense » qui s’applique aux policiers, les discours chantant les louanges de la police nationale : tous ces éléments ont créé un sentiment de confiance et d’impunité chez les policiers, qui poussent la dérive toujours plus loin. Chaque jour, la France ressemble de plus en plus au Far-Ouest, à la différence près qu’au lieu des Amérindiens, ce sont les musulmans et assimilés qui sont pris à parti.

Et cette déferlante raciste concerne particulièrement les migrants, poussés toujours plus nombreux par les guerres de Hollande. Or, la construction d’une Europe-forteresse passe en grande partie par la Turquie. C’est ainsi que le vice-président de la commission Européenne, Frans Timmermans, a estimé que le flux migratoire vers l’Union européenne depuis la Turquie était resté « beaucoup trop élevé » après l’accord signé entre Bruxelles et Ankara pour l’endiguer. Et pour réduire ce flux de migrants, l’Union Européenne a donné carte blanche au boucher Erdogan. Il peut notamment mener son offensive militaire contre le peuple kurde et le PKK en toute impunité depuis des mois, faisant des centaines de morts. Ce week-end, ce sont 32 militants qui ont été tués.

Voici donc le tableau qui se dessine progressivement : en Turquie, la boucherie pour réprimer la lutte du peuple kurde ; en France, le Far-Ouest pour réprimer ouvertement ceux qui contestent. Plus que jamais, il est temps de se mettre du côté du peuple kurde, face à Hollande et son état d’urgence, et de reprendre une bonne fois pour toutes le slogan de la manifestation de ce samedi : « Erdogan, assassin ! Hollande, complice ! ».