Genres et Sexualités

La réaction à l’offensive !

Pologne vers l’interdiction de l’avortement ?

Publié le 22 septembre 2016

Une fois de plus en Pologne, une loi est proposé afin d’interdire purement et simplement le droit à l’avortement. Dans un pays où la droite conservatrice à la majorité absolue on ne peut que s’inquiéter de l’évolution de la société polonaise. Pour illustrer, cette analogie entre l’avortement et les génocides du IIIème Reich, faite par Katarzyna Stepkowska, psychologue et militante pro-life, « Nous ne vivons pas sous des régimes totalitaires où on envoyait des êtres humains dans des chambres à gaz car ils étaient différents. Nous vivons dans des pays démocratiques qui doivent protéger les plus faibles, les enfants qui ne sont pas nés ». Ca fait froid dans le dos.

Sadek Basnacki

C’est le comité Stop Avortement, composé de plusieurs associations pro-vie, qui a réuni et même explosé le minima des 100 000 signatures pour que le texte puisse passer devant les députés. Ils ont réuni plus de 500 000 signatures au total. Le 31 Aout 2011, une telle loi est déjà passée devant la Diète, celle-ci sans succès. Mais depuis l’arrivée au pouvoir du parti des frères Kaczyński à l’automne 2015, le parti ultra-conservateur Droit et Justice (PiS), proche de l’Eglise, la situation est tout autre. Il détient à lui seul la majorité absolue au Parlement et encourage ce genre de démarche réactionnaire étant lui-même opposé à l’IVG. Une des premières offensives du gouvernement sur ce sujet a été de supprimer les remboursements des fécondations in vitro. D’ailleurs, un projet de loi sur lequel la Diète devra se positionner, c’est sur la fécondation in vitro. Il est question d’interdire la congélation d’embryons, qui est pour les dépositaires du projet de loi une « sélection », « un avortement raffiné ».

La loi vise à interdire complétement l’IVG alors que l’accès à celle-ci est déjà énormément limité depuis le passage de la loi du 7 Janvier 1993 la limitant aux cas de viol, d’inceste, de danger pour la mère ou de grave malformation du fœtus. Alors que sous l’ère soviétique l’avortement était pratiqué légalement en Pologne, l’Eglise et la droite conservatrice ne cesse de récupérer sa main mise sur la société. La phrase de Karina Walinowicz illustre bien cela « Il faut en finir avec la conception stalinienne de la loi qui déresponsabilise automatiquement la femme ». En mai 1997, au nom du droit à la vie, le tribunal constitutionnel avait rejeté l’autorisation de l’IVG en cas de difficultés matérielles ou personnelles de la mère, faisant référence à un article de la constitution. Alors que le taux d’avortement légal est très bas en Pologne, avec moins de 2 000 IVG par an, la loi veut pénaliser les médecins qui pratiquent l’avortement et également les femmes qui se feraient avorter. Les peines sont énormes, elles peuvent aller jusqu’à 5 ans de prison ferme. Malgorzata Owczarska, juriste de Ordo Iuris (un think-tank mis sur pied pour défendre un ordre social basé sur les valeurs « naturelles et la famille » ), explique en disant que « sans la pénalisation de la femme, toute loi est fictive ». Le reste de son discours pourrait laisser à sourire si on ne parlait pas d’une attaque dramatique envers le droits des femmes, selon elle, « Ce n’est pas un projet pour interdire l’avortement mais pour protéger la vie, un enfant non-né n’ayant pas moyen de se protéger ». La loi prévoit en échange de ce recul significatif d’obliger l’Etat et les collectivités locales à soutenir les femmes et les familles qui ont en charge des enfants handicapés ou issus d’un viol ou d’inceste. Assurément que ça comblera le fait que maintenant les polonaises devront pratiquer clandestinement l’avortement à plus grande échelle. Pour les plus aisées elles continueront à aller en Allemagne comme c’est déjà le cas mais pour les plus précarisées elles auront à faire à des charlatans ou bien le feront elles même avec des cintres. Combien d’elles se videront de leur sang ?

Face à ça il y a des réactions, en mars 2016 déjà une proposition de loi sur l’avortement avait fait descendre des milliers de Polonais dans les rues de Varsovie en juin dernier. En octobre 2012, une loi avait été proposée pour que l’avortement soit sans restriction au premier trimestre de la grossesse mais les parlementaires se sont opposés à 365 contre 60 pour. Dans les heures qui viennent, la Diète devra se prononcer sur un projet de loi intitulé « sauvons les femmes » qui vise à libéraliser l’IVG. Mais l’on sait très bien que ce projet ne passera jamais. On peut constater que la voie parlementaire n’est pas une solution. Si les femmes polonaises veulent conquérir le droit à un avortement sans condition elles devront lutter dans la rue comme l’on fait les femmes de l’Etat espagnol l’an passé, cela bien qu’elle n’ait pas pu finir par une victoire, ainsi les mineurs ont perdu le fait d’avorter sans l’accord des parents, ce qui est un recul non négligeable dans la société espagnole marquée elle aussi comme la Pologne par le Catholicisme fondamentaliste. Il faut aussi s’inspiré des luttes en Argentine où Belén une jeune femme de Tucuman a été condamnée à 8 ans de prison pour avoir pratiqué un avortement, l’Argentine, pays où l’avortement est interdit, et où les femmes se sont mobilisées autour de #NiUnaMenos qui dénonce les féminicides et qui exige la libération de Belén.

En Pologne et partout dans le monde les droits des femmes sont attaqués. En France nous ne sommes pas à l’abri quand on voit les discours de Christine Boutin, le FN, la manif pour tous qui revient et organise une manifestation 16 octobre et qui va essayer de peser sur les élections présidentielles, les survivants, un groupe contre l’avortement regroupant des membres de la droite conservatrice, de la manif pour tous, des intégristes catholiques et des membres d’action française. Pour contrer cette offensive, et lutter contre ces institutions qui entretiennent ou reproduisent l’oppression des femmes, nous ne pouvons répondre que par la lutte, l’auto-organisation des femmes et minorités de genre, et un front unique des organisations de travailleurs et de jeunes. L’un des mots d’ordre devrait être celui de #NiUnaMenos « S’ils s’en prennent à l’une d’entre nous, nous nous organiserons par milliers ». En Pologne ce sont des milliers de femmes qui sont attaquées alors organisons nous par millions.

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