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Scandale et instabilité politiques

Pérou : Le président Kuczynski démissionne en pleine crise politique

Le président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, a démissionné ce mercredi après la divulgation de vidéos où on peut voir des membres du gouvernement essayant d’acheter des votes pour éviter sa destitution parlementaire.

Avant que la Chambre des Députes ait fini le vote présenté par l’opposition parlementaire pour demander la destitution du président Pedro Pablo Kuczynski (PPK), celui-ci a donné sa démission à la suite de la divulgation de vidéos qui montraient comment des membres du gouvernement essayaient d’acheter les votes des députés.

Ce mercredi, entouré de ses ministres, PPK a communiqué publiquement sa démission après la diffusion massive de vidéos divulguées par le parti Fuerza Popular. Ces vidéos, connues sous le nom de #KenjiVideos, montrent des membres du gouvernement au côté du législateur Kenji Fujimori essayant d’acheter les votes de quelques députés en échange de financements pour leurs régions.

Kuczynski a démissionné après un an et sept mois de fonctions et après avoir déjà esquivé une demande de destitution en décembre dernier. Le parlement avait à ce moment là exigé sa destitution pour corruption aux vues de ses liens avec l’entreprise de construction Odebrecht, qui avait soudoyé plusieurs gouvernements et candidats de la région. Et c’est le groupe parlementaire de Kenji Fujimori qui en décembre dernier appelait à voter en faveur de Kuczynski, en échange de la grâce du père de ce dernier. Quelques jours plus tard, tous les Péruviens ont pu voir leur président lui « accordait cette faveur » en graciant son père, l’ex-président génocidaire Alberto Fujimori.

Le gouvernement de Kuczynski (auparavant banquier à Wall Street) a d’une part été marqué par une situation économique critique. D’autre part, le manque d’une majorité au Congrès a obligé le gouvernement à négocier en permanence avec la principale force de l’opposition, dirigée par Keiko Fujimori, ex-candidate à la présidence et fille d’Alberto Fujimori.

Le scandale de la corruption d’Oderbrecht a fini d’achever la petite marge d’action qui lui restait. En décembre dernier, Kuczynski pouvait encore se sauver en divisant un des blocs de l’opposition dirigé par les enfants d’Alberto Fujimori. Le président avait ainsi obtenu le soutien de Kenji Fujimori en échange de la grâce de son père. Cependant cette manœuvre n’a allongé sa vie politique que de trois mois. Keiko Fujimori, déjà éloignée politiquement de son frère, a cherchée et apparemment trouvée la manière de forcer la destitution parlementaire du président. En effet, la fuite des vidéos, attribuée à Keiko Fujimori, a devancée la séance parlementaire ce jeudi et a forcé la démission du président dès le mercredi.

Revers pour les États-Unis de sa politique interventionniste des États-Unis et reflet de l’état de la droite régionale

La démission de Kuczynski a aussi des implications pour la politique des États-Unis vers la région et notamment pour sa politique interventionniste au Venezuela. Dans ce contexte, la récente visite de l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson au Pérou, qui a aussi rendu visite à Macri en Argentine et à Santos en Colombie, avait pour but de renforcer les accords avec le « Grupo de Lima » pour éviter la participation du Venezuela au prochain Sommet des Amériques et isoler de la sorte le gouvernement de Maduro. Le « Grupo de Lima », composé d’une douzaine de pays latino-américains alignés derrières les États-Unis dans sa politique envers le Venezuela, étaient déjà en train de faire du lobbying pour éviter la participation de Maduro au Sommet prévu dans la capitale du Pérou les 13 et 14 avril.

Avec la chute de Kuczynski, il va être maintenant plus difficile d’imposer des restrictions sur des pays de la région, y compris concernant le Venezuela.
A l’échelle du pays, la chute de PPK est l’expression du peu d’assise qu’a la droite régionale, qui donne de multiples signes de faiblesse autant dans le champ économique que parlementaire (où elle est forcée de négocier et n’a pas de majorité propre). De même, le décalage qui existe entre les ambitions de cette droite régionale et le rapport de forces existant entre les classes sociales, provenant de la période précédente, ne peut être ignoré.

Une nouvelle présidence, faible

Le nouveau président du Pérou devrait être Martín Vizcarra, le vice-président qui était dans une sorte d’exil en tant qu’ambassadeur du Canada. Vizcarra, qui n’a ni parti ni groupe parlementaire propre au parlement, avait été mis dans les fonctions de vice-président par Kuczynski. Cependant après quelques mois dans ses fonctions, il avait été envoyé au Canada pour avoir offert de l’argent de l’État à l’entreprise responsable de la construction de l’aéroport de Cuzco. L’opposition, qui avait été à la tête de la demande de déplacement de Vizcarra, serait en voie d’accepter celui-ci comme président aujourd’hui.

Si PPK a eu une présidence turbulente, il est à prévoir que celle de Vizcarra soit sans aucune forme d’autorité et totalement dépendante de l’opposition parlementaire. Avec la chute de Kuczynski, Keiko Fujimori apparaît aujourd’hui comme la figure politique qui est ressort le plus renforcée. Cependant Keiko est aussi impliquée dans le scandale d’Odebrecht et dans les déclarations de l’opération Lava Jato au Brésil. On peut s’attendre à ce que les mois qui ariivent soient traversés par l’ingouvernabilité, les manœuvres judiciaires et les alliances politiques en vue de la future course aux présidentielles.

Crédit photo : vu sur afriqueconfidentielle.com




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