Débats

Discussions, projections, bouquins

Poitiers. Beau week-end anticapitaliste entre débats et films

Publié le 3 octobre 2016

Poitiers a été le cadre, samedi et dimanche, de la seconde édition du Forum sur les Livres et les Luttes Anticapitalistes. Soutenu et animé par plusieurs structures locales à l’instar des Chômeurs-précaires, du Comité poitevin contre la répression de mouvements sociaux, du Comité poitevin Palestine, d’Ensemble 86, du Nouveau Parti Anticapitaliste, de l’Organisation Communiste Libertaire, de l’Union syndicale Solidaires 86, le forum crée depuis une année un lieu de débats pour la construction d’une perspective de lutte anticapitaliste collective et différenciée. Discussions, projections, ateliers fanzines et stands d’éditeurs et de presse ont animé l’événement et plusieurs thématiques ont été soulevées lors des débats qui ont animé le week-end.

Correspondante

L’ouverture des stands a été suivi par la projection du film “On a grèvé” de Denis Gheerbran qui a mis en lumière la lutte acharnée des travailleuses dans le secteur du nettoyage plus spécifiquement pour la société Campanile qui sous-traite au profit du groupe Accord Hôtel, le deuxième groupe hôtelier d’Europe. Evelyne Perrin, sociologue et militante, par son engagement au sein des mouvements de lutte Agir Ensemble contre le Chômage et Stop Précarité, nous a présenté la grève de ces femmes qui peut se résumer aux slogans « nettoyage rime avec esclavage » et « sous-traitance égale maltraitance ».

A la suite de cette diffusion, le visionnage de « Bure ou les ruines toxiques de la modernité », sur le mouvement de lutte autogérée contre l’enfouissement des déchets nucléaires, a orienté le débat sur la légitimité de la violence dans un cadre de contestation. Le débat ayant eu lieu après ce film a rendu possible la convergence de tous les anticapitalistes présents dans la salle sur l’urgence de la sortie immédiate du nucléaire.

Le second jour, le film « Comme des lions » a retracé la longue lutte des ouvriers de PSA d’Aulnay contre la fermeture de l’une des plus grandes usines du bassin parisien en octobre 2013. En pleine campagne présidentielle, la lutte a démontré la stérilité des promesses politiques et l’indifférence méprisante du gouvernement face aux revendications soutenues par la classe ouvrière. Le débat suivant a souligné comme le mouvement des grévistes aurait dû avoir un écho important de solidarité dans tous les milieux ouvriers, sans se limiter à un simple soutien financier. Les anticapitalistes présents sont revenus sur l’échec de cette lutte par l’absence de développement de la conscience de classe qui aurait pu avancer et progresser en favorisant une poursuite plus radicale de ce mouvement.

Par ailleurs, les militants de Poitiers ont eu la possibilité de se positionner politiquement au sein des discussions qui portaient sur les stratégies à adopter pour la solidification du combat anticapitaliste et l’anti-répression. La première a débuté par un agenda qui a présenté les événements militants prochains qui se dérouleront sur Poitiers, comme celui de soutien à la Grèce et celui de soutien aux migrants. Pour ce qui est de la question des travailleurs chômeurs, précaires ou sans-papiers le débat a pointé le fait que la participation aux organismes d’assistanat (pour les sans papiers, chômeurs, etc…) ne doit pas empêcher de sortir d’un cadre institutionnel qui n’appartient qu’au système capitaliste. Sur ce plan, des éléments de débat ont émergé par rapport aux moyens et aux pratiques à employer dans la construction du militantisme anticapitaliste. L’expérience opportune d’une alternative d’autogestion s’est opposée à la nécessité moins radicale et à longue terme de massification qui refuse l’action décisive et directe d’une minorité révolutionnaire.

La deuxième et dernière discussion, qui a concerné la réalité de la répression politique et les outils d’auto-défense, a été soutenue par le collectif anti-rép qui a vu son apparition sur Poitiers il y a quelques années. Face à une répression violente que la ville avait rarement connue et qui a fait de celle-ci un terrain d’expérimentation policière contre les sans-papiers, les militants et les zonards, la création d’une telle organisation s’est révélé une évidence pour les militants. Suite à la manifestation du 19 mai contre la Loi Travail qui a lieu à Poitiers et qui a vu l’occupation de l’espace ferroviaire, 9 manifestants ont été convoqué au commissariat de Poitier, marquant la réapparition des pratiques répressives d’autant plus favorisées par un état d’urgence permanent et par la mobilisation contre la loi El Khomri. Pour les présents, donc, le moyen de défense qu’il faut envisager c’est d’assumer le procès d’un camarade dans sa dimension politique afin de ne jamais cautionner la justice bourgeoise et s’opposer finalement aux formes d’autorités de l’État qui répriment tout élan contestataire.

Après ce week-end de débats et de discussions bien rempli, les militantes et militants ne se sont pas donnés rendez-vous pour la troisième édition, l’an prochain, mais plus directement, dans les luttes, à Poitiers et alentours, dès cette semaine.