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Politique

La peur change de camp

Pour Castaner, « on ne peut pas paralyser la France »

Quelques jours après la première date de mobilisation contre les ordonnances de Macron, les fédérations CGT et FO des transports ont appelé les routiers à une grève reconductible à partir du 25 septembre. Christophe Castaner a fait savoir que le gouvernement ferait le nécessaire pour débloquer les dépôts de carburant s'ils devaient être bloqués. Le gouvernement craint une grève reconductible qui pourrait mettre en difficulté ses plans.

Crédit photo : France Inter

Après une première date de mobilisation bien plus réussie que ce que les médias voudraient faire croire, de nouvelles dates d’actions et de grève émergent. Le 21, la CGT et Solidaires appellent à une nouvelle date de grève interprofessionnelle, et en plus de l’appel à une grève reconductible chez les routiers à partir du 25 de la part de la CGT et de FO Transports, la CFDT et la CFTC Transport appellent à des actions de mobilisation à partir du 18 septembre. Pour le gouvernement, la crainte de voir grossir la mobilisation est donc réelle. Un danger d’autant plus fort que la rentrée universitaire aura lieu le lundi 18 pour de nombreuses facs et que la jeunesse était déjà présente dans de nombreux cortège ce 12 septembre. Autre élément, et non des moindres, ce sont des fédérations entières de FO, de la CFDT et de la CFTC qui se mobilisent en contradiction avec les prises de position de collaboration de classe de leurs directions, fragilisant de fait le gouvernement dans son entreprise de casse du code du travail.

Dans une interview à France Inter ce mardi, le porte parole du gouvernement, Christophe Castaner, a prévenu que le gouvernement ferait le nécessaire dans le cas où des dépôts seraient bloqués. Craignant l’émergence d’un secteur d’avant garde montrant la voie à suivre à l’ensemble du monde du travail, il a ainsi déclaré qu’ « on ne peut pas paralyser la France », cherchant par la menace à isoler les routiers. 

« Le principe de blocage ne peut pas être juste (...) Et donc on ne peut pas imaginer que quelques dizaines, quelques centaines de personnes bloquent la circulation dans notre pays » a-t-il encore ajouté. Castaner tente de marginaliser d’avance la mobilisation et les futurs grévistes par l’éternel argument de la « prise d’otage par une minorité », tandis que le gouvernement aurait la légitimité de la majorité de la population pour imposer ses réformes. Ce qui est plutôt ironique quand on sait qu’Emmanuel Macron a été élu avec un nombre de voix historiquement bas dans la Vème République. De même, une enquête réalisée après la publication officielle des ordonnances fin août montre qu’au moins 6 personnes sur 10 sont opposées au contenu de la loi travail XXL du président banquier. 

En réalité, le gouvernement craint que la mobilisation débutante ne se radicalise déjà à travers une grève reconductible des routiers, secteur stratégique capable de bloquer le transport et la distribution de carburant, ce qui pourrait donner confiance à d’autres secteurs du monde du travail et leur montrer la voie. En 2016, leur grève avait obligé le gouvernement à céder sur des questions partielles après seulement 5 jours de mobilisation. A la différence du printemps dernier, cet appel à la reconductible arrive beaucoup plus tôt, contribuant à la construction d’un rapport de force conséquent contre Macron et sa loi travail XXL, mais qui pourrait aussi donner le ton pour la suite du quinquennat.




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