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Politique

Le vrai visage de l’État raciste

Polémique autour d’ateliers non-mixtes au sein d’un stage syndical sur l’antiracisme

Un stage organisé par Sud Éducation 93 évoquant le racisme d’État a réveillé la fachosphère… et le gouvernement, en la personne de Blanquer, qui condamne notamment les ateliers en non-mixité. De quoi cette cabale médiatique et politique est-elle le reflet ?

« Inconstitutionnel et inacceptable ». C’est ainsi que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, dénonce dans un twitt le stage à l’initiative de Sud Éducation 93 intitulé « Au croisement des oppressions : Où en est-on de l’antiracisme à l’école ».

Une offensive réactionnaire face au stage sur l’antiracisme

« Le stage est annoncé sur notre site depuis le 19 octobre sans avoir suscité la moindre réaction, explique Sud Éducation 93 dans un communiqué. Or, il aura fallu attendre dimanche 19 novembre dans l’après midi, et un article paru sur le compte Facebook de « FdeSouche », pour que quelques heures après la LICRA, puis le lendemain le ministre reprennent ces propos.
Nous souhaitons souligner et dénoncer la coïncidence des agendas des réseaux d’extrême droite et de notre ministère. »

Deux éléments en particulier ont fait réagir la fachosphère et le gouvernement. D’une part il s’agit de deux ateliers proposés en non-mixité au cours du stage, c’est-à-dire ouvert seulement aux personnes racisées ; d’autre part, il s’agit de la notion de racisme d’État, qui a même poussé Blanquer à porter plainte pour diffamation. Une décision qui n’est pas pour déplaire à la présidente du Front National.

Ce sont exactement pour les mêmes raisons qu’une offensive similaire avait été menée contre le festival Nyansapo au printemps dernier. En amalgamant la lutte anti-raciste avec un repli identitaire, voire un racisme anti-blanc, l’extrême-droite tout comme le gouvernement cherchent avant nous à nier aux victimes d’oppression le droit à s’organiser.

« Il n’existe pas d’“élèves racisés” en France qu’il faudrait apprendre à définir et à reconnaître ! déclare la Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme). Encore moins d’“enseignants racisés” qui constitueraient un sous-groupe au sein de l’éducation nationale. Nous refusons d’étiqueter les enfants des écoles de la République et leurs enseignants en fonction de critères dignes d’une exposition coloniale. »

Ce type de discours cherche tout bonnement à invisibiliser le caractère structurel du racisme au sein de l’État français impérialiste et colonialiste, en voulant faire croire que ce sont celles et ceux qui cherchent à s’organiser qui sont racistes.

Oui, l’État français et son système éducatif sont racistes

Pourtant, les preuves du racisme de l’État français et ses institutions sont nombreuses. Quid des crimes policiers dont les principales victimes sont noires ou arabes ? Quid du fait que les secteurs les plus précaires, les plus exploités de la population, sont constitués en immense majorité par des personnes racisées ?

Est-ce que Blanquer, la Licra et Marine Le Pen espèrent qu’en leur refusant le droit à s’organiser et à parler des oppressions, les victimes de racisme finiront par disparaître d’elles-mêmes ? Car le problème est loin d’être la question de la non-mixité. Il s’agit des lois racistes, xénophobes, que les gouvernements successifs mettent en œuvre.

Sud Education 93 dénonce dans son communiqué l’empressement du ministère à s’indigner d’un combat légitime contre le racisme, qui s’immisce jusque dans les programmes scolaires. Et ce tandis que les établissements et les élèves des quartiers défavorisés – qui sont bien souvent racisés – souffrent d’un manque de moyens terribles : « manque de postes à tous les niveaux (agent·e·s, AED, enseignant·e·s, personnel administratif), professeur·e·s non remplacé·e·s, manque de moyens dans les dotations pour les collèges, les lycées, les écoles, manque d’établissements dans le territoire, absence d’une véritable médecine scolaire… ».

Le syndicat réaffirme dans ce même communiqué : « Les questions abordées par le stage sont des questions essentielles dans l’enseignement aujourd’hui. Il est inutile de nier des questions que les enseignant·e·s vivent au jour le jour. »

Mais au-delà de cet élément, la polémique ouverte par ce stage syndical pose surtout avec une grande acuité la nécessité du combat contre l’État raciste, sexiste, colonialiste, et à plus forte raison de l’organisation des premières victimes de ces oppressions.

Photo : Marche des beurs, 1983. Sipa. Numéro de reportage : 00109175_000004




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