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Monde

Extrême-droite au pouvoir en Union Européenne

Pologne : des milliers de manifestants face aux réformes autoritaires du gouvernement ultraconservateur

Depuis 2015, date de l’arrivée au pouvoir du parti ultra conservateur, droit et justice (PiS) des frères Kaczynski, les polonais descendent régulièrement dans les rues pour protester contre les attaques du gouvernement. Après les restrictions passées sur la liberté de la presse, le droit à l’avortement, les polonais ont une fois de plus foulé le pavé ce lundi et mardi contre les attaques sur l’indépendance de la justice. Dans leurs slogans, les polonais en appel au secours de l’Union Européenne qui s’accommode pourtant bien du gouvernement et du PiS avec qui les conservateurs s’apprêtent à passer une alliance en vue des élections européennes afin d’y conserver la majorité.

Des manifestants protestent devant un bureau de la Commission européenne à Varsovie, le 26 juin 2018.Crédits : Wojtek RADWANSKI / AFP

Un rapport d’Amnesty International a donné le signal d’alarme. La Pologne du PiS, parti ultraconservateur au pouvoir depuis 2015, convulse sous les manifestations. En cause, les attaques successives du gouvernement qui veut contrôler les médias, la justice et la rue. Répression systématique, violence policière, répression juridique, rien n’est épargné aux milliers de personnes qui défendent leurs droits en Pologne.

Ce lundi 25 juin et ce mardi 26 juin, les Polonais se sont rassemblés dans une centaine de villes du pays contre la réforme de la justice. En effet, le gouvernement veut mettre à la retraite anticipée plus d’untiers des juges polonais de la Cour suprême et ce à partir du 3 juillet prochain. Ce ne sont pas moins de 40% des juges qui quitteront leurs postes laissant le gouvernement nommé de nouveaux juges proche du PiS car depuis la dernière réforme, le gouvernement peut directement nommer les juges de la cour suprême.

Les pressions du pouvoir sur la justice n’ont cessé de s’accentuer ces dernières années en Pologne, dans un pays où la répression et la surveillance policière se fait désormais en l’absence de tout contrôle. Ce nouveau projet de limogeage des juges montre un peu plus le caractère autoritaire des autorités polonaises. Depuis l’arrivée au pouvoir du PiS, les manifestations sont régulièrement interdites lorsqu’il est question de s’opposer au pouvoir alors même que les groupes d’extrême droite et des groupes fascistes sont autorisés à manifester et sont même protégés par les forces de l’ordre.

Jusqu’à présent, les manifestants réprimés et poursuivis en justice étaient régulièrement relaxés. Avec ce grand ménage à la cour suprême, il faut s’attendre un changement drastique dans les rendus de justice. La justice sera à la solde du PiS et protester voudra dire s’exposer à la répression physique et judiciaire.

Les juges polonais appellent la population à se dresser contre le pouvoir. Dans le journal La Croix, le juge Igor Tuleya qui participe aux manifestations est interrogé. Il appelle à la mobilisation. « Si les Polonais eux-mêmes n’empêchent pas ces “réformes”, l’indépendance de la justice n’existera plus. » Mais le problème des manifestations en Pologne réside sur un affrontement entre pro et anti européen. Et en effet, l’opposition se soude autour du thème d’un appel à l’UE pour mettre la pression sur le gouvernement. Or les élections européennes approchent à grands pas et il n’est pas sûr que les principaux gouvernements européens soient prêts à se mettre à dos les frères Kacynsky.

L’UE va-t-elle vendre les Polonais au nom de la realpolitik ?

Depuis 15 ans, les conservateurs dominent le parlement européen. Les élections de 2019 pourraient s’annoncer plus compliquées, les conservateurs redoutent à la fois une vague d’extrême droite et une percée des libéraux centristes. Or, avec le Brexit, le PiS allié des conservateurs britanniques se retrouve seul et a commencé son rapprochement avec les conservateurs européens au sein du groupe politique PPE. Le CDU-CSU, le parti d’Angela Merkel, fait tout ce qui est possible pour que se rapprochement soit effectif pour 2019.

Pour séduire le PiS, d’après Libération, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et « l’Allemand Martin Selmayr, secrétaire général de l’exécutif européen et proche de la CDU, veulent abandonner les poursuites engagées contre la Pologne, accusée de violer gravement l’Etat de droit ».

Si Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, s’est rendu à Varsovie afin de demander un allégement de la réforme, le gouvernement polonais lui a donné une fin de non recevoir. Et on peut douter que les conservateurs européens souhaitent aller plus loin et se risquent à mettre en péril leur chance pour les élections de 2019.

Les conservateurs du parlement européens sont sur le point de vendre leur âme aux populistes d’extrême-droite afin de conserver leur pouvoir à l’échelle européenne. Au grand dam des polonais qui cultivent des espoirs illusoires quant à la nature de l’Union Européenne et de son vernis démocratique. Si le gouvernement du PiS a été obligé de revenir sur sa loi sur interdisant l’avortement, ce n’est pas du ressort de l’UE. Mais bel et bien grâce aux Polonaises et Polonais eux même qui ont battu le pavé et montré une détermination hors normes pour faire plier le gouvernement.




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