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Politique

Mépris de classe

Pour Borne, la réforme du rail ouvre « un monde positif pour les cheminots ». Vraiment ?

Ce jeudi, Élisabeth Borne a réaffirmé (encore) la posture inflexible du gouvernement sur la réforme du rail. La ministre des transports a poussé le vice jusqu'à déclarer que la réforme ouvrait un « monde positif pour les cheminots ».

Crédits photo : Reuters

En marge d’une réunion sur les transports paneuropéens à Ljubljana en Slovénie, ce jeudi, Élisabeth Borne s’est à nouveau montrée inflexible sur le dossier cheminot. « Franchement, le gouvernement bouge, le gouvernement fait des avancées » a-t-elle déclaré à l ’AFP avant de rajouter que « de toute façon, le président et le Premier ministre l’ont dit, il ne s’agit évidemment pas de revenir sur les principes qui ont été votés à l’Assemblée nationale »

Mais la ministre des transports est allé plus loin, avec une déclaration d’un cynisme insultant pour les travailleurs du rail actuellement en lutte. Selon elle, « le monde qui s’ouvre est un monde de développement du transport ferroviaire et un monde positif pour les cheminots ». Tout va bien dans le meilleur des mondes...

Or, il est clair que la réforme du rail, avec la fin du statut des cheminots, l’ouverture à la concurrence et la privatisation qui ne dit pas son nom, est une destruction des acquis obtenus par les cheminots. Pire, la réforme sera la source d’une aggravation de la situation actuelle des cheminots, qui n’est déjà pas reluisante. Conditions de travail dégradées dues à la suppression de 100 000 postes et à 30 ans de réorganisations incessantes pour gagner en productivité, burn-out, suicides – sur les trois premiers mois de l’année 2017, six suicides ont été recensés par Sud rail – et accidents mortels se sont multiplié ces dernières années. Dernier exemple en date, deux ouvriers ont été percutés par une rame de RER début mars. L’un d’eux est mort. Comble de l’ironie, il s’agissait de travailleurs du rail employé par une société privée, Colas Rail, soit le modèle que le gouvernement entend généraliser à l’ensemble des travailleurs.

« Un monde positif pour les cheminots » alors ? Il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans les entreprises publiques qui ont été privatisées. À la Poste, outre la dégradation des conditions de travail et l’accentuation de la répression contre les postiers combatifs, l’exemple de Gaël Quirante est en ce sens particulièrement parlant, les taux de suicides et de burn-out ont explosé. Quant à France Télécom, le souvenir de la vague de suicide en 2008-2009 suffit à comprendre la teneur des soi-disant bienfaits de la privatisation.

Dans ce moment charnière de la lutte à la SNCF, Borne cherche par tous les moyens, y compris les pirouettes les plus grotesques, à afficher une « intransigeance » totale du gouvernement, tout en cherchant à sortir rapidement de cette période de tumulte social en essayant de contenir la colère des cheminots. Bien au contraire, l’intérêt des travailleurs du rail mais aussi des autres secteurs, au vu des embryons de convergence des luttes qui sont des données nouvelles dans la situation, va dans le sens d’un durcissement du mouvement. Il s’agit là d’une priorité pour renverser le rapport de force. En ce sens, la mise en place d’Assemblées Générales démocratiques et décisionnaires, où tous les sujets, y compris ceux des modalités de grèves, peuvent être discutés et tranchés par l’ensemble des grévistes, apparaît un peu plus chaque jour comme une nécessité.




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