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Genres et Sexualités

« Rien de tel qu’une femme pour faire le ménage ! »

Pécresse part en croisade contre les études de genre

Valérie Pécresse, Présidente de la région Île-de-France, a annoncé jeudi 15 décembre la suppression du financement des études sur le genre, les inégalités et les discriminations. Dans le cadre du DIM (Domaines d’Intérêt Majeur), 90 bourses de doctorats et posts-docs (représentant 10 millions d’euros environ sur 10 ans) étaient distribuées pour certains domaines de recherches, comprenant les études sur le genre, mais surtout allouées aux « sciences dures ». Cela avait été mis en place en 2006 à l’initiative de Marc Lipinski (élu Les Vert). Solange Julien

« Rien de tel qu’une femme pour faire le ménage ! » avait dit Valérie Pécresse lors d’une journée organisée durant la campagne des régionales pour une « opération de nettoyage » d’un ancien emplacement d’un camp de roms qui avait été évacué. Cela laissait déjà présager certaines décisions politiques qu’elle pourrait prendre en tant que Présidente de région, et elle n’a pas manqué de le confirmer avec ses dernières déclarations.

Si cette coupe budgétaire semble être une aberration, on se souvient des propos qu’elle avait sortis à l’occasion d’une « manif pour tous », et qui nous laisse un arrière-goût amer : « Je suis pour l’égalité homme-femme, c’est à la racine de mes convictions. L’égalité oui, mais pas l’indifférenciation des sexes [qui est] un projet politique, une idéologie. On ne subventionnera pas la théorie du genre ». Dire cela ce n’est rien comprendre au sujet (ou bien ne pas vouloir comprendre). Il ne s’agit pas d’une « théorie du genre » (comme s’il s’agissait d’un complot), mais d’étudier les processus et les conséquences de reproductions sociales qui aliènent les êtres humains, et qui déterminent leur comportement, leur place dans la société selon leur genre. Être assigné à la naissance du genre féminin ou masculin détermine le type d’éducation que l’on va recevoir, que ce soit de la part de la famille, de la société, de l’État, ou des médias, etc., et détermine aussi le comportement que les individus auront envers nous.

Supprimer ces subventions, c’est ignorer les discriminations, les oppressions, les violences subies par les femmes, mais aussi par les personnes LGBTI qui ne correspondraient pas aux normes sociétales imposées. Une fois de plus, nous subissons les attaques réactionnaires de Pécresse, dans le sillage de Le Pen, Fillon et cie. Ces recherches, qui se développent notamment grâce aux subventions régionales, sont un premier pas pour une meilleure compréhension des mécanismes de construction sociale et genrée et des moyens de s’en émanciper. Ce type de prises de décisions est synonyme de recul réactionnaire et cela risque d’aggraver les choses en invisibilisant encore plus (comme si cela ne l’était pas déjà assez) les conséquences liées au genre qui nous est attribué sur nos conditions de vie.

Apparemment, il n’est pas d’un « Intérêt Majeur » pour Valérie Pécresse de nous permettre d’avoir des rapports égalitaires, mais plus de participer à l’aggravation de ceux-ci.




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