Politique

Audition du cardinal Barbarin à Lyon

Pédophilie, l’Eglise encore coupable

Publié le 8 juin 2016

Jam Masca

« Le cardinal Decourtray [prédécesseur de Barbarin] a fait ce que le Vatican demandait à l’époque, commente Régine Maire, chargée de recevoir les victimes. On mettait le prêtre au repos quelque temps, on le nommait ailleurs, on protégeait l’institution.  »

L’histoire sordide de la non-dénonciation d’agressions pédophiles par le cardinal Barbarin suit son cours. C’est en audition libre qu’il s’est présenté, ce mercredi 8 juin, à la brigade départementale de protection de la famille. Une réalité en ressort : c’est toute la ligne politique de l’Eglise de France, et du Vatican de manière plus générale qui apparaît coupable.

Et pourtant, l’affaire ne semble pas relever du particulier. Si elle tente aujourd’hui de jouer la carte de la retenue médiatique, on ne peut que pointer du doigt la conduite de l’Eglise. Collaboration avec les autorités, déni de connaissance des faits... C’est en somme toute cette politique mensongère qui se retrouve remise en cause, et ce à travers cette histoire qui compte de nombreuses victimes.

En effet, le cardinal Barbarin semble avoir passé sous silence les agissements du prêtre Preynat en 1991, alors même qu’ils lui avaient été communiqués entre 2007 et 2008, dans le simple but d’éviter de ternir l’image de l’Eglise. Cette dernière, face à cette nouvelle affaire, concentre ainsi tous ses efforts pour éviter le scandale. Mais le nombre de témoins autour de l’association La Parole Libérée ne cesse d’augmenter, menaçant de faire ressurgir d’autres affaires.
Ainsi, la prétendue fermeté qu’aurait affiché Barbarin face à Preynat en cas de prescription juridique ne saurait masquer l’affectation de celui ci dans une paroisse de la Loire, au contact d’enfants, puis son élévation par Barbarin lui même, au rang de doyen des six paroisses de Roanne en 2013, et ce en toute connaissance de cause. Les victimes elles-mêmes ont pris conscience des manquements de l’Eglise par rapport à la “tolérance zéro” pronnée par le Pape François, qui n’a d’ailleurs pas manqué d’affirmer tout son soutien au cardinal.

La sanction des autorités dirigeantes de l’Eglise ne doit donc pas se résumer encore une fois à une démission, médiatiquement acceptée, qui passerait sous silence les torts de l’institution, et les revendications des victimes potentielles encore silencieuses. Il s’agit là d’une réalité interne des autorités ecclesiastiques, une réalité sordide d’une Eglise qui se veut immaculée mais qui est coupable de passer sous silence ce qui remettrait en question son rôle de prescripteur moral.

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