Politique

Montebourg en embuscade ?

Pierre Laurent prêt à un « soutien critique » à Mélenchon, mais…

Publié le 4 novembre 2016

Depuis une dizaine de jours, le torchon brûlait entre Mélenchon et Pierre Laurent. Par médias interposés, les déclarations assassines ont fait le tour de la toile. Pourtant, à la veille même de la conférence nationale du PCF, le secrétaire national semble avoir clarifié sa position : il privilégie le soutien à Mélenchon pour la présidentielle. Un soutien qu’il tempère ensuite pour affirmer que toutes les options resteraient ouvertes en cas de possibilité de rassemblement de la gauche antigouvernementale, y compris du côté de Montebourg. Tout cela prend sens lorsque l’on comprend que ces présidentielles conditionneront en grande partie les accords électoraux des élections législatives. Une question de vie ou de mort pour le PCF, déjà en crise chronique, ses députés que ses élus.

Damien Bernard

Vendredi matin, au siège du Parti communiste français, le secrétaire national Pierre Laurent avait invité la presse pour dissiper le flou qui règne autour de la présidentielle. Et ce sera finalement la conférence nationale du PCF, qui se tiendra ce samedi 5 novembre, qui va devoir trancher entre deux options : celle d’un soutien à Jean-Luc Mélenchon, tout en restant en dehors de La France insoumise, et celle d’une candidature PCF. Cette dernière « n’est pas l’option que je privilégie », avait expliqué à la presse M. Laurent. La décision finale reviendra aux près de 50 000 adhérents qui se prononceront d’ici fin novembre ou début décembre.

Deux options mais beaucoup de possibilités !

Composée des membres du Conseil national, de délégations élues par différents organes du parti, la conférence nationale va devoir s’exprimer sur un choix, qui ne les engage pas définitivement. En effet, ils peuvent décider de rallier Jean-Luc Mélenchon, qui a le vent en poupe, les sondages le placent aujourd’hui comme 3e au premier tour de la présidentielle. Mais « sans rallier son mouvement, La France insoumise », que les responsables du PCF jugent « trop étroit ». Autrement dit : le choix de Jean-Luc Mélenchon resterait dépendant des négociations ultérieures avec l’intéressé, et notamment de la très grosse discussion qui va s’engager entre le PCF et la France insoumise à propos des candidats aux législatives.

Bien qu’il s’agisse de l’hypothèse la moins probable, les militants pourraient aussi décider de soutenir un candidat communiste, comme le suggérait une contribution d’élus hostiles à Mélenchon, qu’ils qualifiaient justement de « populiste de gauche ». Mais, là encore, ce candidat « aura la possibilité de s’effacer si on trouve une candidature commune à gauche », souligne le porte-parole. En effet, l’hypothèse d’une victoire d’Arnaud Montebourg à la primaire socialiste en janvier pourrait changer la donne et « recomposer la gauche ». Ainsi, un candidat communiste ferait campagne en attendant le résultat des primaires à gauche. En l’occurrence, même dans le premier scénario, la victoire de Montebourg changerait quoi qu’il en soit la donne et rebattrait les cartes.

Une décision pour relâcher la pression à la base ?

Une prise de décision que le Parti communiste a repoussée à maintes reprises. Résumons : en juin, lors de son 37e congrès, il repoussait la décision quant aux présidentielles à l’automne. Un non-pas lors de la fête de l’Humanité. Fin septembre, le Conseil national décidait de prendre une décision en novembre. Ainsi, loin d’être enthousiaste, la direction du PCF semble plus embarrassée par les présidentielles qu’autre chose. Et pour cause, tous ses potentiels partenaires lui ont fait faux bond. Montebourg a décidé de se plier à la primaire du PS, les écolos ont organisé leur propre primaire et Jean-Luc Mélenchon, lui, est parti très tôt en campagne, brisant définitivement le Front de gauche.

Isolé en plein mouvement contre la loi travail, nombre de militants, mais aussi de représentants au sein de la direction, plaident de longue date, bien qu’avec un goût amer, pour une alliance avec la France insoumise. À l’image de Francis Parny, démissionnaire du comité exécutif, ou encore Marie-George Buffet, ex-candidate. C’est aussi l’appel lancé à la veille de la fête de l’Huma et destiné à faire « front commun ». Une pression que Pierre Laurent a reconnue lui-même, parlant d’un « courant très fort » en faveur d’un soutien à Mélenchon. Un responsable du PCF reconnaît quant à lui une accélération du calendrier de sa direction. « Mon sentiment, c’est qu’il y a une pression de la base qui souhaite qu’on tranche, qu’on soit en campagne ».

Au cœur de la stratégie Pierre Laurent : les législatives et les municipales…

Pour Pierre Laurent, la tâche est ardue. Englué dans un PCF en crise chronique, le secrétaire national est largement délégitimé. Suite au congrès, son texte n’a recueilli que 51,20 %, alors même qu’en 2008, lors du 34e Congrès, celui de Marie-George Buffet, alors fortement contestée après ses 2 % aux présidentielles de 2007, atteignait 60,90 % des voix. Au centre des tensions du congrès, se posait notamment la question des alliances et de la primaire à gauche. Pierre Laurent se refusait d’en fermer la porte, alors même que les quatre textes alternatifs à la direction avaient en commun de la refuser.

Cette insistance à construire une alliance avec le PS s’explique notamment par le fait qu’aux échelons municipaux et législatifs, il est son allié électoral depuis plusieurs décennies. Dans la tête de Pierre Laurent, pour sauver le parti, le PCF doit, plus que de miser sur la présidentielle, se doter d’un maximum d’élus lors des élections prochaines. Ainsi, aux prochaines élections législatives, il jouera ses derniers sièges de députés. La problématique est d’ailleurs éloquente, lorsque Jean-Christophe Cambadélis affirmait dans une interview à La Provence, sous forme de coup de pression, que « la législative dessinera un paysage jamais vu en France. Il n’y aura pas de communistes dans l’Assemblée ».

Accords électoraux et combines pour sauver l’appareil. Où est passée la lutte des classes !

Ainsi, pour mieux justifier cette stratégie d’alliance électorale la plus large possible, notamment avec le PS, dont les militants ne veulent pas, quoi de plus commode que d’agiter le spectre du second tour droite et extrême droite ? Et en effet, cette question est l’axe principal qui structure l’interview d’Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, au magazine Regards. Il s’agit ainsi d’invoquer le « danger mortel d’un second tour droite/extrême droite » pour justifier toute alliance, avec tout ce qui se dit de gauche, et qui n’est pas la « gauche gouvernementale », mais ce qu’il appelle la « gauche d’alternative ». « Si la droite est élue, l’extrême droite ne serait plus « en embuscade », mais aux portes du pouvoir », selon Dartigolles. Un FN qui « pourrait alors apparaître comme la seule vraie opposition, le prochain « recours » pour toutes celles et ceux qui seront les victimes de cette politique. ».

Même si l’on pourrait battre en brèche l’analyse de la situation, selon laquelle le FN serait aux portes du pouvoir, c’est la question de l’automaticité du vote FN qui laisse pantois. La question qu’une direction politique devrait se poser, c’est bien celle de pourquoi le PCF n’arrive-t-il pas à apparaître comme une alternative au FN ? C’est bien la politique de la direction du PCF, notamment face au PS et aux institutions, qui est à mettre sur la table. « La transformation révolutionnaire », selon Pierre Laurent, se passe sur le terrain purement institutionnel et électoral. À sa décharge, il n’est pas le premier, les directions du PCF ont depuis longtemps renvoyé la lutte des classes dans les livres d’histoire.