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Pays basque. ETA livre ses armes

L'organisation indépendantiste basque ETA a rendu les armes ce samedi. D'un côté comme de l'autre des Pyrénées, les gouvernements français et espagnol se félicitent de cette « victoire »…

Cinq ans après le cessez-le-feu…

Il y a plusieurs années déjà, en 2011, l’organisation séparatiste de gauche ETA déjà fortement affaiblie avait opté pour la fin de la lutte armée, après avoir décrété un « cessez-le-feu permanent, général et vérifiable ». Un an auparavant, en 2010, l’organisation avait déjà annoncé un cessez-le-feu unilatéral. En effet, depuis la fin des années 80, et notamment au travers de la politique ultra-répressive menée par le ministre de l’intérieur Charles Pasqua, de nombreux militants avaient été raflés, condamnés, assignés à résidence… Malgré tout, depuis des décennies, subsistaient plusieurs caches d’armes.

En décembre dernier, dans ce processus de démilitarisation, l’ETA avait confié à des personnalités revendiquant le pacifisme et connues pour cela le soin de détruire un stock d’arme. Le gouvernement Hollande avait profité de l’occasion, par le biais d’une odieuse manipulation, pour « frapper un grand coup », sous couvert d’une opération « anti-terroriste », et interpeller des militants pacifistes qui n’avaient rien de clandestins. Car le processus de démilitarisation est tout aussi unilatéral que le cessez-le-feu, et les gouvernements français et espagnol n’ont de cesse de persécuter tous ceux qui furent liés, de près ou de loin, à l’ETA, refusant systématiquement les nombreuses demandes de négociations de la part de l’organisation.

Ce samedi 8 avril, une nouvelle étape fut franchie dans le processus de désarmement de l’ETA. Ainsi, l’organisation a livré un épais dossier à des représentants de l’État français, dans la mairie de Bayonne, révélant l’emplacement de 8 caches d’armes qui contiendraient un arsenal de 3,5 tonnes. Un geste symbolique, effectué sous les feux des projecteurs, et sous les yeux d’une foule réunie sur la place Paul-Bert du Petit Bayonne.

Dans le même temps, les figures des « artisans de la paix » – dont José Bové, Jean-Noël Etcheverry (Txetx) et Michel Tubiana – attendaient les indications des forces de l’ordre françaises pour aller chercher les armes ; dans la foule, retentissaient des applaudissements nourris.

Sans rougir, Bernard Cazeneuve s’est félicité de cette opération menée « dans le calme et sans violence » en exprimant « une pensée pour les 829 victimes de l’ETA et les milliers de personnes blessées par ses actions terroristes ». De l’autre côté de la frontière en revanche, on dénonce un « coup médiatique », arguant que la seule victoire pour le gouvernement serait de voir l’ETA « annoncer sa dissolution définitive, demander pardon à ses victimes et disparaître ».

De nombreuses contre-vérités

Depuis vendredi dernier, à la télé, à la radio, dans les journaux, le nombre de morts liés à l’ETA ne cesse d’être énuméré. Cette opération de grande ampleur a été l’occasion, pour les classes dominantes et leurs relais médiatiques, de rappeler à quel point l’organisation séparatiste serait dangereuse, une organisation terroriste, justifiant par là même les pires actes commis par les gouvernements successifs à l’encontre des militants indépendantistes.

Mais il est important de rappeler que l’ETA menait à l’origine une lutte armée contre le régime dictatorial et fasciste de Franco. Dans les années 80, le PS espagnol alors au pouvoir créa les GAL, escadrons de la mort chargés d’assassiner les membres de l’ETA en France, avec la bénédiction de la place Beauvau. Depuis lors, et en dépit de la cessation de toute activité par l’organisation après les rafles orchestrées par Charles Pasqua à l’encontre de ses militants, Paris et Madrid n’ont eu de cesse de mener une politique répressive, persécutant les militants indépendantistes.

Et malgré les nombreux signes de pacification (cessez-le-feu, démilitarisation…) de la part de l’ETA, les gouvernements français et espagnol ont toujours refusé la moindre négociation. Mais cet aspect-là est bien moins souvent mis en lumière par les classes dominantes et leurs chiens de garde.

Et la violence d’État ?

Car face à une organisation faible, presque inexistante, on a deux États qui répriment et qui tuent sans vergogne. Plusieurs centaines de prisonniers, des deux côtés des Pyrénées, sont maintenus loin de leurs proches, certains gravement malades.

Place Paul-Bert à Bayonne, lorsque la question est abordée, ils sont nombreux à scander « Etxera ! Etxera ! » (A la maison !). Mais du côté des deux gouvernements, pas un mot ne sera dit à ce propos...




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