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Politique

Crise au PCF

Pierre Laurent soutient Najat Vallaud-Belkacem quand les militants la décrivent comme « une ennemie de classe »

Dans une circonscription où l’ex-ministre de l’Education Nationale est particulièrement en difficulté, Najat Vallaud-Belkacem a réussi à obtenir le soutien de toute la gauche, y compris de Pierre Laurent (PCF). Une alliance qui n’est pas du goût de tout le monde.

Najat Vallaud-Belkacem en difficulté, malgré l’aide des ténors du PS

« Il faut sauver le soldat Belkacem ! » : c’est en substance le message qu’ont tenté de faire passer les ténors du parti socialiste et de ses alliés, alors que la ministre de la réforme du collège est très en difficulté dans sa circonscription de Villeurbanne. En effet, au premier tour, elle n’a obtenu que 16,54% des suffrages, vingt points derrière le candidat en Marche ! Bruno Bonnell qui a lui obtenu 36,69%. Dans une circonscription où l’abstention n’était que de 46,76%, celle qui était ministre du Droit des Femmes en 2012 est bien en difficulté. C’est donc avec tout l’espoir de sauver la pauvre ex-ministre que les ténors du Parti Socialiste et de ses alliés ont accouru : Christiane Taubira et Anne Hidalgo ont même fait le déplacement pour que l’ex-ministre n’ait pas à chercher du travail ! Evidemment, la candidate de EELV, Béatrice Vessiller, a immédiatement apporté son soutien, tout comme Mathieu Soares… du PCF. Et c’est là que les choses se gâtent : dans un message publié mardi sur le site de la candidate, on trouve un message de soutien de Pierre Laurent, secrétaire national du parti communiste, appelant à « utiliser plutôt le bulletin de vote Najat Vallaud-Belkacem pour écarter le candidat de la finance ».

Le PS, un rempart contre les politiques patronales ? Le discours de Pierre Laurent fait grincer des dents les militants

Dans sa déclaration, le secrétaire national du PCF continue : « à quoi servirait-il d’élire dans votre circonscription un député d’En Marche de plus ? À vous, rien. Au monde patronal et de la finance, beaucoup. (…) Bruno Bonnell est un de ces nombreux actionnaires des milieux d’affaires. Champion de l’évasion fiscale, il s’empressera de voter les ordonnances contre le code du Travail  ». Une bien belle tirade pour soutenir une ex-ministre du gouvernement qui a voté la loi Macron, la loi Rebsamen, la loi El Khomri et les CICE. C’est d’ailleurs ce qu’on remarqué des cadres et des militants du PCF, scandalisés de la prise de position :

Pour Bernadette, militante à Saint-Étienne depuis près de 40 ans, le portrait de l’ex-ministre de l’éducation semble plus correspondre à la réalité : « c’est une ennemie de classe : elle a été pendant cinq ans au gouvernement, et elle a contribué à la politique d’Hollande. Elle a agi contre les travailleurs. Elle et son gouvernement ont agi contre nous ! […] Il n’y a eu que de la trahison, et Najat Vallaud Belkacem c’est la même chose. Quand il y a des lois à appliquer, elle les a appliquées comme les autres.  » Un constat que semblent partager de nombreux militants du PCF, qui n’ont pas hésité à se démarquer de leur secrétaire national sur les réseaux sociaux, décrivant la position comme « honteuse ».

En réalité, cette politique de Pierre Laurent ne date pas d’hier : on ne saurait compter les innombrables alliances entre le parti de la place du Colonel Fabien et Solferino. Des alliances qui ont fait du PCF un allié « de gauche », parfois plus à même de capter l’électorat ouvrier, mais qui est toujours intervenu en soutien du PS, que ce soit avec Mitterrand en 1981 ou avec Jospin en 1998. Cependant, cette prise de position dénote avec celle de la France Insoumise, dont le candidat, qui a fait 14,71% des voix (pour 1,37% pour le PCF), qui a appelé à « battre » En Marche !, se gardant bien d’appeler à voter pour le PS.

Crédits photo : Alexander Roth-Grisard pour Libération




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