Société

Pour qu’écolo ne rime pas seulement avec bobo…

Paris, interdiction des véhicules polluants au 1er juillet : mesure écologique, vraiment ?

Publié le 30 juin 2016

C’est parti. A partir du 1er juillet 2016, tous les véhicules mis en circulation avant le 1er janvier 1997 et les deux roues d’avant 1er juin 1999 seront interdits de séjour dans la capitale. Certes, la lutte contre la pollution de l’air –une étude récente a montré qu’elle diminuait l’espérance de vie– est légitime. Mais interdire du centre-ville les catégories de la population qui n’ont pas les moyens de s’offrir un véhicule neuf a de quoi mettre toutes celles et ceux qui voudraient qu’écolo ne rime pas seulement avec « bobo », en colère.

Yano Lesage

Faire payer l’accès à la capitale. C’est en substance ce que Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, en alliance avec Anne Hidalgo, maire de Paris, est en passe de mettre en place à Paris en interdisant l’accès des véhicules anciens – et donc plus polluants – dans l’agglomération. A compter du 1er juillet 2016, les véhicules particuliers immatriculés avant le 1er janvier 1997, les véhicules utilitaires légers d’avant le 1er octobre 1997 et les deux-roues d’avant le 1er juin 1999 ne pourront plus circuler dans la capitale entre 8h et 20h, les jours de semaines. Si une « clémence pédagogique » devrait s’appliquer jusqu’au 1er octobre prochain, à compter de cette date les automobilistes pris en faute devront s’acquitter d’une amende de 35euros en 2016, puis de 68euros pour les véhicules légers et de 135euros pour les poids-lourds à partir de 2017.

Une nécessité sanitaire qui passe par une mesure antipopulaire

La pollution de l’air a un impact concret sur la qualité de vie des habitants de zone urbaine, en particulier lorsqu’ils vivent aux abords des grands voies de circulation – le périphérique à Paris par exemple. Une récente étude a montré qu’elle a pour conséquences de faire perdre 6 à 8 mois d’espérance de vie aux habitants d’agglomérations et qu’elle décuple le risque de développer de l’asthme ou des maladies cardio-vasculaires. En France, la pollution serait la cause de 40000 décès par an. A Paris, 15% des enfants sont asthmatiques et 35% ont des allergies.

Cependant, la mesure ne passe pas auprès des automobilistes. Ces derniers se sentent discriminés tout en associant mesures écologiques à un mode de vie « bobo ». Pourtant ce sont souvent les même qui subissent de plein fouet les dangers de la pollution atmosphérique et les mesures d’éviction du centre-ville –ceux vivant en périphérie, dont le lieu de travail se trouve en centre-ville vers lequel ils doivent chaque jour faire le déplacement.

A Paris, l’éviction des classes populaires, du fait des phénomènes de gentrification, d’explosion des loyers et du foncier, est une constante depuis plusieurs dizaines d’années, de sorte que les catégories socioprofessionnelles ouvrière et employée sont largement sous-représentées intra-muros. Cette mesure est aussi une manière de chasser les classes populaires, y compris celles qui se rendent à Paris régulièrement pour des obligations professionnelles.

Une subvention aux constructeurs automobiles

Afin d’éviter ce type de critique, la ministre de l’Environnement et la maire de Paris ont proposé un certain nombre de mesures visant à aider les foyers les plus modestes à se doter d’un véhicule neuf voire de l’abandonner. Quand Hidalgo propose une aide à l’obtention du Pass Navigo aux parisiens ou des réductions sur l’utilisation des Auto Lib’ en échange de leurs vieilles voitures, il faut bien discerner les limites de ce discours ; alors que peu nombreux sont les parisiens qui ne prennent pas les transports en commun et que l’usage des auto-lib est réduit aux pourtours parisiens, c’est plutôt la question d’un véhicule pour sortir de l’agglomération, partir en vacances, qui pose problème.

Surtout c’est une nouvelle subvention de 9000 euros à l’achat d’un véhicule électrique qui devrait faire des heureux, du côté des constructeurs automobiles. Cela s’ajoute aux précédentes mesures de bonus à l’achat d’un véhicule vert : toujours plus de nos impôts partent dans les poches des Renault, PSA et autres multinationales de l’automobile. De quoi donner un nouveau souffle à la production automobile et à leur transition vers le « greenwashing ». Pourtant, pas sûr que les nouveaux déchets générés et le surplus de production engendré soit véritablement écologique…

Alors que le Pass Navigo vient d’augmenter à 73euros par mois, que la spéculation immobilière et l’inflation des loyers, en dépit des logements vides, évincent les travailleurs de la capitale et les pousse toujours plus loin de leur lieu de travail, que les transports urbains sont très souvent bondés, n’y aurait-il pas, Madame la ministre, de quoi réconcilier les classes populaires et les mesures écologiques ? Transport gratuit, plafonnement des loyers, réquisition des logements vides, et construction de HLM, voilà un ensemble de mesures aptes à réconcilier les classes populaires avec la mode du « vert »…