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Politique

Blessés : 6 policiers, plusieurs centaines de manifestants

« Poulet grillé », le tweet de la CGT Publicis. Le gouvernement à l’attaque, Martinez s’exécute

Après un tweet ironique visant à dénoncer les violences policières, la CGT Publicis est attaquée de toute part. Dès lors, le premier flic de France, Matthias Fekl, a dénoncé comme « ignoble » et a « exiger » de Martinez « à condamner avec la plus grande fermeté ». Martinez s’est exécuté.

Crédits Photos : Paris. afp.com/PHILIPPE LOPEZ

À l’issue de la manifestation du 1er mai, la CGT Publicis a voulu dénoncer le traitement médiatique des violences policières par un tweet ironique bien que maladroit. Il s’agissait pour la CGT Publicis, section du syndicat Info’Com CGT, de mettre en parallèle le traitement fait par les grands médias, et notamment de BFMTV, des violences policières qui ont causés, ce 1er mai, au moins 168 blessés parmi les manifestants selon le bilan de StreetMedic.

Dans le même temps, les grands médias passaient en boucle les images des policiers blessés, au nombre de 6. Dès lors, ce traitement médiatique passait sous silence les nombreuses violences commises par la police qui, rappelons-le, est sur-armée et demande à l’être encore plus. Ainsi, c’est ce traitement médiatique, qui est pour le moins habituel, que la CGT Publicis a souhaité dénoncer au travers de ce tweet.

Ce qui aurait pu rester une dénonciation ironique et maladroite des violences policières, qui ont été légion ce 1er mai, s’est retrouvé au cœur d’une polémique qui ne cesse de prendre de l’ampleur. D’abord, les médias se sont jetés sur l’occasion pour accabler la section syndicale, invisibilisant de fait les 168 manifestants blessés le même jour. Le tweet a été retiré peu après.

Le gouvernement lance l’artillerie lourde pour un « tweet » maladroit

Puis ce fut au tour du gouvernement d’entrer dans la danse, aux côtés des médias. Ne ratant pas une occasion de revendiquer ses forces de répression, bras armé de l’État, le ministre de l’Intérieur Matthias Fekl s’est empressé de dénoncer un « tweet au contenu particulièrement ignoble », appelant « solennellement » le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, à en « condamner [les auteurs] avec la plus grande fermeté ». « C’est la raison pour laquelle je n’imagine pas un seul instant que le sort du fonctionnaire de police grièvement brûlé, hier encore dans un état critique, vous soit indiffèrent », écrit-il à Philippe Martinez.

Dans la lignée de la répression de la mobilisation contre la loi Travail, le gouvernement entend donc user de ce tweet pour réaffirmer qu’on ne peut impunément ironiser sur la police. A quelques semaines de sa passation de pouvoir, Hollande compte bien relégitimer son bras armé, et effacer les « tout le monde déteste la police » qui résonnent désormais. Un nouveau service rendu au successeur de Hollande. Cet étau sécuritaire, Macron, probable futur résident de l’Élysée, en aura bien besoin pour passer en force ses réformes.

Défendre son syndicat ? Non, Martinez s’exécute !

Immédiatement, Martinez, le numéro 1 de la CGT a réagi en condamnant la section Publicis, ainsi que les violences commises à l’encontre des policiers au travers d’un communiqué officiel de la CGT, en omettant évidemment de mentionner les nombreux blessés causés par la police. Cette condamnation a par ailleurs été saluée par la CGT Police, à croire qu’ils se seraient donné le mot. Mais cette réaction et cette condamnation bien prompte de Martinez doit interroger, alors même qu’un de ses syndicats fait face au gouvernement, au premier flic de France, son bras armé, ainsi qu’au grand patronat, à savoir Publicis qui affirme qu’il « fera valoir tous ses droits » en forme de menace au syndicat CGT-Publicis.

La CGT Info’Com et la CGT Publicis se défendent

Face à ces condamnations en cascade, le syndicat CGT Info’Com, qui avait d’ailleurs dénoncé les violences policières pendant la mobilisation contre la loi Travail, a publié un communiqué qui, tout en déplorant le tweet de la section Publicis, a rappelé le nombre de blessés causés par les violences policières ce même jour. Par ailleurs, le syndicat dénonce l’instrumentalisation de ces « deux mots » pour « discréditer l’action syndicale de la CGT, et plus particulièrement d’Info’Com CGT ».

Pour sa part, la section syndicale CGT Publicis s’est défendu en condamnant « l’exploitation disproportionnée d’un mot plus que malheureux extrait d’un tweet émis alors qu’elle n’avait pas connaissance ni de la teneur ni de la gravité des blessures du policier. » Une « brusque campagne [qui] semble irriguée par la tension politique due à l’omniprésence de l’extrême droite lepéniste et à ses manœuvres. » Le syndicat tient d’ailleurs à réaffirmer son « rejet et de Macron et de Le Pen au nom des intérêts du Travail et des travailleurs. »

Contre l’offensive du gouvernement, une défense inconditionnelle de la CGT est nécessaire

Aujourd’hui, le patronat, le gouvernement et leurs chiens de garde sont aux abois, profitant de l’occasion pour tenter d’affaiblir un syndicat parmi les plus combatifs, notamment dans un contexte ou les cortèges Ni Macron Ni Le Pen et les manifestants du 1er mai ont été fortement réprimés. Ainsi, sur RTL ce mercredi, le débat a tourné autour de la question suivante : « La CGT est-elle encore un syndicat républicain ? ». Renforçant par là-même l’idée que les syndicats « contestataires » devraient être plus docile dans la prochaine période, comme l’a d’ailleurs été la CFDT, en collaboration avec le MEDEF et le gouvernement pour imposer la loi Travail.

C’est pourquoi, bien que ce tweet soit maladroit, nous pensons qu’il est indispensable d’apporter tout notre soutien à la CGT Publicis, à la CGT Info’Com, mais aussi d’exiger de Martinez qu’il défende ses syndicats plutôt que de les « condamner fermement ». Cela est d’autant plus nécessaire à l’heure ou le très probable gouvernement Macron à venir compte bien accélérer ses attaques contre le mouvement ouvrier, en témoigne d’ailleurs, sur le terrain parlementaire, l’usage des ordonnances, ou encore l’affaiblissement des syndicats à venir avec la loi Travail 2.




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