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Monde

Des élections sous le signe du Nexit

Pays-Bas, l’extrême droite en force à la veille des législatives

A la veille d’un scrutin législatif qui s’annonce très indécis, c’est le Parti de la Liberté (PVV), mené par le très réactionnaire Geert Wilders, qui pourrait bien sortir en tête. Son programme : le « Nexit », la fermeture des frontières et l’interdiction du coran.

Georges Camac

C’est d’ores et déjà la surprise de ces législatives : la formation d’extrême-droite devrait doubler le score qu’elle a fait il y a 4 ans et pourrait arriver en première position des élections qui auront lieu ce jeudi 15 mars. Les sondages donnent pour l’instant Geert Wilders en tête, au coude-à-coude avec la droite libérale.

Pour de nombreux observateurs, la campagne impulsée par Geert Wilders dans le cadre de ces législatives ressemble fort à celle qu’avait pu mener Trump aux États Unis. Au-delà de son style capillaire, ce sont ses méthodes de communication très agressives, son utilisation abondante de Twitter et son programme très xénophobe et réactionnaire qui rappelle le spectre du magnat new-yorkais de l’immobilier. Le leader de l’extrême droite hollandaise a présenté un programme très succinct, qui tient sur une page A4 et dont les principales propositions sont le « Nexit » (la sortie de l’Union Européenne), la fermeture des frontières mais aussi l’interdiction du coran qu’il compare à « Mein Kampf », et la fermeture des mosquées. Celui-ci s’est notamment distingué durant la campagne par ses sorties racistes sur la « racaille marocaine ». Cependant, à la différence de Trump, et même si cela n’est qu’une posture, celui-ci cherche à se poser en défenseur des droits des femmes et des homosexuels.

Quel que soit le résultat, il est exclu que l’extrême droite puisse gouverner aux Pays-Bas. En effet, les élections législatives sont à la proportionnelle intégrale et des accords de gouvernement doivent être trouvés entre les différentes forces politiques en présence à l’Assemblée. Or, même s’il arrive en tête, le PVV n’obtiendrait qu’une vingtaine de sièges dans les meilleures prévisions, loin des 67 nécessaires pour gouverner. Or, tous les partis présents à l’Assemblée ont d’ores et déjà exclus de participer à un gouvernement commun avec l’extrême droite. C’est d’ailleurs l’argument du « vote utile » qui est utilisé par l’actuel premier ministre pour délégitimer son adversaire de ces législatives.

Cependant, l’arrivée en tête du PVV serait néanmoins un symbole fort de la montée en puissance des populismes à l’échelle mondiale, après le Brexit et la victoire de Trump aux États Unis. De plus, elle donnerait du crédit à l’extrême droite, de fait empêchée de gouverner, pour développer son audience. En effet, c’est bien sur le rejet des partis traditionnels néerlandais que l’extrême droite capitalise depuis plusieurs années. Les deux partis dominants, les travaillistes (la gauche sociale-démocrate) et les libéraux (la droite), sont habitués depuis plusieurs années à gouverner ensemble pour mieux appliquer les plans d’austérité et la casse du droit du travail rejetée par une large partie de la population.

Un système profondément anti-démocratique dont l’Europe est devenu le symbole, à l’image du référendum de 2005 sur le traité de Rome. Comme en France, celui-ci avait été majoritairement rejetée par la population puis imposée par la voie législative sous la forme du traité de Lisbonne en 2007, qui reprenait en grande partie les mêmes lignes. Ce rejet de l’Europe, légitime, alimente les idées xénophobes et islamophobes, de plus en plus repris par la classe politique dominante. Elles permettent à un homme politique comme Geert Wilders, issu de la caste politique dominante, et qui vit sous la protection des services royaux depuis 2004, de se faire passer pour un homme proche du peuple. Mais pour les travailleurs et les classes populaires aux Pays-Bas, il est sûr qu’il n’y a rien à attendre de celui qui siège depuis plus de 20 ans au Parlement.




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