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Peugeot PSA Saint-Ouen. La fermeture d’un atelier réveille les inquiétudes sur l’avenir de l’usine

Interview avec un ouvrier au ferrage à PSA Saint-Ouen Propos recueillis par Flora Carpentier Il y a tout juste un an, la direction de PSA Saint-Ouen fêtait en grande pompe les 90 ans de l’usine, à l’occasion d’une journée Portes Ouvertes mettant l’accent sur le savoir-faire ouvrier. Une hypocrisie monumentale quand l’on sait qu’à l’époque, les réductions d’effectifs étaient déjà de mise, avec notamment la suppression de l’équipe du week-end. Aujourd’hui, l’usine s’apprête à fermer le secteur du ferrage, où travaillent une soixantaine d'ouvriers (intérimaires compris), qui ne savent pas ce qu’ils vont devenir.

La direction est en train d’organiser la fermeture du ferrage. Cela veut dire que vos emplois sont menacés ?

Bien sûr qu’ils sont menacés. La direction a annoncé la fermeture du ferrage au Comité d’Entreprise (CE) juste avant l’été. Et puis le directeur du site a organisé un briefing avec toutes les équipes, pour expliquer que le ferrage allait fermer, mais qu’il y aurait un poste pour tout le monde. Alors on lui a demandé de s’engager par écrit, mais le directeur a refusé. Autant dire que tout ça c’est de la foutaise. Ils ne vont rien nous donner du tout. D’ailleurs, tout ce qu’ils cherchent c’est à réduire les effectifs, que les gens partent, avec le plan de départs volontaires ou avec les congés seniors. Il y en a déjà plein qui sont partis comme ça, parce qu’on leur met la pression, et ils s’acharnent sur les plus faibles, en leur expliquant que c’est dans leur intérêt, que c’est le moment de partir, etc. Alors il y en a qui craquent.

C’est comme ça aussi qu’ils ont fait rentrer plein d’intérimaires dans l’usine, eux ils n’ont même pas besoin de les virer. Rien que dans mon équipe il y en a bien un tiers d’intérimaires. Ils misent sur la flexibilité de la production, en réduisant les effectifs, avec l’intérim, et en nous faisant travailler quand ils ont besoin de produire. C’est pour ça qu’on a des semaines de chômage technique, et ensuite ils nous imposent les samedis obligatoires non payés.

Comment vont-ils s’y prendre pour fermer ce secteur entier de l’usine ?

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Ce n’est pas bien compliqué, ils ont déjà prévu de démonter trois machines, dès la semaine prochaine, ils l’ont annoncé au CE. Ils ont même prévu de baliser la zone pour ne pas perturber la production, parce qu’ils ont besoin de produire du stock avant de fermer complètement le ferrage. Donc en gros ils vont démonter ces trois ilots robotisés sous nos yeux. A Saint-Ouen on ne produit que des pièces détachées qui ensuite sont acheminées vers différentes usines en France et à l’étranger. Leur plan c’est d’externaliser le ferrage, pour faire des économies sur le transport et limiter les stocks. Par exemple, ils vont fermer un site de stockage Gefco basé à Survilliers dans le Val d’Oise. Et à Saint-Ouen, on a vu des gens venir prendre des photos des machines, donc ils ont dû les racheter. Et cette semaine, ils sont passés en marquer certaines à la peinture, sans doute celles qu’ils vont embarquer. Pour le reste, ils ont prévu de tout démonter la dernière semaine d’octobre, au ferrage. C’était une semaine où on devait chômer, mais finalement ils nous font travailler trois jours sur cinq... qu’est-ce que tu crois qu’on va faire ? Dévisser des boulons ? Balayer une fois qu’ils seront partis avec les machines ?

La fermeture du ferrage, c’est la fermeture annoncée de l’usine ?

Je ne vois pas comment ils pourraient faire autrement. Le ferrage, c’est le secteur où on assemble les pièces par soudure, et pour certaines, on soude dessus des vis ou des écrous. Ensuite, les autres secteurs de l’usine, ce sont ceux qui produisent les pièces en question, et puis il y a un secteur de conditionnement des pièces dans des boîtes. Donc tout est lié. Nous au ferrage, je ne sais pas ce qu’on va faire sans les machines, mais pour les autres secteurs, c’est pareil, ils vont être directement impactés. Par exemple, le secteur de la logistique qui gère la visserie n’a plus de raison d’être sans le ferrage. D’ailleurs, ils ont déjà supprimé des postes.

Donc c’est clair que ce qu’ils prévoient c’est la fermeture de l’usine. De toute façon, c’est toujours comme ça qu’ils procèdent, ceux qui viennent de PSA Melun ou Asnières le savent : ils commencent par supprimer l’équipe VSD (vendredi/samedi/dimanche), puis ils réduisent l’équipe de nuit au minimum, puis ils s’en prennent aux équipes de jour et finissent par fermer l’usine. C’est exactement ce qu’il est en train de se passer à Saint-Ouen.

Et pourtant, il semblerait qu’il y a de l’argent dans les caisses des patrons de PSA. Il y avait eu un scandale de détournement de fonds d’ailleurs à Saint-Ouen…

Oui, avec le syndicat pro-patronal, le SIA, qui a détourné l’argent du CE en complicité avec la direction. Notre argent, en somme, et 104000 € quand même, ce n’est pas rien ! Ils s’en sont bien tirés dans cette affaire !

A côté de ça, pour ce qui est de la production ils cherchent à faire des économies sur tout. Par exemple, ils nous demandent d’éteindre la lumière en journée, ils disent qu’il y en a assez dans l’usine. Des fois, un chef arrive et alors que tu es en train de travailler, il éteint la lumière. C’est vraiment un manque de respect, ils nous traitent comme des animaux. Et en plus ça nous met en danger, on a plein d’accidents du travail à l’usine. C’est la même histoire avec les gants. Pour faire des économies, au lieu de les remplacer, ils les font nettoyer par une société extérieure. C’est comme ça qu’un ouvrier s’est enfoncé un copeau métallique dans le doigt, qui était resté à l’intérieur du gant, et que sa main s’est infectée. Aussi, ils ont supprimé des postes dans la maintenance, ils attendent qu’il y ait des grosses pannes pour intervenir sur les machines.

Et du côté des ouvriers, il y a des réactions ?

Il y en a qui se posent des questions, qui se demandent ce qu’on va devenir. Mais beaucoup croient aux mensonges de la direction quand elle nous dit qu’on va tous avoir un poste. Pourtant, on a bien vu ce qu’il s’est passé à Aulnay, où la direction a juré la main sur le cœur que l’usine allait être maintenue, et après l’usine a fermé et les ouvriers ont perdu leur emploi. Ce qu’il faudrait, c’est qu’on se mobilise tous ensemble, qu’on arrête la production. En ce moment, ils ont besoin de pièces, pour produire du stock. Donc ce qu’on devrait faire, c’est arrêter la production, jusqu’à ce qu’ils s’engagent sur nos emplois et le maintien du site. Il ne faut pas qu’on laisse les machines partir…




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