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Répression

Paris : des étudiants argentins, mobilisés pour le droit à l’IVG, expulsés de leur résidence universitaire

La Maison de l'Argentine, à Paris, est occupée depuis samedi 4 août par des résidents expulsés et interdits de séjour dans la résidence pour avoir manifesté en faveur de la loi pour le droit à l’IVG, qui sera discutée mercredi 8 août au Sénat argentin. Un groupe de résidents, étudiants et chercheurs, munis leurs foulards verts, avait organisé un « pañuelazo » le 13 juin, en soutien à l’immense et historique mobilisation qui s’est levée depuis des mois pour exiger ce droit à disposer de son corps.

La Maison de l’Argentine, dépendante du ministère de l’Éducation de ce pays, est une résidence universitaire destinée à accueillir les étudiants, chercheurs et artistes argentins à Paris, afin qu’ils puissent réaliser leurs projets scientifiques, culturels ou académiques.

Mais ce n’est pas la première fois que le directeur, Juan Manuel Corvalán Espina, est dénoncé pour des cas de persécution politique. Au cours des mois précédents, il avait expulsé des résidents et licencié arbitrairement une employée de haut rang pour avoir exprimé leurs idées politiques. Tandis qu’il menait une politique de répression de la liberté d’expression, au sein même d’un établissement où vivent des doctorants en sociologie, histoire ou sciences politiques, des artistes, des scientifiques-chercheurs et des professeurs, il a protégé des résidents tenant des propos homophobes, sexistes et racistes et ayant des comportements violents.

Mercredi 13 juin dernier, à 19h30, un rassemblement pacifique appelé « pañuelazo », consistant à prendre une photo en brandissant des foulards verts, a été organisé par les résidents de la Maison Argentine, devant la Cité universitaire de Paris. Voici leur témoignage :

« Le directeur de la Casa Argentina, Juan Manuel Corvalán Espina - nommé par le ministère argentin de l’Éducation - a interrogé de manière informelle différents résidents et membres du Comité des résidents de la Maison à diverses occasions, exprimant son rejet de l’activité et menaçant d’expulser autoritairement de la résidence toute personne ayant pris part à l’action. "L’ordre du Ministère de l’Education est que ceux qui participent doivent être expulsés de la maison, leur a-t-il dit, vous venez ici pour étudier, je ne voudrais pas vous voir partir avec vos valises dans quelques jours." Ensuite on l’a entendu crier que ceux qui y ont participé allaient être éjectés. Cette situation est une nouvelle démonstration de la politique du directeur, qui consiste à réprimer et à restreindre de plus en plus l’utilisation des espaces communs de la maison pour que les résidents ne puissent pas se réunir. Cyniquement, il a dit en privé qu’il était en faveur du projet de loi IVE, mais il n’a pas hésité à censurer et à entraver toute expression de soutien de la part des étudiants, professeurs, chercheurs et artistes argentins vivant dans la Maison, ainsi que de la communauté argentine dans son ensemble et de différentes nationalités qui avaient montré un énorme intérêt à participer à l’action proposée par les résidents, à l’instar du rassemblement du 3 juin sur la place du Trocadéro à l’occasion du troisième anniversaire de #Ni Una Menos. »

Pour pouvoir séjourner à la Maison Argentine, les résidents doivent soumettre leur demande, qui est renouvelée chaque année. Mais le directeur Juan Manuel Corvalán Espina a exécuté la menace qu’il avait proférée à leur égard, et ces derniers ont vu leur candidature de renouvellement rejetée pour la période septembre 2018-juillet 2019. Ce rejet leur a été communiqué début août.

Nous partageons ci-dessous le bulletin d’information écrit par l’Assemblée des Résidents de la Casa Argentina :

L’Assemblée des résidents maintient l’occupation de la Maison de l’Argentine dans la Cité universitaire internationale de Paris en protestation contre la persécution politique et l’expulsion imminente de chercheurs.e.s, étudiant.e.s et artistes argentin.e.s, y compris la quasi-totalité des membres du Comité des résidents. Le directeur, Juan Manuel Corvalán Espina, dépendant du ministère de l’Éducation, avait déjà menacé, le 13 juin, d’expulser les résidents qui avaient organisé et participé à un pañuelazo à l’entrée de la Cité internationale universitaire de Paris. Ces faits s’ajoutent à l’expulsion d’anciens membres du Comité des résidents 2016/2017, aux "irrégularités manifestes" de la direction dans le processus d’élection du Comité 2017/2018 et au licenciement arbitraire et injustifié de l’ancienne Administratrice Julia Bernardi."

Il a été décidé de continuer l’occupation jusqu’à la prochaine assemblée convoquée à 21h le lundi 6, et d’exiger des explications des autorités compétentes sur le processus de sélection puisque, contrairement aux années précédentes, le procès-verbal 2018/2019 ne détaille pas les membres du jury des admissions, le nombre de candidatures, les critères d’évaluation, l’ordre de mérite correspondant, ni aucune signature.

Cependant, la police est intervenue lundi 6 aout vers 17h et a évacué les personnes qui étaient venues soutenir les résidents. À présent, les étudiants restent mobilisés et appellent au « pañuelazo » de la communauté latino-américaine à Paris qui aura lieu le 8 août devant le Sénat français.

Les résidents demandent la révision des résultats de renouvellement des candidatures 2018/2019, la réintégration de Julia Bernardi et la démission de l’actuel directeur, Juan Manuel Corvalán Espina. En signe de solidarité et de soutien sur les réseaux sociaux les hastag #CasaTomada et #FueraJuanCorvalan (#Maison occupée et #DehorsJuanCorvalan) a été créé par les résident.e.s.

Vous pouvez les suivre sur twitter ou Facebook ComiteCasaArg et sur instagram comitefonationargentine.




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