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Malgré les gages donnés par le PYD…

Pas de trêve contre le Rojava. L’armée turque poursuit ses attaques

Publié le 21 septembre 2016

La « trêve » en Syrie a volé en éclat, on le sait. Les Américains accusent le régime syrien et les Russes de l’avoir rompue en bombardant un convoi humanitaire qui se dirigeait vers Alep, tandis que Damas et Moscou répliquent en pointant du doigt la « bavure » états-unienne contre une base de l’armée syrienne à Deir ez-Zor, le 17 septembre. Entre temps, la guerre n’a jamais cessé contre le Rojava, le Kurdistan syrien, qui n’a connu aucune trêve.

Ciro Tappeste

L’armée turque, qui a pénétré sur le territoire syrien fin août, a poursuivi ces derniers jours ses attaques contre les territoires défendus par les Unités de protection du peuple (YPG), les milices de gauche du Parti de l’union démocratique (PYD) kurdo-syrien. Les bombardements, sur les territoires kurdes du Rojava, n’ont jamais cessé.

Dans son sillage, l’armée turque entraîne plusieurs unités combattantes islamistes répondant à Ankara, après que le gouvernement turc ait changé son fusil d’épaule et cessé son soutien implicite à Daech. L’objectif affiché des Turcs reste l’État islamique, mais ce sont surtout les Kurdes qui apparaissent comme une cible privilégiée. Le but est d’empêcher, coûte que coûte, que les cantons contrôlés par les forces kurdes à l’Ouest et à l’Est de l’Euphrate, à commencer par celui de Kobané, ne soient reliés à la région côtière d’Afrin, à majorité kurdophone et tenue par le PYD.

Cette jonction ne saurait se faire au mépris des droits des autres minorités vivant dans cette région frontalière, à commencer par les communautés turkmènes et arabes. Il n’en reste pas moins que l’objectif, consistant à éviter que le Rojava ne soit divisé comme la Palestine, entre Gaza et la Cisjordanie, est absolument légitime. Mais l’idée même d’un Kurdistan autonome, ayant une continuité territoriale à sa frontière Sud, fait bondir la Turquie.

Et, comme par le passé, il ne s’est trouvé personne pour dénoncer l’agression systématique des forces turques contre la résistance kurde. À la tribune de l’assemblée générale des Nations Unies, les occidentaux, François Hollande en tête, se sont contentés de critiquer la fin de la « trêve » en Syrie, instaurée suite aux discussions entre John Kerry et Sergueï Lavrov, et d’invoquer le sort réservé aux civils à Alep qui subissent le siège de l’armée syrienne et de ses alliés russes et iraniens. Une façon pour mieux justifier la « ligne dure » défendue par Paris qui envisageait, fut un temps, de bombarder le régime de Damas, avant d’être lâché par Barack Obama. Une façon également de maintenir de bonnes relations avec le régime d’Erdogan, en le dédouanant de ses crimes de guerre en Syrie. Après tout, Hollande et les Européens ont besoin de lui pour sous-traiter, en Turquie, le « problème » des réfugiés.

Parallèlement, la direction du PYD, en la personne de son coprésident, Salih Muslim, multiplie les déclarations en soulignant que l’objectif de la gauche kurdo-syrienne n’est pas l’indépendance du Kurdistan, revendication historique du mouvement kurde, mais un « État syrien fédéral ». Cependant, les gages donnés sur le terrain par le PYD ou encore le fait de faire preuve de modération politique afin de convaincre les impérialistes qu’ils doivent continuer à considérer la gauche kurdo-syrienne comme une alliée privilégiée, se retournent de jour après jour contre la cause kurde. Les attaques de ces derniers jours effectuées par l’armée turque en sont à nouveau la preuve tragique.