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Pour Edouard. En finir avec le meurtre social

Edouard était cheminot à Saint Lazare et militant à SUD Rail. Victime de harcèlement par sa direction, il s’est suicidé en se jetant sous un train. Répétons-le : ce n’est pas un accident, ce n’est pas simplement un suicide… c’est un crime. Correspondants

Faisons bref. Le jeune Engels, dès 1844-1845, avait formulé combien la société bourgeoise est intrinsèquement criminelle. Ayant constaté les ravages physiques et moraux induits par la prolétarisation massive imposée par le développement industriel anglais, il affirmait ceci (La situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1845, chap. « Les résultats ») :

« Lorsqu’un individu cause à autrui un préjudice tel qu’il entraîne la mort, nous appelons cela un homicide ; si l’auteur sait à l’avance que son geste entraînera la mort, nous appelons son acte un meurtre. Mais lorsque la société [1] met des centaines de prolétaires dans une situation telle qu’ils sont nécessairement exposés à une mort prématurée et anormale, à une mort aussi violente que la mort par l’épée ou par balle ; lorsqu’elle ôte à des milliers d’êtres les moyens d’existence indispensables, leur imposant d’autres conditions de vie, telles qu’il leur est impossible de subsister, lorsqu’elle les contraint par le bras puissant de la loi, à demeurer dans cette situation jusqu’à ce que mort s’ensuive, ce qui en est la conséquence inévitable ; lorsqu’elle sait, lorsqu’elle ne sait que trop, que ces milliers d’êtres seront victimes de ces conditions d’existence, et que cependant elle les laisse subsister, alors c’est bien un meurtre, tout pareil à celui commis par un individu, si ce n’est qu’il est ici plus dissimulé, plus perfide, un meurtre contre lequel personne ne peut se défendre, qui ne ressemble pas à un meurtre, parce qu’on ne voit pas le meurtrier, parce que le meurtrier c’est tout le monde et personne, parce que la mort de la victime semble naturelle, et que c’est pécher moins par action que par omission. Mais ce n’en est pas moins un meurtre.

[…] la société en Angleterre commet chaque jour et à chaque heure ce meurtre social que les journaux ouvriers anglais ont raison d’appeler meurtre ; […] elle a placé les travailleurs dans une situation telle qu’ils ne peuvent rester en bonne santé ni vivre longtemps ; […] elle mine peu à peu l’existence de ces ouvriers, et […] elle les conduit ainsi avant l’heure au tombeau ; […] la société sait, combien une telle situation nuit à la santé et à l’existence des travailleurs, et […] elle ne fait pourtant rien pour l’améliorer. […] elle connaît les conséquences de ses institutions et […] elle sait que ses agissements ne constituent donc pas un simple homicide, mais un assassinat […] ».

[1] Note d’Engels : « Lorsque je parle de la société, comme ici et ailleurs, en tant que collectivité responsable ayant ses devoirs et ses droits, il va de soi que je veux parler du pouvoir de la société, c’est-à-dire de la classe qui possède actuellement le pouvoir politique et social, et qui donc est responsable également de la situation de ceux qui ne participent pas au pouvoir. Cette classe dominante, c’est en Angleterre comme dans tous les autres pays civilisés, la bourgeoisie. […] »

Engels écrivait cela il y a déjà 172 ans.

Vous voudrez, sûrement, nous faire croire une nouvelle fois que le suicide d’Edouard est un « triste et regrettable accident », lié à « des facteurs purement psychologiques et personnels » ou autre obscénité du même acabit. Ne vous fatiguez pas à parler dans le vide. Economisez plutôt votre salive et prenez date, vous, les exploiteurs et les oppresseurs qui l’ont peu à peu condamné, comme tant d’autres, chaque jour, depuis si longtemps.

Car la seule chose qui soit aussi grande que notre douleur, c’est notre haine contre ce que vous commettez et représentez, et notre détermination à faire en sorte que, demain, vous n’ayez plus le moindre pouvoir de tuer en toute impunité le ou la moindre des nôtres. Et soyez tranquilles, ce jour viendra.




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