Notre classe

Aujourd’hui la loi travail pour le secteur privé, demain pour le public

Personnels de l’éducation : nous avons toutes les raisons de nous mobiliser contre la loi travail

Publié le 31 mai 2016

Dans la mobilisation face à la loi travail, le secteur de l’éducation est jusqu’alors resté largement en retrait. Pourtant, l’Education nationale, au même titre que l’Etat, est à ce jour le premier employeur précaire de France. De la réforme du collège, à celle du lycée en devenir, en passant par les concessions en demi-teinte du gouvernement Hollande sur le dégel du point d’indice et les revalorisations salariales masquent en réalité une casse du statut de fonctionnaire et l’individualisation des carrières. Dans les couloirs du gouvernement, un nouveau rapport vient tirer à boulet rouge sur le temps de travail des fonctionnaires. Prochains sur la liste, les personnels de l’éducation ont toutes les raisons de se mobiliser !

Elise Duvel

La mobilisation contre la loi travail prend un nouvel élan, s’amplifie et s’enracine dans la durée avec l’entrée en scène des secteurs stratégiques à commencer par les raffineurs. Lors d’une interview, Thierry Defresne, délégué syndical central CGT Total Raffinage Pétrochimie déclarait : «  Mettez-vous en grève car la grève par délégation, ça n’existe pas. Il faut que chacun continue à travailler sur l’élargissement de la mobilisation sur l’ensemble de la loi travail. Il faut multiplier les actions. Il faut convaincre autour de nous, dans nos familles, de rejoindre l’action, de faire grève. Si chacun convainc une personne de son entourage, cela double le nombre de grévistes et ainsi suite... Les raffineurs ne veulent pas être soutenus moralement dans cette bataille, mais soutenu de manière concrète, par la grève. »

Oui, les secteurs mobilisés contre la loi travail aujourd’hui, à la pointe des mobilisations ne peuvent pas gagner seuls. Pour gagner, il faut généraliser la grève à l’ensemble des secteurs. N’oublions pas que le secteur de l’éducation nationale a subi des attaques très importantes ces dernières années : la réforme des rythmes scolaires dans la premier degré, la réforme de l’éducation prioritaire et la réforme du collège. Mais d’autres sont encore à venir...

La réforme du collège comme avant-goût

La question de l’inversion de la hiérarchie des normes est au cœur de la loi El Khomri. L’objectif de l’inversion de la hiérarchie des normes est d’offrir un maximum de liberté à l’entreprise concernant le code du travail. Elle consiste à substituer à une logique de réglementation par le Code du travail à une logique de négociation d’accords majoritaires au niveau de l’entreprise. Ainsi un accord d’entreprise pourra s’appliquer même s’il est moins favorable que le code du travail. Elle met dans les mains du patronat un arsenal très large afin de faire passer des plans de licenciements, d’augmentation du temps de travail, de contrats précaires.... Or, ce même schéma est en train d’être appliqué dans l’Education nationale avec la réforme du collège.

En effet, le cœur de cette réforme est également cette inversion de la hiérarchie des normes et le démantèlement de l’éducation nationale. Pour le gouvernement, il faut renforcer la gestion locale. En effet, le conseil pédagogique (hiérarchie intermédiaire) et le chef d’établissement auront désormais tout pouvoir pour organiser les enseignements dispensés dans l’établissement et de moduler les horaires disciplinaires au sein des cycles d’enseignement. La refondation de l’école doit reposer sur l’autonomie des établissements qui devra porter sur les horaires de cours mais aussi sur l’organisation du travail pour les enseignants en fonction des « projets d’établissement » et des objectifs définis par le principal. Cette plus grande flexibilité du travail permettra une évaluation individuelle en fonction de « l’efficacité des personnels ».

Un dégel de miettes de salaires pour éviter l’entrée dans le mouvement

N’oublions pas qu’en 1995, le secteur public et privé ont manifesté main dans la main contre le projet de réforme des retraites de Juppé. Il ne faut pas tomber dans le piège tendu par le gouvernement de division des secteurs. Le gouvernement a lâché quelques miettes au secteur public pour éviter toute jonction : dégel du point d’indice, primes des enseignants du primaires. Mais nous ne devons pas être dupes. Toute attaque d’une telle ampleur dans le privé se répercute dans le secteur public comme le démontre l’exemple des retraites.

Par ailleurs, regardons les déclarations de Valls et Macron qui ne cessent de répéter que le statut de fonctionnaire n’est plus adapté au monde tel qu’il va. Le dernier rapport en date sur le temps de travail des fonctionnaires en dit long sur les futurs projets de cette classe politique. Un rapport que le gouvernement entend cacher afin de ne pas mettre le feu aux poudres. Comme le révèle le NouvelObs, le rapport conclu que les fonctionnaires travaillent 15 jours de moins que les salariés du privé. La conclusion logique du rapport pour les gouvernement est claire : les fainéants de fonctionnaires doivent travailler plus, soit en augmentant le temps de travail, soit en diminuant les congés. Une fois de plus, la stratégie du gouvernement serait de démontrer que les fonctionnaires sont les privilégiés.

Personnels de l’éducation, debout !

Personnels de l’éducation, nous devons nous mobiliser aux côtés de tous les secteurs à la fois pour les appuyer mais pour impulser aussi nos propres revendications. L’appel des personnels de l’éducation debout est en ce sens un point d’appui important pour regrouper tous ceux qui sont déterminés à se battre contre la loi travail mais aussi à construire la mobilisation dans notre secteur.

En effet, il rappelle que toute attaque dans le privé touche à postériori le secteur public. Il faut également rappeler que bon nombre de collègues de notre secteur connaissent des conditions de travail précaire : les assistants d’éducation, les contractuels par exemple. A ce titre, la lutte des assistants d’éducation dans quelques établissements de la Seine-Saint-Denis vient faire la lumière sur des conditions de travail trop souvent oubliées parmi nos propres rangs : ils exigent la cédéisation (à l’heure actuelle les contrats durent maximum un an), l’accès à la prime de l’éducation prioritaire au même titre que les professeurs. De plus, l’Etat, par sa masse salariale et par son refus d’ouvrir d’avantage de postes au concours, est de loin le premier pourvoyeur de contrats précaires. A cela s’ajoute, le fait que la prime de précarité qui normalement s’applique aux travailleurs du privé en CDD, n’est pas reconnue dans le droit public.

Face à la répression du mouvement contre la loi travail, il convient de rappeler que nous ne tolérons pas les arrestations arbitraires, les chefs d’accusation et les inculpations qui touchent nos élèves lycéens pour le simple fait d’avoir manifester.

Alors qu’aujourd’hui, de plus en plus de secteurs entrent la danse, nous ne pouvons pas rester sur le banc. Nous devons nous mobiliser et nous organiser par la grève, dans les assemblées générales dans notre secteur comme cela se fait déjà mais aussi en se coordonnant dans les AG interprofessionnelles pour construire ce tous ensemble parce que c’est possible qui nous permettra de gagner.

Pour prendre part à cette initiative, le collectif Personnels de l’éducation debout appelle :
⁃ à une nouvelle manifestation, au départ de Montparnasse, jeudi 2 juin à 14h
⁃ à une assemblée générale des Personnels de l’éducation debout, jeudi 2 juin à 17h, à la Bourse du travail, salle Pottier.