Genres et Sexualités

Elles étaient des milliers et des milliers dans la rue

Pologne. Victoire des Polonaises, le parlement rejette la loi anti-avortement

Publié le 6 octobre 2016

Une grande victoire a été remportée par les Polonaises ! Face à une mobilisation de forte ampleur, le gouvernement polonais a annoncé le retrait de la loi liberticide anti-avortement, qui niait aux femmes le droit de disposer de leurs corps. Ce jeudi, cette loi a en effet été rejetée par 352 députés de la majorité conservatrice et de l’opposition, ce qui témoigne du virement à 180 degrés opéré par le PIS… sous la pression de la mobilisation.

Lili B. & Joan Manchette

Le revirement qu’a opéré le parti ultra réactionnaire et conservateur du PIS, avec le rejet de la loi anti-avortement visant à interdire l’avortement de manière quasi-totale, est une première bataille remportée par les femmes polonaises !

Pour rappel, cette loi interdisait totalement le recours à l’IVG dans le pays, à une exception près : si la vie de la femme enceinte était en danger immédiat. Cette loi avait aussi pour spécificité de pénaliser les femmes ayant recours à un avortement illégal. Pénalisation qui, dans la loi actuelle, est « uniquement » réservée aux médecins. Si cette loi n’avait pas été retirée, les Polonaises ayant recours à un avortement illégal auraient pu encourir des peines de prison pouvant aller jusqu’à 5 ans !

Face à cette loi liberticide, rétrograde et ultra réactionnaire, durcissant de plus en plus la législation sur l’avortement, les Polonaises, soutenues par d’autres femmes du monde entier, se sont fortement mobilisées afin d’imposer son retrait.

Les défenseurs du droit à l’avortement ont lancé l’idée d’une journée de « grève générale » des femmes, initiative soutenue par bon nombre d’entre elles, notamment par Krystyna Janda, célèbre actrice polonaise. Une grande journée de mobilisation et de grève générale s’est ainsi tenue lundi, où l’ensemble des Polonaises ont été appelées à ne pas aller au travail, ou bien à s’y rendre mais vêtues de noir, en référence à la grève des femmes de 1975 en Islande. Sur l’ensemble du territoire, ce sont plus de 150 manifestations qui se sont tenues, réunissant plus de 100 000 personnes, rythmées par des slogans combatif tels que« on veut des médecins, non pas des policiers », ou encore, pour se délimiter de l’influence de l’Eglise catholique, « on a besoin de soins médicaux, non pas de ceux du Vatican ».

Cette opposition qui est descendue dans les rues de Pologne, s’est également exprimée sur les lieux de travail, dans les écoles, les foyers familiaux, les transports en communs, à travers le port symbolique du noir comme signe d’opposition.

Cette journée, symbolique, de lutte contre cette loi patriarcale et réactionnaire a également eu un écho à l’international. Ainsi la « Manifestation Noire contre l’interdiction totale de l’IVG » s’est tenue dimanche à Paris, Londres, Berlin ou encore Dublin, devant les ambassades de Pologne, des centaines de personnes ont exprimé leur soutien aux femmes polonaises, exigeant le retrait de cette loi et l’avortement libre et gratuit. Des messages de soutien, appelant à la « solidarité entre les femmes », de la part de femmes Kenyanes sont aussi parvenus aux femmes polonaises, signe de l’ampleur importante que cette mobilisation a prise. Et ce sont cette ampleur et cette puissance qui ont permis de mettre en difficulté ce gouvernement aux politiques ultra droitières et sexistes, qui a depuis vu sa côte de popularité baissée et sa loi contestée par l’ensemble des Polonais, ce qui n’était, à première vue, pas gagné dans un contexte social très réactionnaire impulsé par le gouvernement et l’Eglise. Et ce jusqu’à le faire plier ! En effet, face à cette fervente opposition, qui s’est également accompagnée d’une condamnation de l’Union européenne, le gouvernement, qui semble t-il a perdu la bataille idéologique, pouvait perdre encore plus cher en maintenant cette loi liberticide. Ce qui explique son recul.

La victoire des Polonaises, qui ont réussi à faire pression sur le gouvernement, lui imposant le retrait de cette loi, est une véritable démonstration politique. La démonstration du rôle central des populations exploitées et opprimées, et spécialement des femmes qui représentent la moitié de l’humanité et sont exposées tout particulièrement à la précarité (70% des personnes les plus pauvres sont des femmes), dans leur capacité à établir un réel rapport de force permettant de lutter et de faire reculer nos gouvernements et leurs politiques de plus en plus réactionnaires. Cette victoire doit permettre de prendre confiance et de continuer la lutte contre ce gouvernement et sa politique patriarcale et liberticide à l’encontre des Polonaises. En effet, le combat est loin d’être terminé !

Jaroslaw Kaczyski, membre du PIS, a d’ailleurs déclaré ceci : « Il faut faire aujourd’hui un pas en arrière pour ensuite pouvoir faire deux pas en avant ». Les polonaises doivent alors s’attendre à de nouvelles attaques du gouvernement, qui semble déterminé à maintenir sa domination et son contrôle sur le corps de celles-ci. En effet si ce dernier a cette fois-ci lâché du leste et retiré cette loi anti-avortement, une autre proposition de loi durcissant encore une fois la législation du droit à l’avortement ne devrait pas tarder à être déposée. Sur les trois conditions actuelles permettant l’IVG, qui sont déjà très restrictives, l’une d’entre elles sera supprimée : le droit d’avorter lorsqu’il y a un dysfonctionnement grave chez l’embryon. Les Polonaises auront alors le droit d’avorter uniquement si leurs vies sont en danger immédiat, ou bien si leur grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste…

Les Polonaises vont devoir à nouveau faire face et lutter contre ces positions anti-choix, fortement liées à l’Eglise, afin de continuer à exiger sans relâche le droit et l’accès à une IVG libre et gratuite pour toutes, pour que l’ensemble des femmes puisse enfin disposer de leurs corps. Une collecte de signatures en faveur « d’une initiative législative européenne assurant l’accès garantie à un avortement légal, à l’éducation sexuelle et à la contraception » a été lancée par Baraba Nowacka, l’une des portes paroles du collectif « Sauvons les femmes ». Une collecte de signatures qui ne suffira pas pour faire plier ce gouvernement et ceux à venir. Cette mobilisation d’ampleur témoigne en réalité de la nécessité de continuer à descendre dans la rue pour « exiger » le droit à l’avortement, à l’image des femmes qui mènent des luttes indépendantes des gouvernements aux quatre coins du monde pour la défense de leurs droits et de leurs vies, et de s’organiser !