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Politique

Crise au FN

Philippot sur la sellette, son association cristallise les tensions du parti frontiste

La crise interne au FN atteint désormais un stade critique puisque Marine Le Pen somme Philippot de mettre un terme à son association Les Patriotes, fondée en mai, pour se concentrer sur le parti. La vieille garde semble bien décidée à évincer le vice-président dont la ligne prétendument sociale et de sortie de l’euro a toujours eu du mal à passer.

Malgré les scores inédits du Front national au second tour de la présidentielle 2017, où Marine Le Pen a récolté plus de 10 millions de voix soit deux fois plus que son père en 2002, le parti d’extrême-droite est en crise. La victoire espérée ne s’est pas produite et cet échec, alors que le Front national pensait avoir achevé sa dédiabolisation, l’a plongé dans une dynamique de crise interne qui s’approfondit de plus en plus à mesure que le congrès de refondation de mars 2018 approche. Un recadrage stratégique est en cours au FN comme dans toutes les formations politiques qui ont été ébranlées par la victoire éclaire de Macron. Dans ce jeu de reconfiguration, le FN d’abord enthousiasmé par l’idée de devenir la principale force d’opposition au gouvernement, s’est progressivement enlisé dans une crise profonde.

Celui qui cristallise les tensions au sein du parti n’est autre que le vice-président du parti et architecte de la dédiabolisation, Florian Philippot. Immédiatement après la défaite de la candidate d’extrême-droite, il s’est attelé à sa manière à la refondation du parti en lançant son association Les Patriotes, dont il se targue qu’elle agrège « 40% de gens qui ne sont pas du Front ». Cette percée d’un des dirigeants les plus contestés en interne au Front national inquiète les tenants d’une ligne plus traditionaliste et qui souhaitent que le FN revienne à ses fondamentaux : l’immigration et la sécurité.

Les propos tenus par divers membres du parti d’extrême-droite ou du rassemblement bleu marine sont à ce titre tout à fait révélateurs du rejet dont est l’objet le président des Patriotes. « Ou il rentre dans le rang, ou il s’en va », déclare Gilbert Collard tandis que Robert Ménard incite la présidente du Front à « virer la famille Philippot ». La ligne défendue par Florian Philippot, soi-disant sociale et cherchant à mettre la sortie de l’euro au premier plan, ne passe décidément pas auprès de tout un ensemble de représentants positionnés sur des lignes plus identitaires qu’on retrouve essentiellement dans le Sud-est de la France. Le récent scandale du « Coucousgate » où Philippot s’est vu accusé de trahir son parti parce qu’il s’est pris en photo en train de manger un couscous à Strasbourg révèle les tentatives de déstabilisation dont il fait l’objet. Cela révèle aussi le degré de tension en interne dans un parti désorienté par sa refondation.

Dans ce conflit qui agite le Front national, et alors que jusqu’ici Marine Le Pen avait essayé de tenir sa gauche et sa droite en enfouissant les sujets sensibles sous le tapis, la présidente du FN s’est clairement positionnée en adversaire du vice-président de son parti. Elle l’enjoint à quitter la présidence de son association et de « lever ces ambiguïtés » qui tournent autour d’elle. Elle craint de voir l’un des artisans de la dédiabolisation du FN prendre trop d’autonomie voire lancer un nouveau parti sur les ruines d’un FN en crise. C’est en tout cas l’inquiétude du secrétaire général du FN Nicolas Bay qui affirme que l’association Les Patriotes « a un peu les caractéristiques […] d’un parti politique ». Sûr de lui, Philippot a engagé un bras de fer avec l’ancienne candidate en dénonçant les pressions exercées sur lui et en mettant sa démission dans la balance. Il a successivement affirmé, sur BFM d’abord :

On ne fera pas la refondation avec un pistolet sur la tempe

Et dans la foulée sur France Inter, que si le FN abandonne la sortie de l’euro : « ce sera sans moi ».

La crise que traverse le parti d’extrême-droite qui a pourtant réussi à se hisser au second tour de la présidentielle semble bien être profonde et porter sur l’orientation de fond à donner au parti alors que l’échiquier politique français s’est rapidement reconfiguré et polarisé depuis l’arrivée de Macron au pouvoir. Cette crise montre aussi les tensions qui agitent l’appareil du FN qui reste divisé en deux ailes. La première, plus proche du FN des origines, en opposition avec la ligne défendue par Philippot plus souverainiste, eurosceptique et recouverte d’un vernis social. Son action isolée en soutien aux forains le mardi 12 septembre montre l’absence de ligne directrice au FN et le processus de plus en difficile de refondation d’un parti dont la ligne « anti-système » a toujours été de rassembler par opportunisme autour de thématiques réactionnaires. La synthèse des diverses tendances au sein du FN apparaît de plus en plus compromise et la crise interne ne semble pas prête de s’arrêter.




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