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Politique

Extrême droite

Pour Florian Philippot, le FN doit sortir « de l’auto-flagellation permanente »

A la veille d’un séminaire de réflexion sur la refondation du parti, Florian Philippot défend sa position stratégique dans une interview accordée au Parisien. Une façon pour le fondateur des « Patriotes » de répondre aux nombreux reproches qui lui sont faits au sein du parti.

Crédit photo : © Maxppp / Christophe Morin

Ce vendredi 21 juillet, débutera à Nanterre un séminaire de réflexion sur la refondation du Front National, évènement important puisque le parti est confronté depuis plusieurs semaines à une crise politique interne opposant les factions conservatrices du FN à celles plus modérées. Étant lui-même vivement remis en cause au sein du parti, notamment pour sa politique jugée trop sociale, sa position économique souverainiste et sa responsabilité dans l’échec à l’élection présidentielle de Marine Le Pen, Florian Philippot s’est exprimé dans Le Parisien afin de réaffirmer sa vision des enjeux liés à la transformation du mouvement. Et il commence tout d’abord par relativiser sur l’état du parti qui, selon lui, ne va pas si mal que ça, exhortant ainsi à « sortir de l’autoflagellation permanente » et à regarder les choses sous un angle plus positif : « On a quand même été au second tour de l’élection présidentielle », précise-t-il, omettant soigneusement de rappeler non seulement sa défaite aux élections législatives, mais aussi celle de tout le parti qui n’a pu constituer de groupe parlementaire à l’assemblée.

Changer le nom du parti et maintenir la sortie de l’Euro dans le programme. Les deux fronts de Philippot

S’adressant ensuite à l’aile plus conservatrice du FN qui souhaiterait voir un retour aux valeurs fondamentales du parti au détriment d’une stratégie de dédiabolisation construite sur plusieurs années, Florian Philippot affirme que cela serait « contre-productif », voire « catastrophique ». Pour lui, le FN doit être capable de parler de tous les sujets et sortir « du discours naturel sur l’immigration et l’insécurité ». « On n’est pas encore assez entendus sur des thèmes qui concernent tous les Français, comme l’école, la santé, l’écologie », ajoute-t-il, regrettant l’image péjorative associée à son parti sur les questions sociétales. Aussi se dit-il favorable à un changement de nom qui permettrait d’effacer l’hostilité collective générée par l’histoire du parti.

Philippot revient sur son principal sujet de discorde avec une partie du FN, sujet à cause duquel il avait notamment menacé de quitter le mouvement, à savoir la sortie de l’Europe. Il confirme sa position sur la nécessité de créer une monnaie nationale, seule solution selon lui pour se défaire de la gouvernance européenne et de sa politique d’austérité. Ce souverainisme économique avait fortement été remis en cause par une partie des cadres frontistes après la défaite de Marine Le Pen aux élections présidentielles et Florian Philippot avoue espérer que le débat ne tournera pas qu’autour de ce sujet au cours de ces deux jours de séminaire. Cependant, il réaffirme qu’en cas de recul du parti sur la sortie de l’Euro, il « n’aurait plus rien à y faire ».

Discuter avec Henri Guaino et réintégrer Sophie Montel

Philippot se dit favorable à une politique d’ouverture qui passera par la collaboration avec des personnalités venues d’autres horizons mais susceptibles de se retrouver dans les valeurs du FN. Dans sa liste, Nicolas Dupont-Aignan qui avait déjà rallié le FN à la suite du premier tour des élections présidentielles mais aussi Laurent Wauquiez et Henri Guaino pour lesquels « on a du mal à savoir aujourd’hui où ils se situent » selon Philippot. Enfin, il témoigne son soutien à Sophie Montel, exclue de la présidence du groupe FN au Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté et à l’origine de la dénonciation de plusieurs anciens députés européens soupçonnés d’être impliqués dans des affaires d’emploi fictifs, parmi lesquels Jean-Luc Mélenchon, pour lequel le Parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête. Pour Florian Philippot, Sophie Montel a « fait du gros boulot » et n’a fait que « pousser la justice française à l’égalité républicaine ». Rappelons en effet que 17 eurodéputés frontistes sont soupçonnés d’avoir rémunéré des cadres et permanents du parti à l’aide de fonds européens pour un montant total allant jusqu’à 5 millions d’euros.

Le processus de refondation du FN semble donc lancé et le séminaire qui débute ce vendredi s’annonce conflictuel tant les divisions internes se sont amplifiées ces dernières semaines. Si Philippot s’aligne encore avec Marine Le Pen sur de nombreux points, nul doute que la position que tiendra cette dernière sur la politique européenne conditionnera l’avenir du chef des Patriotes au sein du parti. Marine Le Pen aura quant à elle la lourde tâche de réussir à rassembler les différentes factions du FN en proposant un « renouveau » qui convienne autant à l’aile conservatrice qu’à l’aile plus modérée. Si ce renouveau devait passer pas un changement de nom comme tentative ultime de dédiabolisation, il ne changera en rien la nature de ceux qui constituent le FN et des valeurs anti-démocratiques, xénophobes et anti-ouvrières qu’ils portent avec eux.




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