Notre classe

Les mauvais augures de l’aéronautique

Plan social à Airbus ?

Publié le 19 septembre 2016

C’est le comble. S’il y a bien une entreprise qui ne peut pas prétendre être en difficulté, c’est bien le groupe Airbus. Avec un carnet de commandes énorme, la nouvelle de suppressions d’emplois potentielles a de quoi surprendre. C’est pourtant ce qu’affirme un article du Financial Times du 19 septembre. Entre le « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE) en cours chez Latécoère et cette dernière annonce, le ciel de l’aéronautique (et de Toulouse, son cœur industriel) qu’on annonçait radieux voit s’approcher les nuages noirs…

Camille Pons

Par un article du 19 septembre, l’annonce du Financial Times est brutale. Selon le journal, Airbus Group pourrait annoncer prochainement un plan de restructuration. Toujours selon le journal, ce qui serait en cause, ce sont les difficultés autour de l’A400M, avion militaire qui accumule les retards de livraison, ainsi que l’A380 dont les commandes ne seraient pas au niveau espéré. Le rythme de production de ce super Jumbo, assemblé à Toulouse, avait d’ailleurs été réduit à un avion par mois.

La direction, elle, n’a pas confirmé avoir de plan de restructuration précis en tête. Joint par ToulÉco, un porte-parole du groupe s’est refusé à confirmer l’existence d’un plan de restructuration. « Aucun plan social n’est envisagé à ce jour et aucune négociation avec les syndicats n’est engagée. Mais "on y réfléchit", expliquent-ils ».

« On essaie de diminuer nos coûts, en essayant de faire des synergies et d’éviter les duplications », a réagi Thierry Baril, directeur des ressources humaines pour Airbus Group. De son côté, Xavier Petrachi, délégué central CGT d’Airbus, explique : « Airbus, avec un carnet de commandes plein sur dix ans, devrait embaucher. Pourquoi Tom Enders n’envoie pas un message fort ? Les charges de production de l’ordre de 30 000 avions sur 20 ans peuvent largement compenser les pertes liées à l’A380 et l’A400M. Il y a des perspectives pour Airbus avec d’autres programmes ».

Contacté par l’AFP, le ministère de l’Économie et des Finances n’a pas souhaité faire de commentaire. On aurait pourtant bien aimé qu’ils nous expliquent, eux et leur gouvernement, comment il est possible qu’alors que la loi El Khomry a été votée, celle-ci n’encourage pas la création d’emplois, comme cela a pourtant été argumenté en boucle, mais qu’au contraire, les PSE pleuvent en cette rentrée. PSE que les patrons trouvaient trop risqué d’annoncer en pleine mobilisation.

Aujourd’hui, dans un moment de recul de la mobilisation, les attaques localisées et les applications de la loi se multiplient. À Toulouse par exemple : PSE à Latécoère, idem à Intel, gel de 200 postes à l’université Paul Sabatier, un manque de moyens criant à l’université du Mirail. Sans parler de la détérioration énorme des conditions de travail des hôpitaux toulousains. Si l’on regarde seulement l’aéronautique, un plan social à Airbus, en plus de celui de Latécoère, pourrait avoir des conséquences sur les sous-traitants difficiles à évaluer pour le moment.

Mais si le patronat se sent suffisamment en confiance pour mener ces attaques dispersées, il pourrait aussi subir des réponses. La grève de l’UFR de psychologie du Mirail en est un exemplaire. Une partie des personnels de l’Université Paul Sabatier étaient aussi en grève ce lundi. Les salariés de Latécoère, après un premier rassemblement réussi, appellent à un suivant mercredi.

Si les attaques sont dispersées, cela ne veut pas dire que nous devons nous résigner à la lutte « boite par boite ». Au contraire, des quatre mois de lutte, nous devons en conserver notre tendance à l’unité, à lutter « tous ensemble ». Aujourd’hui, en soutenant activement les luttes partielles qui émergent ici et là. Demain en utilisant ces liens pour faire converger nos luttes.