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Un scénario à prévoir pour les élections présidentielles en France ?

Pays Bas. La victoire du vote utile ne cache pas la montée de l’extrême-droite

Mercredi 15 mars avaient lieu les élections législatives aux Pays-Bas, voyant en premier lieu l'opposition entre le Parti Libéral (VVD) mené par Mark Rutte et le Parti Populiste de Geert Wilders (PVV). Malgré la victoire du parti libéral, ce sont bel et bien les idées du parti d'extrême-droite qui sont parvenues à imposer ses thèmes de prédilections. Dylan Léonard

Ce sont près de 81 % des 12.9 millions d’électeurs qui ont mis un bulletin dans l’urne, mercredi 15 mars, à l’occasion des élections législatives aux Pays Bas, alors que de nombreux partis appelaient à faire barrage à Geert Wilders, le leader (et seul membre) de son parti souhaitant la sortie de l’Europe (qu’il n’hésite pas à comparer au nazisme), mais également la fermeture de toutes les mosquées, l’interdiction du Coran (qu’il n’hésite pas à comparer à Mein Kampf) ainsi que l’interdiction d’accès aux immigrants musulmans. En 2010, il y avait 74.5 % de votants, et 75.3 % en 2012, ce qui correspond à une participation accrue lors des dernières élections législatives, témoignant d’une élection très polarisée.

Pour autant, cette victoire du Parti Libéral de Mark Rutte est en demi-teinte. En effet, avec 55.8 % des voix, ce ne sont que 35 des 150 sièges qui composent la chambre basse du parlement néerlandais qui leur sont acquis, tandis que le parti en avait 41 après les élections de 2012. Cette victoire, ayant fait réagir l’Europe entière, en commençant par François Hollande, saluant « Une nette victoire contre l’extrémisme » est pourtant toute relative, puisque d’une part cette élection instaure le parti du sulfureux blond peroxydé Geert Wilders comme la deuxième force politique du pays avec 20 députés, soit 5 de plus que lors des dernières élections. Mais surtout, ce dernier a réussi à imposer ses thèmes, notamment l’identité nationale, et ce n’est donc pas un hasard d’avoir vu, durant la campagne, le candidat du Parti Libéral, Mark Rutte, inviter ceux qui ne souhaitent pas respecter les valeurs néerlandaises à quitter le pays. La seule véritable progression notable durant ces élections est la montée du Parti Écologique de GroenLinks, quadruplant son nombre de députés, passant de 4 à 16 sièges. Quant au Parti Travailliste du PvDa, partenaires de la coalition sortante, il a enregistré la pire déroute de son histoire, passant de 38 à 9 députés.

Ainsi, la quasi-totalité des partis traditionnels, qu’ils soient de gauche ou de droite, ont enregistré une baisse de leur nombre de voix au profit d’autres formations. En conséquence, au moins 4 partis vont devoir constituer une coalition pour avoir le nombre de sièges suffisant pour constituer la majorité, contre 2 jusqu’alors (Le VVD de Mark Rutte et le Pv Da), en sachant que l’ensemble des partis ont d’ores et déjà refusé de s’allier au PVV de Geert Wilders. A ce propos, on peut légitiment s’interroger sur le véritable intérêt politique de la pression au vote utile contre l’extrême droite, puisque, même si Geert Wilders avait fini en tête des élections, aucun parti n’étant prêt à s’allier avec lui, il n’aurait de toute façon pas été possible pour lui de prétendre à un poste au sein du gouvernement.

Dans un contexte où les grands partis traditionnels français, le Parti Socialiste et Les Républicains, sont en crise et où s’accentue la délégitimisation de la caste politicienne au pouvoir, incapable d’apporter de réponse à la crise économique et au chômage de masse, il est possible que ce scénario des Pays Bas se répète pour les présidentielles françaises. D’ores et déjà, des personnalités politiques parlent de la nécessité du vote utile. Mais peut-on croire encore que voter « pour le moins pire » permet de lutter contre les idées nauséabondes de l’extrême-droite ?




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