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Police, hors de nos syndicats !

Publié le 11 juillet 2016

La semaine dernière, l’union locale 2865 du syndicat de la United Auto Worker a voté une résolution appelant l’AFL-CIO à stopper son affiliation à l’Union internationale des associations de policiers. Cet appel ouvre la voie à l’engagement des travailleurs dans le combat contre les violences policières sur leurs lieux de travail, et à la mise sous pression de leurs syndicats afin qu’ils répondent à leurs revendications.

Julia Wallace, Tre Kwon

(Trad. Yano Lesage)

La semaine dernière, l’union locale 2865 du syndicat de la United Auto Worker a voté une résolution appelant l’AFL-CIO à stopper son affiliation à l’Union internationale des associations de policiers. L’union Locale 2865 compte environ 13000 étudiants employés à l’université de Californie, le plus souvent comme tuteurs, lecteurs ou assistants professeur. Dans sa déclaration « Nous dénonçons les syndicats de police », l’union locale pointe du doigt le fait que l’appartenance des syndicats de police dans l’AFL-CIO contredit sa « mission officielle » et que « les syndicats de police ne sont pas en mesure de répondre aux engagements d’un syndicat ou aux intérêts du mouvement ouvrier ».

Tandis qu’il y a eu plusieurs exemples de travailleurs organisés qui se sont officiellement opposés aux violences policières, comme c’est le cas des dockers de Portland qui ont fermé le port le 1er mai dernier en signe de protestation contre la terreur policière, l’appel à la rupture avec les syndicats de police partie d’une union locale est sans précédent et marque un pas en avant dans la contestation : il en dit long sur le climat de colère et de rage à l’encontre d’une police et de sa violence raciste qui s’empare de l’opinion publique.

Systémique, le racisme de la police est devenu un sujet crucial, au cœur de l’attention nationale depuis que des mobilisations et des rébellions ont secoué les Etats-Unis : l’assassinat de Trayvon Martin en février 2012 en a été le déclencheur de la contestation qui n’a fait que monter avec la mort de Michaël Brown, tué à bout portant par la police en août 2014 et plus récemment quand elle a mis fin aux jours de Freddie Gray et que la jeunesse de Baltimore a pris la rue.

Alors que la condamnation d’un Etat qui tue et assassine les noirs et les personnes racisées monte dans le pays, un brûlant débat s’est installé dans lequel un secteur de « la gauche » et des « progressistes » » continuent de défendre l’idée que la police constitue une part de la classe ouvrière. Ils déclarent que la police pourrait, un jour, mettre de côté son rôle de casseur de grève, de répression, et d’assassin raciste et rejoindre les rangs de la classe ouvrière pour combattre la classe capitaliste. Certains prennent l’exemple de la révolte des soldats durant la guerre du Vietnam, quand des troupes constituées des travailleurs enrôlés désertaient, refusaient les ordres, organisaient des mutineries, et se prêtaient à un nombre incroyable d’actes d’insubordination. Ces exemples historiques ont été déformés pour défendre la possibilité qu’une révolte similaire puisse bien gagner les rangs de la police aujourd’hui. L’idée que la police puisse abandonner le rôle qui lui est assigné de maintenir le capitalisme en place est envisageable dans un contexte révolutionnaire où le cadre légal et l’appareil d’Etat est discrédité et menace de disparaitre, dans un contexte où la lutte des classes aurait pris la forme d’une guerre civile et que les attaques réciproques se mènent ouvertement. Cependant, penser cela en dehors de ce contexte est non seulement erroné, mais tout simplement fantasque.

A ce jour, l’Etat continue de détenir l’indiscutable monopole de la violence légitime, dont la police est l’expression. Il est généralement admis que le mouvement ouvrier et les organisations révolutionnaires ont été en retrait depuis des dizaines d’années. En l’absence de conditions révolutionnaires, mais dans un contexte où la classe capitaliste fait face à une réelle crise politique, les forces de répression de l’Etat sont les protecteurs réactionnaires de ce système. « Les forces de police [déclare l’union locale 2865] n’existent que pour maintenir le statu quo ».

