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Notre classe

Histoire de luttes à l'AP-HP

Partage d’expérience. Interview d’un infirmier gréviste en 1988

Propos recueillis par Nicolas Rossel. Pierre, ancien gréviste infirmier au service de pneumologie à l’Hôtel dieu-AP-HP en 1988, raconte à Révolution Permanente son expérience du plus grand mouvement du personnel hospitalier ayant déjà eu lieu en France et qui a donné lieu à la Coordination Nationale des Infirmiers.

Quelles-ont été les raisons de ta participation à la grève de 1988 ?

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C’est le décret de la Ministre de la santé Michèle Barzach qui a déclenché la mobilisation. Elle prévoyait de dévaloriser encore plus notre statut en supprimant le diplôme d’accès aux études d’infirmier, alors que notre travail était déjà sous-évalué. C’est pour la question du statut et de la reconnaissance professionnelle que je me suis mobilisé au début, mais les revendications du mouvement se sont très vite élargies aux salaires et aux conditions de travail.

Raconte-nous une journée de grève-type dans ton hôpital. Comment vous organisiez-vous ?

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Au plus fort du mouvement, avec les collègues, nous tenions un piquet de grève 24h/24h en se relayant. Il y avait une assemblée générale quotidienne, où l’on discutait de la situation du mouvement national, des actions à mener, et on votait la reconduction de la grève.

Je me souviens d’actions qu’on avait menées : on avait réquisitionné des lits vides pour les amener dans le hall de l’hôpital, ce qui gênait le fonctionnement de l’hôpital et donnait de la visibilité au mouvement. Ce n’était pas des lits pour les urgences mais des lits d’hospitalisations programmées, sur lesquelles l’hôpital compte pour remplir les caisses (frais d’hospitalisation). On avait aussi décidé de ne pas faire payer les frais de séjour aux patients, ce qui permettait de sensibiliser la population à nos revendications et d’obtenir un soutien plus large. On essayait aussi de chercher du soutien auprès des autres collègues du corps médical.

Comment est apparue la nécessité de créer une coordination des hôpitaux ? Comment était-elle organisée ?

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Le mouvement étant national, on a rapidement senti le besoin d’une organisation nationale représentant les infirmièr-e-s et portant leurs revendications, d’autant plus qu’à l’époque les infirmièr-e-s étaient peu représentées dans les syndicats. Il nous fallait notre propre organe de représentation pour faire valoir nos revendications auprès du gouvernement.

L’AG élisait des délégué-es à la coordination nationale, puis les délégué-es rendaient compte à l’AG des discussions et décisions de la coordination.{}

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Quelles ont été vos relations en tant que membres de la coordination avec vos collègues syndiqués ? Avec la direction ?

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Avec les syndicats, le rapport était plutôt constructif, sans volonté de récupération de leur part, ils apportaient des conseils et participaient aux AG, mais ils étaient plutôt à « la remorque » d’un mouvement puissant et spontané.{}

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La Directionétait débordée par l’ampleur, la détermination et l’organisation construite au fur et à mesure puis au fil des jours, les relations devenaient plus tendues parfois, elle devenait menaçante envers les « meneurs » mais s’inclinait devant le soutien des troupes !{{}}

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Forces et faiblesses du mouvement de 1988 : quel bilan ?

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C’était un mouvement plein de spontanéité, énergique, créatif, qui a duré et qui était solidaire. Mais on sentait parfois du conservatisme et du corporatisme.

Quel souvenir t’a le plus marqué de cette grève ?

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L’installation des lits vides dans le hall de l’hôpital et le bras de fer qui a suivi avec la direction.{}

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As-tu participé à d’autres mouvements avant ou après 1988 ?

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Oui mais à titre personnel : retraites, CPE en 2006….souvent en soutien à la mobilisation de mes enfants et des jeunes qui ont un avenir plus incertain que nous à l’époque.

Que t’inspire le mouvement actuel de l’AP-HP ? Un conseil à donner aux personnels en lutte ?

La destruction programmée de l’Hôpital public, et plus largement de la Sécurité sociale et donc de l’assurance maladie, justifie la mobilisation actuelle. Si le projet de l’AP-HP aboutit, les autres suivront. C’est de cela dont il s’agit !

Tenez bon, expliquez, cherchez à convaincre, et intervenez sur les grands médias pour interpeller l’opinion publique.

Le mot de la fin ?

Ne lâchez rien et soyez solidaires !




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