Notre classe

Interview d’une gréviste de la gare d’Austerlitz

[Vidéo] Parole de cheminote : « Ils veulent nous empêcher encore plus d’avoir une vie de famille, une vie sociale »

Publié le 18 mai 2016

Plus de 130 salariés de la gare d’Austerlitz à Paris se sont réunis ce matin en assemblée générale, et ont voté la grève reconductible. Nous avons interviewé M., contrôleuse SNCF, sur les raisons de la colère des cheminots.

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Pourquoi pensez-vous qu’il est important de vous mettre en grève à la SNCF ?

C’est vraiment crucial parce que qu’il s’agisse du gouvernement, ou de notre direction, ils ont décidé pour la SNCF de faire un décret socle, et pour le gouvernement, c’est la loi El Khomri. C’est vraiment une attaque pour tous les salariés. Pour moi les deux c’est la même chose, ça revient à enlever un maximum de droits aux salariés. C’est presque de l’esclavage, on va revenir un siècle ou deux en arrière pour des profits qu’on ne peut pas accepter. C’est pour ça que je suis en colère et que pour moi c’est crucial. C’est même un débat de société. Moi je suis contre cette société là, où le fric est plus important que l’humain.

Le décret socle, pour nous les cheminots, ça veut dire qu’on n’a plus de réglementation, on est corvéables à merci, chose qu’on était déjà parce que malgré le fait qu’on nous traite de nantis, et sachant que c’est en général des médias, des journalistes ou des députés qui le sont encore plus que nous… ça nous met en colère parce qu’être nantis est-ce que ça veut dire travailler 24 heures sur 24 ? On travaille les week-ends, les jours fériés… Notre vie de famille est impactée par notre travail. Les anniversaires des enfants on ne les fête pas forcément le jour même. Moi je suis contrôleuse, donc parfois je pars 2-3 jours de la maison et ce n’est pas simple.

Ce décret socle et cette loi El Khomri, ça revient à me prendre des choses qui sont de l’ordre du privé. On va m’empêcher encore plus d’avoir une vie de famille, une vie sociale. Ça on ne peut pas le laisser passer. C’est pour ça que je suis en grève reconductible, et je continuerai jusqu’au bout. Parce que même si je suis à 2 ans de la retraite, dans ma tête c’est pas possible de partir en laissant la SNCF dans cet état. Donc il faut se battre.

Interview de Christophe, militant Sud Rail et gréviste à la gare d’Austerlitz