« Ne vous y tromper pas : les syndicats de police organisent les policiers en tant que policiers, pas en tant que travailleurs »

La débat s’embourbe davantage quand on considère que les « syndicats de police » protègent les droits et les conditions de travail de la police « en tant que salariés », comme s’ils le faisaient sans prendre en compte leurs rôles d’ennemis de la classe ouvrière. Depuis que les organes de police ont été professionnalisés en 1820 [aux Etats-Unis] son rôle premier a été de contrôler les « classes dangereuses » : brisant les grèves et les débrayages, arrêtant les « déviants » sociaux ou politiques, etc… Les radicaux, les noirs, les immigrés, les personnes LGBT, les pauvres, les SDF et toutes personnes considérées comme « anormales » ont été leurs cibles privilégiées. Aujourd’hui, les syndicats de police, en particulier après qu’aient été organisées des marches contre les violences policières durant le mouvement des droits civiques et du Black Power, se sont méthodiquement opposés à la mise en place de commissions d’examen représentantes des communautés et à un contrôle sur les chiffres de la police. Il en est de même pour les gardiens de prisons et les brigades de surveillance des frontières.

Avec la décision du grand jury de ne pas poursuivre Daniel Pantaleo, officier la police de New York qui a étranglé et tué Eric Garner, Patrick Lynch, président du syndicat de la police de New York, s’est permis de condamner les victimes de la violence policière en les intimant à « ne pas résister à une arrestation ». Pendant le mouvement Occupy de 2011, ces représentants officiels ont tout fait pour déloger les tentes et le camp et mettre un terme à la contestation. Les gardes nationaux et la police leur sont tombés dessus, sans crier gare : gaz lacrymogène, arrestations violentes, coups de matraque, agressions sexuelles, et un nombre hallucinant d’amendes et d’inculpations. S’il pouvait avoir l’ombre d’un doute sur l’engagement de la police aux côtés de l’Etat pour mettre fin à la résistance contre les 1%, il y a longtemps qu’elle devrait être dissolue.

Dernièrement, la police et les forces de répression n’ont pas subi les menaces de coupes budgétaires à l’inverse du reste des employés de la fonction publique. Si le gouvernement n’hésite pas à mener l’austérité dans les services sociaux, à licencier, à privatiser le secteur et les biens publics, il a cependant pris garde d’épargner la police et les autres forces de répression de ces mesures d’austérité.

Et même, on observe une augmentation du nombre de centre de détention autant au niveau fédéral que local. En mai, Larry Hogan, gouverneur de l’Etat du Maryland a réussi à obtenir un financement pour une nouvelle prison à hauteur de 30 millions de dollar, cela alors que le système éducatif fait face à 60 millions de dollar de déficit largement lié à une restriction budgétaire de 35 millions de dollar instaurée par le gouverneur Hogan.

Dans le même temps, au Kentucky, les organisations de préservation de l’environnement et de défense des prisonniers se battent contre le projet de construction d’une prison de haute sécurité qui devrait détruire pas mois de 7 hectares de forêt, de zones humides, qui hébergent des espèces en danger et des populations.

Les travailleurs doivent prendre en charge le combat contre le racisme

La résolution de l’union locale 2865 est une avancée qui pointe très justement le fait que l’organisation syndicale des policiers « permet à la police de se présenter comme la classe ouvrière et de cacher le rôle qu’elle joue pour renforcer le racisme, le capitalisme, le colonialisme et les oppressions ». Cet appel ouvre la voie à l’engagement des travailleurs dans le combat contre les violences policières sur leurs lieux de travail, et à la mise sous pression de leurs syndicats afin qu’ils répondent à leurs revendications.

Tous les travailleurs devraient faire pression sur leurs syndicats non seulement pour demander l’expulsion de la police, mais pour mobiliser et rejoindre les manifestations contre les crimes racistes de la police, comme l’a fait Union locale 7 de « Unite Here » pendant les semaines qui ont suivi la mort de Freddie Gray à Baltimore, comme l’a fait le ILWU en fermant le port de Portland. Au-delà d’une tactique isolée, d’une co-signature, ou du geste de soutien, il est fondamental que les unions syndicales et les organisations de la classe ouvrière construisent le rapport de force nécessaire pour combattre le racisme et mettre fin à l’oppression des noirs et des personnes de couleurs.