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Des figues en avril. Plus invisible que le travailleur immigré, sa femme

Dans son documentaire « Des figues en avril » sorti le 5 avril, Nadir Dendoune filme longuement sa mère. A travers elle, il donne la parole à cette génération de femmes laissées dans l’ombre.

Elle nous invite dans la cuisine de son HLM de l’Ile-Saint-Denis, en Région Parisienne. Elle c’est Messaouda Dendoune, 82 ans. Née en Kabylie, elle a rejoint son mari avec ses premiers enfants et a donné naissance aux suivants en France. Petit-dernier d’une fratrie de neuf, Nadir Dendoune, journaliste indépendant, écrivain, l’a filmée pendant plusieurs mois.

Dans ce documentaire tendre mais jamais mièvre, il fait parler une de celle qu’on n’entend jamais : les femmes immigrées âgées. Il dresse le portrait d’une femme forte à des kilomètres de la caricature de la mère de famille nombreuse, illettrée, musulmane et donc soumise. Elle, elle dit sa fierté vis-à-vis de son mari qui par son dur travail faisait vivre la famille, mais elle rajoute « il était fier de moi aussi ». Si l’émotion affleure très souvent, elle ne manque pas de sens de l’humour. Quand son fils plaisante avec elle sur le nounours qui veille sur son oreiller, elle le renvoie dans ses cordes.

En longs plans séquences, Nadir Dendoune la fait parler de son enfance, de son arrivée en France. Il la montre dans son quotidien, faisant le café du matin dans sa cafetière italienne, passant la serpillère dans son appartement devenu trop grand. Il nous la montre devant ses jeux télévisés priant pour des candidats qu’elle ne connait pas... Elle se raconte avec pudeur. Entre les mots, s’entendent les difficultés de la mère de famille nombreuse qui doit en permanence compter mais aussi la fierté de sa condition. « On est des paysans, pas des bourgeois », s’exclame celle qui, enfant, a gardé les chèvres. Quand elle écoute la musique de Slimane Azem, elle dit la douleur de l’exil et de l’impossible retour.

Pas de grands épanchements mais de la retenue toujours et notamment quand elle évoque l’absence de son mari atteint de la maladie d’Alzheimer. Après plus de 60 ans de mariage, elle a dû se résoudre à le placer en Ehpad, mais va le voir tous les jours.

Plus d’un mois après sa sortie, porté par un bouche-à-oreille très positif, ce documentaire autoproduit est diffusé dans une vingtaine de salles en France (les dates et les salles sont sur la page Facebook Des figues en avril). Le film bouleverse de nombreux spectateurs dont les familles sont originaires du Maghreb, tant il est un hommage à leurs propres mères ou grand-mères, mais sa portée est universelle. Derrière ce récit d’une immigration au féminin, c’est aussi un très beau film sur l’âge, l’amour et l’absence.




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