Politique

Martinez débat avec Berger, le bras droit du gouvernement

Philippe Martinez sur RTL. Il ne s’agit pas d’amender la loi travail, mais bien de généraliser la grève !

Publié le 30 mai 2016

Alors que le mouvement de grève s’annonce massif cette semaine, notamment dans les transports, Philippe Martinez (CGT) et Laurent Berger (CFDT) ont débattu dans un face-à-face inédit près d’une heure sur RTL. Sans surprise, le secrétaire général de la CFDT, rallié dès la première heure à la loi travail, est dans son rôle, celui du meilleur allié et représentant du gouvernement, défendant une ligne constante et cohérente du maintien tel quel de la loi. Pour le secrétaire général de la CGT, la ligne était bien moins tranchante comparée à celle qui résonnait ces dernières semaines. Pas une fois le retrait de la loi travail n’a été évoqué. Ce n’est même plus la suppression totale de l’article 2 qui est d’actualité, mais bien un appel à l’amender. Pourtant, avec l’appui par procuration de la majorité de la population, c’est bien le mandat du retrait total qui lui avait été donné par les militants, partis pour un certain nombre en grève reconductible.

Damien Bernard

« Ne pas faire sauter l’article 2 » mais l’amender

Après une sortie sur BFMTV ce dimanche, où il a appelé à « suspendre la discussion parlementaire en cours sur le texte de la loi travail » dans l’objectif de reprendre « les négociations sur de nouvelles bases », c’est désormais une position clairement assumée pour une négociation avec le gouvernement, sur quatre « points durs », qui est affichée par Martinez. À la question de savoir s’il faut supprimer l’article 2, Martinez répond qu’il ne s’agit pas de le faire sauter mais « d’enlever un certain nombre de dérogations, qui existent déjà » pour permettre le respect de la hiérarchie des normes et « un code pour tous ». Alors que le retrait de l’article 2 était le préalable à toute discussion, le verrou a donc sauté. Le niveau de discussion s’instaure désormais sur la négociation d’amendement sur l’article 2 en veillant à éviter une inversion de la hiérarchie des normes.

« Retourner à la table des négociations pour discuter des quatre grands termes »

C’est ensuite que Martinez a affirmé ne pas avoir eu « assez de discussion » sur « quatre points durs », qui pourraient faire sortir de « l’impasse ». Il s’agit ainsi de « rediscuter » de l’inversion de la hiérarchie des normes, dont l’article 2 définit jusque-là les modalités. C’est aussi sur la question de l’évaluation des modalités quant au périmètre du licenciement économique, ainsi que des accords de compétitivité par anticipation, qu’il s’agirait de « négocier ». La question du référendum a particulièrement été au cœur du débat, Martinez a été plutôt claire sur ce point. « Quand on organise un referendum, c’est du « chantage » à l’emploi. « Soit tu signes », soit « on ferme la boite ». « C’est la règle aujourd’hui » a-t-il ajouté, en s’appuyant sur l’exemple de SMART. On ne peut que souscrire à cette définition, tout en maintenant qu’il s’agit bien de l’ensemble de la loi qu’il s’agirait de retirer.

« Aucun préalable pour retourner à la table des négociations »

Martinez se montre désormais enclin à rouvrir les négociations avec le gouvernement. Il n’y a aujourd’hui « aucun préalable pour retourner à la table des négociations », a-t-il exprimé. Le retrait total de l’article 2 n’apparaît donc plus comme un préalable à toute « négociation ». Et c’est désormais dans un registre d’apaisement qu’il s’agit de s’adresser au gouvernement. « On attend de pouvoir rediscuter, enfin nous reparler. », a-t-il exprimé au gouvernement. « On attend depuis trois mois son coup de fil », ajoute-t-il en s’adressant à celui-là même qui par ses forces de police n’a cessé de réprimer dans une violence terrible la jeunesse, les salariés et les militants. « Retourner à la table des négociations pour discuter des quatre grands termes », telle est donc la synthèse des revendications de Martinez.

Martinez doit respecter le mandat des militants. Pour le retrait total de la loi !

Alors que le secteur des transports, dont les cheminots de la SNCF et les pilotes d’Air France sont en passe d’entrer en reconductible ou en grève prolongée, rejoignant ainsi les raffineurs, il s’agirait pour un Martinez de combat d’enfoncer le clou en appelant à « une généralisation des grèves partout en France », comme il le faisait le 19 mai, journée de mobilisation contre la loi travail. Pourtant, c’est non seulement un discours policé, loin d’un discours de combat, mais bien un appel à négocier alors même que le rapport de force semblait commencer à s’inverser face à ce gouvernement très affaibli. De la détermination « à aller jusqu’au bout pour le retrait du projet de loi travail » du 19 mai, les termes de « grève illimitée » exprimés par l’un des intervenants l’ont irrité durant le débat, déviant sur la nécessité de négocier comme l’ont illustré les huit mois de « négociation » du décret socle, avec la direction de la SNCF. Il ne s’agit plus de « parler de radicalité », tout aussi irritant, mais bien de retour à la table des négociations.

Pourtant, alors que la majorité de la population reste fermement opposée à la loi travail, et que nombre de militants et de salariés en grève ont donné mandat soit directement, soit par procuration, soutenant les grévistes, raffineurs ou cheminots, par d’autres moyens tels que des actions de blocages, des contributions aux caisses de grève, Martinez appelle au « dialogue ». Celui qui nous rappelle tant le « dialogue social » qu’il semble vouloir réinstaurer, plébiscitant « les accords majoritaires ». Alors que la dynamique de départ en grève reconductible, enclenchée dans des secteurs-clés de l’économie, ouvre clairement une fenêtre pour la victoire, ce dont les raffineurs, les salariés de l’automobile, les cheminots et les intermittents, qui ont vu leur « accord » sur le régime chômage tomber, ont besoin, ce n’est pas d’une « négociation » avec le gouvernement pour amender la loi travail, mais bien d’un plan de bataille pour généraliser la grève et obtenir le retrait total de la loi, qui n’est ni amendable, ni négociable. Mais ce sont aussi de réelles solutions au chômage de masse et à la précarité qu’il pourrait décliner à travers un programme d’urgence, à commencer par le partage du temps de travail, et les 32 heures.